Vers un nouveau mandat pour Modi en Inde?

L’omniprésent Premier ministre Narendra Modi bénéficie toujours d’une grande popularité. ©AFP

L’Inde consacrera-t-elle l’enracinement des nationalistes hindous dans une société polarisée ou choisira-t-elle l’alternance?

Après cinq ans de mandat du Premier ministre Narendra Modi, 900 millions d’électeurs sont appelés aux urnes à partir de jeudi pour déterminer l’avenir de la démocratie la plus peuplée du monde.

Des déserts du Rajastan aux villages tribaux du nord-est, des montagnes brumeuses du Cachemire aux mégapoles tentaculaires et polluées, le géant d’Asie du Sud élit ses députés de la Lok Sabha. En raison des dimensions colossales de ce pays de 1,3 milliard d’habitants, le scrutin se déroule sur près de six semaines, pour une proclamation des résultats le 23 mai.

Arrivé au pouvoir en 2014 avec son Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien), le Premier ministre Narendra Modi, 68 ans, compte bien être reconduit dans ses fonctions pour un deuxième mandat. En travers de son chemin se dressent le parti du Congrès, formation qui a dominé la politique indienne depuis l’indépendance de 1947, ainsi qu’une myriade de puissants partis régionaux. "Une nouvelle victoire du BJP permettrait d’enraciner un peu plus leur politique et leur vision de l’Inde", basée sur une idéologie de la suprématie hindoue, explique Gilles Verniers, professeur de sciences politiques à l’université Ashoka.

Jusqu’à peu, rien ne semblait pouvoir arrêter le tsunami safran, la couleur emblématique des nationalistes hindous. Leur parti remportait presque toutes les grandes élections régionales, des scrutins stratégiques dans ce système fédéral. Mais plusieurs revers électoraux du BJP dans des États-clés du nord ont redonné espoir à ses adversaires et galvanisé le Congrès, désormais emmené par Rahul Gandhi. Arrière-petit-fils, petit-fils et fils de Premiers ministres indiens, Rahul Gandhi incarne l’avènement d’une nouvelle génération de la célèbre dynastie politique des Nehru-Gandhi.

"Quiconque soulève une critique contre le gouvernement se retrouve attaqué d’une manière ou d’une autre."
gilles verniers
professeur de sciences politiques à l’université Ashoka

Sous la gouverne des nationalistes hindous, l’Inde a assisté à une crispation politico-religieuse de sa société. Minorités, ONG, journalistes, "quiconque soulève une critique contre le gouvernement se retrouve attaqué d’une manière ou d’une autre. Les nationalistes hindous occupent l’essentiel de l’espace médiatique, leur idéologie a une très forte capacité financière et sature l’espace public", note le professeur Gilles Verniers.

Narendra Modi bénéficie d’une grande popularité. Son bilan économique est toutefois son talon d’Achille. Malgré un taux de croissance enviable vu de l’extérieur (6,7% en 2017-2018), celle-ci est jugée insuffisante au vu du potentiel et des besoins du géant démographique. Le pays n’arrive pas à générer assez d’emplois pour le million de jeunes qui arrivent chaque mois sur son marché du travail et, dans les campagnes, la grogne des agriculteurs monte. Dans ce contexte, les analystes politiques doutent que Narendra Modi parvienne à renouveler son exploit de 2014 d’obtenir la majorité absolue au Parlement avec son seul parti, laissant présager le retour à de délicates coalitions.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect