Turquie : le gouvernement s'excuse, le mouvement se poursuit

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Mardi, le vice-Premier ministre turc a tenté de calmer les manifestants en présentant ses excuses pour les violences policières qui ont déclenché le vaste mouvement de contestation du gouvernement, la semaine dernière. Mais le Premier ministre Erdogan, en tournée au Magreb, maintient sa ligne dure, et les manifestations se poursuivent.

Le vice-Premier ministre turc Bülent Arinç a présenté mardi des excuses pour les violences policières commises en fin de semaine dernière contre les manifestants du parc Gezi à Istanbul. Ces violences ont entraîné une vague de contestation sans précédent en Turquie depuis l'arrivée au pouvoir des islamo-conservateurs du Parti de la justice et du développement (AKP) en 2002.

En visite au Maghreb, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, quant à lui, ne s'est pas départi de la ligne dure qu'il a adoptée depuis le début des troubles vendredi dernier.

"La violence excessive utilisée dans un premier temps contre ceux qui se comportaient par respect pour l'environnement est mauvaise et injuste. Je présente mes excuses à ces citoyens", a déclaré Bülent Arinç lors d'une conférence de presse à Ankara.

Cette réaction modérée contraste avec la condamnation sans appel des manifestants exprimée ces derniers jours par le chef du gouvernement, qui a dénoncé des "pillards" marchant "main dans la main avec les terroristes".

Bülent Arinç devait rencontrer dans la journée des représentants d'associations qui ont saisi la justice contre le projet d'urbanisme de la place Taksim à Istanbul, à l'origine de la crise.
Ce projet prévoit notamment la construction d'une mosquée et d'une caserne, réplique de celle qui se trouvait à cet endroit du temps de l'Empire ottoman, avec l'arrachage d'une douzaine d'arbres du parc Gezi qui jouxte la place.

Deux morts, la crise se poursuit

Mais les déclaration et l'attitude avenante de Bülent Arinç n'ont pas réussi à désamorcer la crise, les manifestants continuant de dénoncer la "dérive autoritaire" du pouvoir et les atteintes aux traditions laïques héritées de Mustafa Kemal Atatürk, le père de la Turquie moderne.

Depuis vendredi, les violences ont fait deux morts parmi les manifestants - l'un renversé par un taxi qui a foncé sur la foule dimanche à Istanbul, l'autre, un jeune homme de 22 ans, tué par balle lundi dans la ville d'Antakya, près de la frontière syrienne.

Abdullah Comert appartenait au mouvement de jeunesse du Parti républicain du peuple (CHP, gauche nationaliste). Le gouverneur de la province de Hatay a dit ignorer l'origine du tir qui lui a été fatal.

Il y a eu environ 3.000 blessés à travers le pays, dont quatre sont dans un état critique, selon l'Association des médecins turcs.

GRÈVE D'AVERTISSEMENT

Mardi, les magasins sont restés fermés sur l'avenue Istiklal, l'ancienne grande rue de Péra, qui conduit à la place Taksim. Des milliers de personnes scandant des slogans contre le gouvernement ont continué à manifester pour la cinquième journée consécutive. Les rues menant à la place étaient toujours coupées par des barricades.

Deux syndicats sont à leur tour entrés en lice, accentuant la pression sur le gouvernement.
La Confédération des syndicats de la fonction publique (Kesk) a entamé une "grève d'avertissement" de quarante-huit heures pour protester contre les violences policières. Elle représente onze syndicats et compte 240.000 adhérents.

Face à ce mouvement sans précédent depuis son arrivée au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan a accusé les manifestants de faire le jeu de ceux qui marchent "main dans la main avec les terroristes". "Ce mouvement de contestation est organisé par des éléments extrémistes", a-t-il dit.

Les alliés d'Ankara, membre de l'Otan, ont lancé des appels à la retenue. "Nous sommes préoccupés par les informations sur un usage excessif de la force par la police" turque, a déclaré le secrétaire d'Etat américain, John Kerry.

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