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analyse

Comment Trump prépare sa nouvelle offensive commerciale contre la Chine

©EPA

Le Président américain veut empêcher les investissements chinois dans des entreprises technologiques US. Une mesure qui divise à Washington et qui contraste avec son approche du cas ZTE.

On le sait depuis longtemps: ce qui obnubile le plus Donald Trump dans les relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, ce n’est pas tant le déficit commercial des Etats-Unis, et le sort des travailleurs de l’industrie manufacturière américaine, que les manœuvres de Pékin qui ont permis aux industries chinoises de pomper une partie des innovations américaines dans les nouvelles technologies.

Depuis décembre, son administration serait d’ailleurs en train de préparer une riposte à ces pratiques qui viserait les investissements chinois aux Etats-Unis, et devrait être dévoilée ce vendredi par le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, à en croire plusieurs médias américains. Dans le même temps, Trump poursuit son bras de fer avec l’Europe. Sans perdre de vue, semble-t-il, ses intérêts financiers personnels qui sont parfois liés à la Chine…

1. Que devrait annoncer le secrétaire au Trésor vendredi?

Selon le Wall Street Journal et Bloomberg, la Maison-Blanche prévoirait de considérer tout nouvel investissement provenant d’une entité détenue à au moins 25% par des capitaux chinois dans une entreprise américaine de haute technologie comme une menace à la sécurité du pays.

Mnuchin lui-même aurait plaidé auprès de Trump pour qu’il adopte une politique moins hostile à l’égard de la Chine.

Réagissant aux rumeurs propagées dans les médias, Mnuchin a déclaré ce lundi qu’il s’agissait de "fausses informations" et que Washington ne ciblerait pas spécifiquement les investissements chinois. Les secteurs aéronautiques, de la robotique et les voitures électriques seraient en tout cas concernés. L’administration utiliserait une loi datant de 1997 (l’International emergency economic powers act) pour prendre cette mesure sans passer par le Congrès, où beaucoup de républicains voient d’un mauvais œil les dérives protectionnistes de Trump, même s’ils se méfient aussi de la Chine.

Le Congrès planche d’ailleurs sur une loi qui vise à réformer la Commission des investissements étrangers, une agence intergouvernementale, pour augmenter ses pouvoirs en matière de contrôle des investissements étrangers aux Etats-Unis.

2. Où en sont les hostilités commerciales entre Washington et Pékin?

Donald Trump avait rendu visite à son homologue chinois, Xi Jinping, en novembre dernier. ©REUTERS

Ce sont désormais pas moins de 450 milliards de dollars d’exportations chinoises vers les Etats-Unis qui sont menacés par Trump. Une première salve devrait être tirée le 6 juillet prochain lorsqu’entreront en vigueur des droits de douane de 25% sur 50 milliards de dollars de produits chinois. Il y a un peu moins de deux semaines, Pékin avait menacé de répliquer en ciblant un montant équivalent d’exportations américaines vers la Chine, essentiellement dans le secteur agricole. Une menace de représailles qui a poussé Trump à dégainer à nouveau l’arme des tarifs douaniers pour un montant totalisant désormais 450 milliards de dollars, soit la quasi-totalité des exportations chinoises vers les Etats-Unis (505 milliards de dollars en 2017).

La Chine, qui a déposé plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce au sujet des mesures tarifaires américaines, continue toutefois à négocier dans l’ombre avec l’administration Trump. C’est que Pékin ne dispose pas des mêmes armes que les Etats-Unis, ne fût-ce que parce que les exportations américaines vers la Chine (130 milliards de dollars en 2017) sont de loin inférieures aux exportations chinoises.

3. Les conseillers de Trump sont-ils tous d’accord?

Non. Mnuchin lui-même aurait plaidé auprès de Trump pour qu’il adopte une politique moins hostile à l’égard de la Chine, comme Gary Cohn, l’ancien conseiller économique de Trump. Partisan du libre-échange, ce dernier avait fini par démissionner en mars dernier.

Son successeur, Larry Kudlow, qui tente également de contenir les dérives protectionnistes de Trump, a fait une crise cardiaque il y a deux semaines, laissant bien malgré lui le champ libre à Peter Navarro, principal conseiller de Trump sur les questions commerciales et l’architecte des manœuvres ultra-protectionnistes du Président. Convaincu qu’il avait perdu la partie, Mnuchin aurait décidé il y a quelque temps de faire profil bas pour se distancier de Trump. Il lui battrait même froid, tout en continuant à se plier aux ordres du chef.

4La Chine menace-t-elle la suprématie technologique US?

Elle en a en tout cas l’ambition. Pour preuve, son programme "Made in China 2025" qui vise à réduire la dépendance technologique de la Chine et même à en faire le leader mondial des nouvelles technologies. Cela fait des années que les autorités chinoises ont mis en place des mesures obligeant les investisseurs étrangers à partager leurs connaissances technologiques comme condition pour entrer sur le marché chinois. Le pays est également régulièrement accusé d’espionnage industriel. Quoi qu’il en soit, les technologies chinoises ne se résument plus à des copies bon marché de ce qui se fait en Occident. Huawei est désormais le troisième constructeur de smartphone au monde. Et Alibaba n’a plus rien à envier à Amazon au rayon de l’e-commerce.

©REUTERS

Plus inquiétant, pour les Etats-Unis, la Chine enregistre des résultats plus qu’encourageants dans le domaine des technologies de pointe. Par exemple, d’après le top 500 des superordinateurs les plus rapides du monde, dont la fournée 2018 nous a été livrée lundi, 202 de ces machines seraient chinoises et 124 américaines. Et si les Etats-Unis ont repris la tête du classement avec Summit, un superordinateur conçu par IBM et utilisé par le département US de l’Energie au sein du laboratoire national d’Oak Ridge (Tennessee), cela faisait deux ans qu’il était dominé par le supercalculateur chinois Sunway TaihuLight, qui reste en embuscade à la deuxième place.

5. Trump est-il cohérent dans ses politiques vis-à-vis de Pékin?

Pas toujours. Il semblerait en tout cas qu’il applique du deux poids, deux mesures quand ses intérêts personnels sont en jeu. Les médias américains, et plusieurs élus du Congrès (dont certains républicains), se sont par exemple interrogés sur les raisons qui expliqueraient l’apparent laxisme du Président envers la société chinoise ZTE qui avait violé l’embargo américain contre l’Iran et la Corée du Nord en 2016. Après avoir accepté de payer une amende aux Etats-Unis, ZTE aurait à nouveau été prise la main dans le sac, poussant le Congrès à lui interdire d’acheter de la technologie américaine pendant 7 ans, une catastrophe pour ce géant des télécoms.

En mai dernier, Trump avait surpris tout le monde en annonçant qu’il allait lever la sanction. D’aucuns y avaient vu un geste envers le président chinois Xi Jinping. D’autres se demandaient plutôt s’il n’y aurait pas un lien avec un prêt de 500 millions de dollars accordé par un groupe industriel public chinois à un vaste projet immobilier près de Jakarta auquel participe la Trump Organization, la société du Président américain gérée par ses deux fils aînés depuis qu’il est entré à la Maison- Blanche, mais dans laquelle il a conservé toutes ses parts.

Saisi par des élus démocrates, l’Office of government ethics, une commission traquant les conflits d’intérêts au sein de l’administration fédérale, a jugé à la fin de la semaine dernière qu’il y avait effectivement matière à s’interroger. Tout en ajoutant qu’elle ne pouvait rien faire à cause de l’immunité dont jouit le Président. Elle a donc renvoyé la balle au Congrès.

6. Où en est le conflit commercial avec l’Europe?

L’Union européenne n’est pas restée les bras croisés après que ses exportations d’acier et d’aluminium vers les Etats-Unis ont été frappées de tarifs douaniers de respectivement 25% et 10% (depuis le 1er juin).

Depuis vendredi dernier, elle applique des droits de douane de 25% sur une liste de biens fabriqués aux Etats-Unis, dont les motos Harley Davidson. En réponse, le constructeur américain a annoncé lundi qu’il délocaliserait hors des Etats-Unis sa production destinée à l’Union européenne, histoire d’échapper à la mesure. Quant à Trump, il menace désormais d’imposer des droits de douane de 20% sur les importations de voitures fabriquées dans l’UE.

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