La Chine veut conquérir l'Arctique

Les Chinois investissent depuis longtemps au Nunavut et dans les Territoires du nord-ouest.

Une mine d'or canadienne dans l'Arctique aiguise l'appétit en ressources naturelles de la Chine. Au-delà de ses ambitions minières, le Canada soupçonne Pékin de vouloir accroitre son influence géopolitique, voire militaire, dans le Grand Nord.

Le sort de l'Arctique canadien a été scellé il y a tout juste 140 ans. L'Empire britannique, plus préoccupé alors par ses colonies des Indes que par un Pôle Nord inhospitalier, cède ses territoires arctiques de l'Amérique du Nord au Canada en septembre 1880. Le Grand Nord est depuis les années 2000 l'objet de tous les fantasmes et de toutes les convoitises. Dernière en date, la tentative de conquête par la Chine d'un immense territoire de 1.101 km², soit près de la moitié du Luxembourg, aux confins de l'Arctique. Plus précisément à Hope Bay, où se trouve une mine d'or dont les réserves de 3,1 millions d'onces d'or aiguisent l'appétit de Pékin.

Les Chinois investissent depuis longtemps au Nunavut et dans les Territoires du nord-ouest, où ils ont acquis des mines de nickel, de zinc ou de fer. Propriété de la compagnie torontoise TMAC Resources, la mine d'Hope Bay produit annuellement 135.000 onces d'or depuis 2017. Sa durée de vie devrait s'étendre jusqu'en 2035. La compagnie canadienne pourrait passer sous la coupe de la Chinoise Shandong Gold Mining. Bien établie sur le marché des métaux précieux, cette société minière d'État a acheté en 2017 une mine d'or en Argentine à la Canadienne Barrick Gold.

Plusieurs experts craignent que le port de Hope Bay ne serve de relais logistique à Pékin dans le cadre de son projet commercial de "route polaire de la soie".

Hope Bay ne tourne actuellement qu'au tiers de sa capacité et deux de ses domaines aurifères ne sont pas exploités. "Je crois que la mine a maintenant besoin d'un remodelage de son usine de traitement pour améliorer l'extraction, mais TMAC n'avait pas l'argent pour ça. De là, la vente à quelqu'un qui a les moyens", a déclaré au journal canadien l'Aquilon le directeur de la Chambre des mines des Territoires du nord-ouest et du Nunavut, Tom Hoefer. Au courant du mois de juin dernier, 97,1% des actionnaires de TMAC ont voté pour l'acquisition de leur mine par Shandong Gold pour un montant qui s'élèvera à 230 millions de dollars canadiens (148,3 millions d'euros).

Mine d'or utilisable à de potentielles fins militaires

Le dernier mot sur la validité de cette vente à la Chine reviendra en fait au gouvernement canadien, à une date encore indéterminée. En vertu de la Loi sur l'investissement du Canada, les autorités peuvent s'opposer à une transaction pour des raisons de sécurité nationale. En ce qui concerne la mine de Hope Bay, sise à plus de 160 kilomètres du cercle arctique, les Canadiens redoutent que les Chinois ne se contentent pas que d'extraire de l'or.

Ce territoire très isolé et surtout très étendu compte un aérodrome et un port sur l'océan arctique. Plusieurs experts craignent que ces installations puissent servir à des activités militaires, voire que le port de Hope Bay ne serve de relais logistique à Pékin dans le cadre de son projet commercial de "route polaire de la soie". La Chine a publié en janvier 2018 un livre blanc détaillant ses ambitions politiques dans le Pôle Nord. Présente au Conseil de l'Arctique depuis 2013 grâce au soutien de l'Islande à qui elle a prêté de l'argent peu après la crise de 2008, la Chine démultiplie sa présence polaire.

Pour ne rien arranger, les relations économiques entre Pékin et Ottawa sont loin d'être au beau fixe. Les exportations du Canada vers la Chine ont chuté de 16% en 2019 par rapport à 2018. Les deux pays sont à couteaux tirés depuis qu'en décembre 2018, Ottawa, répondant à une demande d'extradition de Washington, a arrêté la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou. Celle-ci est en résidence surveillée dans l'une de ses luxueuses propriétés de Vancouver. Au lendemain de cette arrestation, Pékin avait alors arrêté un homme d'affaires et un ex-diplomate canadiens. Puis, toujours en représailles, la dictature chinoise a condamné à mort quatre Canadiens. Ces derniers croupissent dans des geôles chinoises dans des conditions bien peu propices à pousser Ottawa à valider la transaction d'Hope Bay.

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