Augmentations de capital: une météo favorable pour gonfler ses voiles en Bourse

Agfa entend repartir a la chasse aux bonnes affaires. ©Lieven Van Assche

Agfa-Gevaert, Galapagos, PinguinLutosa...: les appels au marché se multiplient ces derniers temps. C’est que l’embellie des cours rend ces opérations particulièrement attrayantes, même si on ne peut pas parler d’euphorie pour autant.

La hausse des cours boursiers semble donner de l’ambition aux entreprises, qui profitent de meilleures conditions de marché pour lever des fonds. Cette semaine, on a ainsi vu le groupe Agfa-Gevaert annoncer une augmentation de capital de 148 millions d’euros tandis que Galapagos est parvenu à récolter 29 millions en deux coups de cuiller à pot.

Et d’ici la fin du mois, le producteur de pommes de terre et de légumes surgelés PinguinLutosa augmentera son capital de 10 millions d’euros pour mener à bien l’intégration d’une division du groupe CECAB.

De son côté, Tessenderlo a profité d’une demande de la part des investisseurs institutionnels trois fois plus forte qu’attendu pour récolter non pas 100, mais 150 millions d’euros en émettant de nouvelles obligations.

Sans parler des Sicafi, dont le capital est par définition " mouvant " : Ascencio est en train de lever 40 millions d’euros. Avant elle, Accentis a récolté 20 millions et Aedifica, 67 millions.

Un phénomène rencontré à l’étranger aussi (et même surtout), avec des montants impressionnants d’ailleurs: plus de 10 milliards d’euros pour Deutsche Bank, 66 milliards pour le Brésilien Petrobras, 1,2 milliard pour le Français Michelin…

Vers l’euphorie?

Faut-il y voir une lame de fond qui, après la vague d’émissions obligataires d’il y a quelques mois, prendrait tranquillement le chemin d’une certaine euphorie, voire - qui sait - qui annoncerait une prochaine vague d’introductions en Bourse ?

Un peu hâtif. Ce qui est sûr, c’est que ceux qui ont lancé ces récentes opérations ont profité d’une fenêtre de tir pour réaliser des projets parfois anciens.

"Concernant Agfa, ce n’était pas vraiment une surprise puisque le management avait l’autorisation de ses actionnaires depuis des mois pour cette opération. De son côté, Galapagos nous a vraiment bluffés par l’accélération des contrats annoncés. Il leur fallait de nouvelles capacités financières pour suivre la demande. Dans les deux cas, il s’agit d’opérations saines, soit pour faire face à la demande, soit pour réaliser une stratégie d’acquisitions", relève Frédéric Liefferlinckx (Leleux Associated Brokers).

"On ne peut pas vraiment parler de phénomène, estime-t-il toutefois. Le terreau est favorable, c’est évident, et les sociétés jouent sur la hausse des marchés et l’optimisme ambiant. Mais j’y vois plutôt une accumulation de cas particuliers et on reste quand même loin de l’euphorie de la vague d’IPO de la fin des années 1990, par exemple. "

De l’intérêt d’être coté

Ceci dit, les augmentations de capital sont-elle vraiment beaucoup plus fréquentes qu’avant? Ce n’est pas tout à fait l’avis de Vincent Van Dessel, CEO d’Euronext Bruxelles. "Les augmentations de capital ont toujours bien fonctionné, même en période de crise, et ça s’est vu en 2008 et en 2009. Il y a surtout eu beaucoup d’opérations réalisées par des ‘mid caps’ et des ‘small caps’, sans oublier le secteur immobilier", souligne-t-il.

C’est d’ailleurs tout l’intérêt de la Bourse, ne manque-t-il pas de rappeler. "Pour une société cotée, une augmentation de capital est une solution facile quand on a besoin de fonds propres supplémentaires. Une société non cotée doit en revanche envisager une introduction en Bourse ou faire appel à du private equity. D’où l’intérêt d’être coté en Bourse en temps de crise, car même si tout va mal et que ces entreprises ont été obligées de faire des augmentations de capital au rabais, cela leur a quand même permis de renforcer leurs fonds propres au moment où elles en avaient le plus besoin", fait-il valoir.

Messages subliminaux

D’autres annonces ne manqueront certainement pas de suivre ces prochains mois, surtout si l’embellie des marchés se consolide.

Des annonces souvent sensibles, il faut le préciser. Par exemple lorsque nous eûmes annoncé en primeur l’augmentation de capital d’Agfa-Gevaert sur www.lecho.be, le titre a plongé de près de 10% dans les minutes qui ont suivi, en l’absence de plus d’information. Ensuite, le titre a finalement relativement bien résisté à l’annonce officielle.

On se souviendra aussi, au plus fort de la crise financière, de l’annonce de l’augmentation de capital du brasseur AB InBev à... 6 euros par action (le titre en vaut près de 46 aujourd’hui). Une opération probablement indispensable à l’époque, mais qui avait fait paniquer les marchés, il est vrai déjà extrêmement nerveux. "Balancer" un chiffre, c’est toujours adresser un message au marché, pour le pire et le meilleur.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés