De nombreux Belges parmi les milliers de migrants refusés au Canada

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Le Québec a annulé les dossiers de 18.100 immigrants, dont ceux de nombreux Belges. Ils dénoncent une situation inacceptable.

C’est la fin d'un rêve pour des milliers d'immigrants. Le ministre québécois de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barette, a brutalement annulé ces jours-ci les dossiers de 18.100 candidats à l'immigration au Québec, environ 50. 000 personnes lorsque l'on compte les proches. "C'est une décision inacceptable. Nous ne sommes pas des dossiers, mais des personnes, des familles, qui ont investies du temps et de l'argent au Québec, en plus du stress social engendré par l'attente d'une réponse et l'incertitude", confie Quynh-Anh Cao, une pharmacienne de 31 ans, originaire de Liège, dont le dossier a été annulé. " Nous avions passé un contrat avec le Québec : le ministère devait traiter notre dossier de façon professionnelle, digne et équitable en échange de nos gros dollars (...) Cela ne sera pas le cas avec cette décision d'éliminer de façon rétroactive tous les dossiers qui n'ont pas encore reçus de réponse", confie Régis Hakin, doctorant en sociologie de l'université de Montréal, originaire de Mons et arrivé au Québec en 2014, à l'âge de 25 ans, pour effectuer ses études.

Nous ne sommes pas des dossiers, mais des personnes, des familles, qui ont investies du temps et de l'argent au Québec.
Une pharmacienne de 31 ans, originaire de Liège

Cadre dans la région niçoise, Frédéric Richand, 43 ans, attend lui depuis près de trois ans pour partir vivre dans La Belle province avec son épouse et ses trois enfants. "Nous souhaitons réellement avoir une deuxième vie au Québec pour nos enfants, pour leur offrir des perspectives qu'il n'y a plus chez nous. Nous ne sommes pas malheureux, loin de là, mais nous voulions tenter cette aventure", confie-t-il. Un rêve, jusqu'à ce que son dossier soit annulé. Du jamais vu.

A l'instar de ses compatriotes, Frédéric Richand déplore de devoir tout recommencer à zéro, de repasser des tests de langue, de valider des certifications. Une facture qu'il évalue à 3.200 euros pour sa famille. Pire, "nous avons perdu des points sur la grille d'admissibilité pour l'immigration, car nous avons maintenant trois ans de plus", ajoute le Niçois.

Tollé dans l'opposition

La colère gronde chez des immigrants dont la patience est à bout. Après un an passé comme directeur de comptes entreprises à la Banque royale du Canada, dans le nord du Québec, le Belge Nathaël Foulon a dû plier bagages pour revenir en Belgique après l'expiration de son visa temporaire. La prorogation n'est jamais arrivée.

La décision du nouvel exécutif québécois, en place depuis octobre dernier, a déclenché un tollé dans l'opposition. "C'est un projet de loi très inhumain", a déclaré l'ex-ministre libérale, Dominique Anglade. Les nouvelles mesures migratoires s'inscrivent dans un contexte plus large: conditionner l'obtention d'un visa aux stricts besoins de main d'oeuvre, mais aussi à l'envoi des immigrants loin des grands centres. Actuellement, plus de 80 % des immigrants choisissent de s'installer à Montréal ou à Québec (67% pour les Belges).

"Lorsque le ministre sélectionne un ressortissant étranger, il peut lui imposer des conditions (…) afin d'assurer (...) la satisfaction des besoins régionaux ou sectoriels de main-d’œuvre", précise le projet de loi.

Dans une province faisant face à un besoin urgent de personnel, la décision de se passer de 18.100 travailleurs étonnerait presque si le premier ministre François Legault n'avait pas mené sa campagne électorale en octobre dernier sur une thématique anti-immigration, au point de recevoir les félicitations de Marine Le Pen, puis de prendre ses distances avec celle-ci.

Le candidat Legault avait alors surfé sur les peurs dans les campagnes de voir déferler dans les villages des réfugiés haïtiens fuyant depuis deux ans le régime de Donald Trump. Des craintes relevant du fantasme, les réfugiés s'installant dans les grands centres. Malgré la promesse électorale du premier ministre de diminuer le nombre d'immigrants au Québec, le patronat, lui, demande la venue de ces immigrants, souvent hyper qualifiés.

S'armer de patience

Québec a malgré tout promis de rembourser les frais de dossier des candidats éplorés, sans prendre en compte toutefois les dépenses parallèles. Pire, les victimes devront ensuite refaire une demande pour venir dans leur Belle province! Et s'armer de patience.

Parmi les nombreux candidats à l'immigration interrogés, la plupart ont dénoncé une administration où règne la confusion la plus totale. Les pièces de certains dossiers s'égarent. Car dans ce Courteline au pays de la poutine, le discours positif des VRP québécois qui viennent en Europe vanter la province lors de séances de recrutement pour pallier une démographie défaillante, tranche avec la réalité bureaucratique.

En n'acceptant plus dans le futur que des immigrants immédiatement employables sur le marché québécois, Simon Jolin-Barette a promis la main sur le coeur lors d'une entrevue à la chaine TVA, qu'une fois sa réforme appliquée "il n'y aura plus de rêves brisés"!

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