analyse

Que se passe-t-il en Birmanie?

Depuis des décennies, le million de Rohingyas, qui représente la plus grande population apatride au monde, est victime de discriminations en Birmanie. ©Photo News

Plus de 400.000 personnes, pour la plupart des musulmans de la minorité rohingya, se sont réfugiées au Bangladesh. Quels troubles secouent la Birmanie? Pourquoi les violences se sont-t-elles déclarées? Que fait Aung San Suu Kyi?

"Je crois que cela va être une des pires catastrophes que le monde et la Birmanie ont vu ces dernières années." Yanghee Lee, la rapporteuse spéciale de l'ONU pour la Birmanie, donne le ton. Mais derrière sa voix, c'est toute la communauté internationale qui s'inquiète. Et il y a de quoi. D'après les derniers chiffres des Nations unies, près de 410.000 personnes ont fui la BirmanieLe secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a profité de l'Assemblée générale des Nations unies mardi pour réclamer l'arrêt des opérations militaires birmanes contre la minorité Rohingya en Birmanie.

Qui sont-ils? La grosse majorité des 410.000 réfugiés est issue de la minorité musulmane rohingya (qui compte un million de personnes), mais on compterait également 30.000 hindous et bouddhistes. 

• Où vont-ils? Après avoir pour certains marché plus d'une semaine à travers collines et forêts, sous la pluie et dans la boue, ces réfugiés arrivent au Bangladesh, un des pays les plus pauvres au monde, où ils découvrent des camps déjà surpeuplés. 

• Pourquoi fuient-ils? Des villages rohingyas dans l'État Rakhine ont fait l'objet de raids par l'armée birmane présentés comme des opérations antiterroristes suite à des attaques commises par des rebelles rohingyas fin août contre des postes de police.

Bref, la situation dégénère. L'ONU dénonce un "exemple classique de nettoyage ethnique". Se basant sur des images satellites, Amnesty International estime que les attaques ont un "caractère planifié, délibéré et systématique" (ci-dessous les images satellite avant/après du village Yae Twin Kyun).

"Politique de l'autruche"

A l'international, on pointe du doigt l'inaction de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi. Il lui a fallu près de deux semaines pour s'exprimer officiellement et dénoncer un "énorme iceberg de désinformation créé pour générer des problèmes entre les différentes communautés et promouvoir les intérêts des terroristes". Dans cette crise, sa réputation de figure de proue dans la lutte contre la junte féroce en prend un coup. 

Les manifestations en soutien de la minorité musulmane des Rohingyas se multiplient à travers le monde (ici, à Bruxelles). ©REUTERS

Il faut préciser que son accession au pouvoir a été rendue possible grâce à des arrangements avec des généraux dont l’influence est restée prépondérante après soixante ans de dictature. Les opérations menées contre les Rohingyas dans la région d’Arakan échappent donc au contrôle d’Aung San Suu Kyi. 

Diplomatiquement, elle a toutefois marqué ses distances avec le chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing, qui est, dans l'ombre, homme clé dans ce dossier. La question des Rohingyas "est une cause nationale et nous devons être unis dans l'établissement de la vérité", à savoir que cette communauté apatride n'a rien de birman, avait averti samedi le chef de l'armée sur Facebook. 

Ce mardi et quelques heures avant l'ouverture de l'Assemblée générale de l'ONU, elle a de nouveau pris la parole à la télévision. Elle s'est dite "prête" à organiser le retour des Rohingyas réfugiés au Bangladesh mais sans apporter de solution concrète. Elle a appelé à la fin des divisions religieuses entre majorité bouddhiste et minorité musulmane.

Un message d'apaisement destiné surtout à la communauté internationale. Amnesty International a de son côté regretté qu'elle n'ait pas condamné explicitement le rôle de l'armée estimant que l'ex-icône de la démocratie pratiquait la "politique de l'autruche".

Ces réfugiés rohingyas tentent de fuir la Birmanie pour rejoindre le Bangladesh, déjà surpeuplé. ©Photo News

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