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reportage

Une centaine de musiciens fuient les talibans: "Notre vie était vraiment en danger"

Les jeunes membres de l'Institut national afghan de musique, lors de leur évacuation à Doha. ©AFP

Craignant une répression de la musique par les talibans, les membres du plus grand institut musical d'Afghanistan sont réfugiés à Doha depuis le 3 octobre.

"Quand Kaboul est tombé aux mains des talibans, nous avons compris qu'il serait impossible de rester tout en continuant à jouer de la musique", raconte Ahmad Wali Rostami, un responsable de l'Institut national afghan de musique (ANIM, "Afghan National Institute of Music"). Une centaine de jeunes musiciens de cet institut ont été exfiltrés le 3 octobre de la capitale afghane par le Qatar. L'opération, montée dans le plus grand secret, a été très éprouvante, certains d'entre eux n'ayant pas de passeport.

L'Echo a rencontré ces musiciens, aujourd'hui hébergés à Doha, dans un compound où ils continuent à exercer leur art en attendant de rejoindre l'Europe. "Ils sont jeunes, et ils ont du talent. Ils ont joué dans de nombreux endroits dans le monde, au Carnegie Hall, en Suisse. Ils ont encore toute la vie devant eux. Maintenant, ils se préparent à partir, peut-être au Portugal", poursuit Ahmad Wali Rostami

"Une invention du diable"

Depuis le retour des talibans, les musiciens afghans craignent une nouvelle prohibition, certains témoignages rapportant des exactions contre les artistes.

"Nous allons nous battre à travers la musique pour l'Afghanistan."
Mohammad Qambar
Membre de l'ANIM

Lors de leur première prise du pouvoir, en 1996, les islamistes radicaux avaient interdit la musique, considérée comme "une invention du diable".

Dans leur fuite, les membres de l'orchestre n'ont pu emporter leurs instruments. Certains les ont abandonnés, d'autres les ont détruits. "Ils ont détruit leurs instruments par eux-mêmes pour ne pas être identifiés comme musiciens et échapper aux talibans", déplore Ahmad Wali Rostami.

L'Echo

Une nation en vie

L'Institut national afghan de musique a été créé en 2010 pour contribuer à "une société plus juste, au dialogue entre les ethnies et dans le monde", selon ses fondateurs. Cette mission, les plus jeunes la poursuivront à l'étranger.

"J'espère retourner un jour dans mon pays et enseigner à la jeune génération."
Shogofa Safi
Percussionniste

"Quand les talibans ont repris mon pays, tout le monde était effrayé. En les voyant arriver, j'ai versé des larmes", dit Mohammad Qambar, la vingtaine, membre de l'orchestre. "En même temps, j'ai ressenti de l'espoir. Nous allons nous battre à travers la musique pour l'Afghanistan. Une nation est en vie quand sa culture est en vie."

Parmi les musiciens, des filles membres du Zohra Orchestra, le premier orchestre entièrement féminin d'Afghanistan. "Notre vie était vraiment en danger", dit la percussionniste Shogofa Safi, "j'espère retourner un jour dans mon pays et enseigner à la jeune génération."

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