L'Arctique, nouvelle pompe à essence du Canada

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Après avoir juré ses grands dieux sous la présidence de Barack Obama que le Canada n’exploiterait pas les immenses richesses naturelles de l’Arctique, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a reconnu que l’exploitation du pétrole et du gaz dans la mer de Beaufort est désormais en préparation.

Un mois avant la fin de son mandat et l’élection de Donald Trump, le président américain, Barack Obama, a imposé un moratoire sur l’exploitation des richesses naturelles de l’Arctique. Dans une déclaration commune, Barack Obama et Justin Trudeau avaient déclaré en décembre 2016: "Aujourd’hui, étant donné que les eaux arctiques sont irremplaçables et qu’elles sont essentielles à la subsistance et à la culture des communautés autochtones, (…) à la faune (…), le Canada désignera toutes les eaux arctiques canadiennes comme étant interdites d’accès, indéfiniment, aux futures concessions pétrolières et gazières extra-côtières".

15%
Les régions polaires recèleraient au moins 15% des réserves de pétrole et de gaz non découvertes du globe.

En janvier 2018, le chef du gouvernement canadien, sans remettre en cause cette déclaration, qui n’était dans les faits assortie que d’un moratoire de cinq ans, s’est dit prêt à "travailler" avec Donald Trump. Le nouveau locataire de la Maison-Blanche était revenu entre-temps sur les engagements environnementaux de son prédécesseur. Le retour des entreprises pétrolières américaines dans l’Arctique était acté.

Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement canadien revienne lui aussi sur ses belles intentions écologiques. Ottawa a dépêché au début octobre le ministre des Affaires nordiques, Dominique LeBlanc, et son homologue des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, dans le Grand Nord pour étudier les pistes d’exploitation du pétrole et du gaz de la mer de Beaufort. "Les territoires du Nord veulent être impliqués dans la gestion des ressources offshore gazières et pétrolières de l’Arctique", a alors assuré Dominique LeBlanc, avant d’ajouter que les habitants des territoires nordiques "souhaitent une prospérité économique et des emplois, sans nuire à la qualité de leur environnement". À aucun moment, les communautés inuites n’ont été consultées.

Le dollar avant l’environnement

Les ministres Sohi et LeBlanc ont précisé dans un communiqué conjoint qu’Ottawa "négociera une entente de cogestion et de partage des revenus du pétrole et du gaz dans la mer de Beaufort avec les gouvernements des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon". Si le Canada est l’un des grands pays pollueurs de la planète, l’excellente politique de communication de Justin Trudeau a longtemps fait croire l’inverse. Seul son prédécesseur, Stephen Harper, ne prenait pas de gants avec les écologistes. L’ex-Premier ministre conservateur avait publiquement fait part de son désintérêt pour l’environnement en retirant le Canada du protocole de Kyoto.

L’attitude d’Ottawa aujourd’hui n’est pas totalement dénuée de fondements économiques et géopolitiques. L’Arctique recèle d’importantes réserves de pétrole et de gaz. Si les experts divergent sur l’importance des richesses au Nord du 60e parallèle, les régions polaires recèleraient entre 15 et 30% des réserves de pétrole et de gaz non découvertes du globe. Il faut y ajouter d’importantes autres ressources minières: diamants, or, uranium.

Cet eldorado est convoité par les autres pays arctiques, notamment la Russie, les États-unis, le Danemark et la Norvège. Mais aussi, depuis peu, la Chine, qui, en échange de prêts à l’Islande, a obtenu le soutien de Reykjavik pour décrocher un siège d’observateur au Conseil de l’Arctique. L’Arctique prépare t-elle sa sépulture écologique? Probablement, car il n’existe actuellement aucune technologie permettant de faire face à une marée noire dans les eaux polaires. Ce sera un défi pour les ministres de l’Environnement des pays de l’Arctique, qui se réunissent ces jeudi et vendredi à Rovaniemi, en Finlande.

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