Regarder la Chine en face

Les parlementaires belges dénoncent les crimes contre l'humanité chinois, Pékin les somme de se "corriger". La relation sino-belge a changé de dimension.

La Chine persécute les minorités musulmanes du Xinjiang, les interne sans procès par centaines de milliers pour les "rééduquer", mène des campagnes de stérilisation forcée, d’assimilation et de colonisation ethnique. Mardi, les députés belges de la commission des Affaires étrangères ont condamné ces violations des droits humains et se sont inquiétés d'un risque de génocide.

La volonté chinoise de "rééquilibrage" ethnique dans cette région, stratégique pour le déploiement de ses nouvelles routes de la soie, vise à l'évidence à détruire en partie un groupe ethnique ou religieux. Le taux de natalité des minorités musulmanes du Xinjiang a chuté de moitié entre 2017 et 2019, selon l’Institut australien de stratégie politique, une évolution sans comparaison hors temps de guerre. La Victims of Communism Memorial Foundation estime quant à elle que d'ici à 2040 cette politique aura réduit de 2,6 à 4,5 millions de personnes la progression démographique naturelle des minorités de la région autonome.

Pointer les crimes contre l'humanité perpétrés par un État sans en tirer de conséquences à la hauteur de l'enjeu revient à vider les mots de leur substance.

Face aux accusations, la Chine ne montre aucun signe d’inflexion. Et intime à la Belgique de "rectifier son erreur" (sic). Pas de surprise: après avoir ignoré les critiques, Pékin est passé depuis quelques mois à l’offensive contre ceux qui, depuis l'étranger, dénoncent ces crimes – le Belge Samuel Cogolati (Ecolo), à l’origine de la résolution, est parmi les premiers à en avoir fait les frais. En adoptant cette résolution en séance plénière le 1er juillet, les députés rejoindront les parlements néerlandais, canadien, lituanien, tchèque et britannique dans cette condamnation.

Nouvelle dimension

Le temps n’est pas si lointain où la Belgique se livrait avec les autres pays européens à une concurrence vers le bas dans la dénonciation des atteintes aux droits humains de la Chine. Si des objections étaient prononcées, ce devait être en sourdine, pour ne pas risquer de brouiller un message tout en courbettes: partagez avec nous les fruits de votre impressionnante croissance. Ce temps semble révolu: fermer les yeux devant l'ampleur du système d'oppression mis en place au Xinjiang serait une grave faute morale pour les démocraties, et la dénoncer cadre avec un nouveau consensus occidental qui désigne la Chine comme rival stratégique.

Mais à l'évidence, dénoncer ne suffit pas: pointer les crimes contre l'humanité perpétrés par un État sans en tirer de conséquences revient à vider les mots de leur substance. Participe-t-on aux JO organisés dans un pays que l'on accuse de génocide? Continue-t-on d'y commercer normalement? Quelles que soient les réponses que l'on donnera à ces questions, il faudra les justifier: la relation sino-belge est entrée dans une nouvelle dimension.

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