Comment les finances publiques britanniques sont tombées si bas

Les mesures d'austérité annoncées par le gouvernement Cameron étaient inévitables. Avec un déficit budgétaire encore attendu à 10,5% du PIB cette année et une dette publique qui devrait atteindre 62% du PIB, il fallait redresser la barre. S'il a fallu faire mal au plus mauvais moment, c'est parce que les gouvernements travaillistes n'ont pas toujours pris leurs responsabilités.

Les Britanniques n’avaient plus connu une telle cure d’austérité depuis près de 30 ans. Pressé par la volonté de maintenir le rating trois étoiles du Royaume-Uni et d’éviter au pays un scénario à la grecque, le Premier ministre britannique David Cameron a présenté un budget d’urgence visant à éliminer le déficit budgétaire structurel d’ici 2015. Taxe sur les banques, relèvement de la TVA, baisse des dépenses de sécurité sociale, gel du salaire des fonctionnaires, l’heure est grave.

L’héritage laissé par les travaillistes en matière de finances publiques n’était pas un cadeau, et le statu quo pas envisageable, même au nom de la reprise. Pointé à 11% du PIB l’année dernière, le déficit budgétaire est encore attendu à 10,5% du PIB pour l’année fiscale 2010-2011 par l’Office for budget responsibility (un organe créé par le gouvernement Cameron). Hors investissements publics, le déficit devrait stagner juste sous les 8% du PIB selon les projections de l’Institute for fiscal studies, un organisme indépendant. La dette, elle, devrait caracoler à 62% du PIB.

Pour l’IFS, les débordements des travaillistes sont en cause. Dans une analyse de l’évolution des finances publiques entre 1997 (arrivée au pouvoir du Labour) et 2010, il distingue deux périodes: quatre années d’efforts budgétaires couronnés par un retour aux excédents, suivies de sept années de dérive. Puis, la crise.

La règle d’or

En 1997, le pays affichait un déficit budgétaire courant de 2,2% du PIB et une dette publique de 42,5% du PIB. Les travaillistes décidèrent alors de se fixer une "règle d’or" qui voulait que l’Etat n’emprunterait que pour financer ses investissements. Parallèlement, la dette publique devait rester à un niveau "stable et prudent". Le chancelier de l’Echiquier de l’époque, Gordon Brown, s’y tint, dans un premier temps.

En 2001, à la faveur d’une forte croissance économique, le solde budgétaire s’était mué en excédent de 1,9% du PIB tandis que la dette publique était retombée à 30,7% du PIB. Encouragé par le redressement des finances publiques et une conjoncture favorable, le gouvernement Blair avait commencé à desserrer les cordons de sa bourse dès 1999. "La santé, l’enseignement, les petites pensions et les ménages avec enfants ont été les principaux bénéficiaires" de la hausse des dépenses publiques, note l’IFS. Parallèlement, l’équipe au pouvoir a distribué ici et là quelques cadeaux fiscaux, rabaissant notamment la TVA et le taux de base de l’impôt des ménages.

Lorsque l’économie britannique subit les chocs liés à l’éclatement de la bulle internet ou à la crise dans le secteur financier, les travaillistes relevèrent graduellement les impôts sans réellement toucher aux dépenses publiques. Sous l’ère travailliste 900.000 travailleurs sont venus gonfler les rangs de la fonction publique...

Excès d’optimisme

D’après l’IFS, le gouvernement Blair pêcha régulièrement par excès d’optimisme dans ses prévisions de croissance et de recettes fiscales. Un défaut particulièrement marqué en périodes pré-électorales... Et pas suffisamment corrigé ensuite. Résultat des courses: même si le Royaume-Uni affichait une meilleure santé budgétaire en 2007 que dix ans plus tôt, ses performances restaient en-deçà de celles de nombreux de ses partenaires de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Le pays a payé très cher son manque de prudence lorsqu’a éclaté la crise financière. Exit la règle d’or en matière d’emprunts publics. Ceux-ci s’élevèrent à 6,7% du PIB en 2008-2009 et à 11,8% du PIB l’année suivante. D’après l’OBR, la dette publique est par conséquent passée de 44% du PIB en 2009 à 53,5% du PIB l’année dernière, de quoi rendre les agences de notation nerveuses. Au début du mois Fitch ratings a ainsi annoncé que son triple A tenait à une accélération de la réduction du déficit budgétaire britannique. David Cameron semble avoir reçu le message cinq sur cinq...

 

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