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Une faction rebelle birmane s'empare d'une base militaire de la junte

Les incendies ont pris dans une base militaire birmane, près de la frontière avec la Thaïlande, le long du fleuve Salouen. ©AFP

Une des principales factions rebelles de Birmanie s'est emparée d'une base militaire, faisant craindre un nouveau cycle d'affrontements et de représailles de l'armée.

De violents affrontements ont éclaté ce mardi matin dans un avant-poste de l'armée birmane situé près de la frontière avec la Thaïlande, une zone majoritairement contrôlée par une armée ethnique karen. "À l'aube, nos troupes ont pris une base" située dans l'État Karen (sud-est), a indiqué Padoh Saw Taw Nee, l'un des responsables de l'Union nationale Karen (KNU).

Cette faction rebelle, forte de plusieurs milliers d'hommes, se montre particulièrement remontée envers la junte depuis le putsch. Elle assure abriter au moins 2.000 opposants au coup d'État qui ont fui la répression.

Des combats en différents endroits

Padoh Saw Taw Nee, un représentant de la KNU a déclaré que le groupe armé s'était emparé de l'avant-poste militaire entre 5h et 6h (0h30-1h30 heure belge). Il a indiqué que les troupes de la KNU avaient occupé, puis incendié, le camp militaire, et qu'elles procédaient désormais au décompte des victimes des affrontements.
Il a ajouté que des combats avaient eu lieu dans d'autres zones, sans donner davantage de précisions.

Des villageois thaïlandais résidant près du fleuve Salouen, qui longe la frontière entre les deux pays, ont dit avoir entendu des coups de feu retentir avant l'aube. Sur des vidéos diffusées via les réseaux sociaux, on pouvait voir des flammes et un nuage de fumée provenant d'une colline boisée.

750
décès
Plus de 750 civils sont tombés sous les balles de la police depuis le coup d'État il y a trois mois.

Menaces de représailles

Sollicité, le porte-parole de la junte, Zaw Min Tun, a confirmé l'attaque, indiquant que "des actions allaient être entreprises" à l'encontre de la brigade 5 de la KNU à l'origine de l'assaut. "Personne n'ose rester" par peur d'éventuelles représailles de l'armée birmane, a déclaré Hkara, une habitante de Mae Sam Laep, un village thaïlandais de l'autre côté de la frontière.

Fin mars, la faction s'était déjà emparée d'une base militaire, tuant dix soldats. L'armée avait répliqué en menant des raids aériens contre des places-fortes du groupe, une première depuis une vingtaine d'années dans cette région. Quelque 24.000 civils ont été déplacés suite à ces affrontements.

Conflit historique

Depuis l'indépendance de la Birmanie en 1948, de nombreuses factions ethniques sont en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d'autonomie, l'accès aux nombreuses richesses naturelles du pays ou une part du lucratif trafic de drogue. À partir de 2015, l'armée avait conclu un accord national de cessez-le-feu (ANC) avec dix d'entre elles, dont la KNU.

Mais les tensions entre les militaires et certains des nombreux groupes ethniques du pays se sont intensifiées depuis le putsch du 1er février qui a renversé l'ex-dirigeante Aung San Suu Kyi. Plusieurs factions ethniques ont menacé de reprendre les armes face à la répression sanglante des forces de sécurité.

La mobilisation civile ne faiblit pas

Manifestations, grèves, veillées aux bougies: la mobilisation et la campagne de désobéissance civile se poursuivent malgré les représailles. De petits groupes de protestataires sont encore descendus dans les rues ce mardi, faisant des saluts avec trois doigts levés en signe de résistance. Des activistes ont aussi diffusé des photos sur les réseaux sociaux de leur visage peint de slogans anti-junte: "Libérez les détenus!", "Respectez nos votes".

Des manifestants font le salut à trois doigts à Rangoun, signe de résistance. ©EPA

Plus de 750 civils sont tombés sous les balles de la police et de l'armée ces trois derniers mois, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Pas plus tard que lundi soir, un commerçant était touché par un tir mortel à Mandalay (centre), selon un secouriste.

L'AAPP craint, par ailleurs, des exactions envers la communauté LGBTQI. Elle rapporte ainsi le cas d'une femme transgenre humiliée et battue lors de son arrestation.

Dialogue avec l'Asean pour mettre fin aux violences

Le chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing, a effectué le week-end dernier son premier déplacement à l'étranger depuis le putsch, en participant à un sommet avec les responsables de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) à Jakarta. Les dix États membres de l'organisation ont élaboré, lors de cette rencontre, un texte en cinq points pour tenter de mettre fin aux violences et promouvoir le dialogue entre les parties.

La Russie et la Chine, alliées traditionnelles des généraux birmans, s'opposent à toute mesure coercitive du Conseil de sécurité de l'ONU.

Les autorités birmanes ont indiqué ce mardi qu'elles allaient "examiner attentivement les suggestions constructives" de l'Asean, mais que "leur priorité pour le moment est de maintenir l'ordre public" dans le pays.

La junte a jusqu'à présent fait la sourde oreille aux multiples condamnations internationales, profitant des divisions au sein de l'ONU. Les États-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni ont sanctionné le régime et certaines des gigantesques compagnies qui y sont affiliées. Mais la Russie et la Chine, alliées traditionnelles des généraux, s'opposent à toute mesure coercitive du Conseil de sécurité, tel un embargo sur les armes.

L'ancien président américain Barack Obama a exhorté lundi les pays voisins de la Birmanie à "reconnaître qu'un régime meurtrier rejeté par le peuple ne fera qu'apporter une plus grande instabilité (et) une crise humanitaire" dans la région.

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