interview

"100 millions de clients sur Alibaba, une opportunité pour les PME belges"

©REUTERS

Jack Ma, le président de la plateforme de vente en ligne Alibaba et l'homme le plus riche de Chine, était présent en Belgique lundi dernier pour une sorte de "road show" de luxe. Après sa récente rencontre avec le Roi, des entrepreneurs, le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort et le Premier ministre Charles Michel, Jack Ma a accepté de répondre à nos questions par téléphone. "Hello, Jack Ma speaking."

Vous avez découvert internet lors d’un voyage à Seattle en 1995. Vingt ans plus tard, vous êtes à la tête d’un empire de la vente en ligne et vous êtes l’homme le plus riche de Chine. Comment est-ce possible?
Cela n’a pas été facile, mais je n’ai jamais abandonné. Lorsque j’ai découvert internet, il m’a tout de suite semblé que cela pourrait représenter le futur, que cet outil pourrait aider des millions de personnes si elles arrivaient à en tirer un avantage. Je me considère comme un aveugle marchant sur le dos d’un tigre blanc et après toutes ces années, je suis toujours en vie!

Quand vous avez un rêve, il ne faut jamais l’abandonner. Il ne faut jamais cesser de vous améliorer même si vous devez commettre des erreurs pour cela. Il faut aller de l’avant; si vous ne faites rien, il ne vous arrivera jamais rien. Just do it!

"Je me considère comme un aveugle marchant sur le dos d’un tigre blanc et après toutes ces années, je suis toujours en vie."

Lors de votre venue en Belgique lundi dernier, bon nombre de discussions ont tourné autour des petites et moyennes entreprises. Pourquoi un tel intérêt?
Cette réception au château de Laeken était ma quatrième rencontre avec le roi Philippe. Lors de chacune de nos rencontres, nous avons discuté des PME et d’innovation. Je suis intéressé par toutes les formes de "small business" en Europe en général, et en Belgique en particulier. Pour une plate-forme comme Alibaba qui veut aider les jeunes entrepreneurs, c’est intéressant. La Belgique est un petit pays, mais vous avez des produits de bonne qualité et vous faites preuve de beaucoup de savoir-faire. Nos équipes vont se charger d’aider vos jeunes entrepreneurs à présenter leurs produits et leur savoir-faire sur notre plate-forme. C’est important pour nous. En Chine, il y a énormément de consommateurs en demande de produits de qualité.

"Vous avez une belle gamme de produits et pas seulement la bière ou le chocolat."

Combien de consommateurs transitent par Alibaba?
Il y a plus de 400 millions de consommateurs référencés sur notre site. Je pense qu’il s’agit là d’une grande opportunité pour les petites et moyennes entreprises belges.

Quel genre de produits cherchez-vous?
Le bureau de Bruxelles, que nous allons ouvrir à la fin de l’année, sera notre sixième bureau en Europe. Nous allons travailler main dans la main avec les autorités locales afin de voir comment Alibaba peut s’implanter concrètement en Belgique. Vous avez une belle gamme de bons produits et pas seulement de la bière ou du chocolat. Vous avez beaucoup de produits faits à la main et bon nombre de vos produits sont uniques, on ne les trouve qu’en Belgique. C’est cela que nous voulons introduire sur Alibaba afin de les proposer aux consommateurs chinois.

Avez-vous déjà eu des contacts en ce sens?
Oui, notre équipe est en train de développer des contacts et c’est très excitant. Nous avons également rencontré le Premier ministre Charles Michel et le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort pour leur exposer nos quatre projets en cours. Nous avons prévu d’organiser un workshop pour présenter notre technologie aux petites et moyennes entreprises. Nous avons également prévu de recevoir une délégation belge en Chine sur le campus d’Alibaba afin de lui présenter les habitudes des consommateurs chinois et nous devons également réfléchir à l’implantation de la meilleure technologie en matière de logistique et de système de paiement.

"La Belgique est un petit pays, mais vous avez des produits de bonne qualité et vous faites preuve de beaucoup de savoir-faire."

"La globalisation est notre force et l’Europe est notre priorité numéro un."

À propos de paiement, il a été question de votre système de paiement mobile, Alipay…
Oui, en Chine, 500 millions de personnes utilisent déjà ce système que nous voulons effectivement introduire en Belgique. Les sociétés belges qui vendront des produits en Chine ou en Asie pourront utiliser Alipay pour être rémunérées. Ce système est également utilisé par les touristes chinois de passage en Europe. Ceux-ci n’ont généralement pas de cartes de crédit et ils ne sont pas autorisés à quitter la Chine avec plus de 10.000 euros. En utilisant Alipay, ces touristes se facilitent la vie. Nous voulons aussi que les Belges puissent utiliser notre système de paiement pour faire du business plus facilement sur notre plate-forme.

Au château de Laeken, vous avez eu l’occasion de rencontrer, entre autres, Jef Colruyt, le patron de la chaîne de distribution Colruyt. Peut-on imaginer, à terme, une collaboration avec cette enseigne?
Bien sûr. Pour les trois ou quatre années à venir, un des objectifs d’Alibaba est de se concentrer sur les magasins "en dur", les points de vente physiques. Nous pensons que c’est en travaillant ensemble que l’on peut améliorer l’expérience pour les détaillants. Ils ont des magasins physiques, nous sommes en ligne, une collaboration entre nous ne peut être que bénéfique pour les deux parties.

Vous avez rencontré le roi Philippe deux fois à Davos, une fois lors d’une visite d’État en Chine et une fois en Belgique. Est-ce important pour vous?
Oui, bien sûr. Nous sommes toujours heureux de nous rencontrer et de discuter des choses qui nous intéressent, comme l’entrepreneuriat chez les jeunes, le développement des PME et la haute technologie. Je pense qu’il se passionne véritablement pour la création d’emploi en Belgique, raison pour laquelle nous abordons souvent ce sujet ensemble. En Europe, vous avez un bon niveau de services et nous, Chinois, nous sommes en demande d’un tel niveau. Si nous arrivons à connecter ces services entre la Chine et l’Europe, cela pourrait créer un bon nombre d’opportunités pour des PME en Europe. Voilà ce qui intéresse votre souverain.

1964: naissance de Ma Yun, le vrai nom de Jack Ma.

1988: obtient une licence en anglais.

1995: découvre internet aux Etats-Unis et crée "China Pages", un des premiers sites web chinois.

1999: crée Alibaba.com.

En parlant de création d’emplois, qu’en sera-t-il avec l’ouverture de votre bureau bruxellois, programmée pour la fin de l’année? Combien de personnes allez-vous engager?
Le nombre d’emplois créés à Bruxelles sera limité. La manière la plus efficace, selon nous, de créer de l’emploi, passe par le commerce généré par Alibaba entre la Chine et la Belgique, en empruntant ce que j’appelle "l’e-road". Une fois que celle-ci est mise en place, l’emploi devrait croître de façon exponentielle. En Chine, par exemple, dans le domaine de la logistique, l’arrivée d’Alibaba a permis de créer 3 millions d’emplois. Nous croyons que l’emploi naîtra des échanges commerciaux créés entre la Chine et la Belgique. Concernant le bureau bruxellois à proprement parler, nous avons l’intention de recruter entre 10 et 20 personnes d’ici un an ou deux.

On dit également que vous allez recruter une centaine de jeunes en Europe avant de les former en Chine…
Oui, c’est ce que nous appelons l’Alibaba Global Leadership Academy. Chaque année, nous allons envoyer une centaine de jeunes en Chine pour qu’ils y effectuent un stage d’au moins 16 mois dans les différents départements de notre entreprise, afin qu’ils en apprennent le fonctionnement. Après ce stage, ils rentreront en Europe. Il va de soi que l’Europe est une vaste zone de recrutement pour ce programme.

©AFP

Avant la Belgique, vous êtes allé en France. Quelles sont les prochaines étapes d’Alibaba en Europe?
La globalisation est notre force et l’Europe est notre priorité numéro un. Nous travaillons avec la France, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique, la Grande-Bretagne et l’Allemagne; des pays qui comptent un grand nombre de petites et moyennes entreprises, qui présentent des produits uniques et qui peuvent compter sur une bonne infrastructure. À court terme, notre intention est de recruter des équipes locales pour gérer les clients et les prospects dans les pays où nous venons d’ouvrir des bureaux. En Europe, notre priorité est d’aider les marques, les commerçants et les autorités à appréhender les opportunités offertes par la Chine et voir comment Alibaba peut les aider à accéder au marché chinois.

Quel a été votre principal message?
J’ai été très inspiré par votre Roi et par les responsables politiques que j’ai pu rencontrer. Ils sont passionnés et sérieusement impliqués dans la création d’emplois. Ils veulent aussi savoir comment on va pouvoir aller plus loin concrètement. Il va encore y avoir des réunions de travail avec des gens de notre équipe. Je suis heureux de cela.

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