La Fed envisage deux hausses supplémentaires en 2018

©REUTERS

Comme attendu, le Comité monétaire de la banque centrale américaine a relevé une nouvelle fois ses taux d'intérêt d'un quart de point de pourcentage (0,25%) pour les porter dans la fourchette de 1,75% à 2%. Ce tour de vis est le second de l'année et deux nouvelles hausses de taux sont encore envisagées cette année.

La Réserve fédérale est apparue sous un costume de faucon mercredi soir, image que l’on donne aux banquiers centraux favorables à une politique monétaire plus stricte destinée à contenir l’inflation. C’est précisément l’inflation qui semble préoccuper la banque centrale des Etats-Unis.

La Fed a relevé son principal taux directeur à 2%, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis avril 2008. Plus précisément, les taux des fonds fédéraux sont appelés à fluctuer dans une fourchette allant de 1,75% à 2%, contre 1,50% à 1,75% précédemment. C’est la septième hausse depuis que la Fed a commencé à resserrer la vis monétaire en décembre 2015.

"Nous visons une inflation d’environ 2% et ne surréagirons pas si elle se situe en dessous ou au-dessus".
Jerome Powell
Président de la Fed

Mais les banquiers centraux américains ont surtout revu à la hausse leurs attentes à l’égard du niveau des taux directeurs à la fin de l’année. D’après ces prévisions, qualifiées de "dot plot" (diagramme à points) parce qu’elles reprennent les estimations de chaque membre de la Fed, symbolisées par des points sur un graphique, la Fed devrait encore procéder à deux hausses de taux en 2018, ce qui porterait la limite supérieure des taux des fonds fédéraux à 2,5%.

L’explication figure dans les nouvelles prévisions d’inflation de la Fed, publiées en marge de la décision de politique monétaire. En mars, la banque centrale s’attendait à une inflation sous-jacente, c’est-à-dire hors prix de l’alimentation et de l’énergie, à 1,9%. Les économistes estimaient, en majorité, que la Fed porterait cette prévision d’inflation à 2% mais elle l’a placée à 2,1%, soit au-delà de son objectif officiel. En mars, les banquiers centraux américains ne voyaient pas l’inflation dépasser leur objectif de 2% avant 2020.

Le dollar reprend des forces

Dans son communiqué publié mercredi soir, la Fed hausse le ton face à cette inflation qui devrait grimper plus rapidement que prévu. La banque centrale a ainsi abandonné sa promesse de laisser, pour un certain temps, ses taux en dessous de leur niveau de long terme.

Elle semble aussi plutôt confiante à l’égard de la croissance économique puisqu’elle évoque une "activité économique qui a augmenté à un rythme robuste", alors qu’elle évoquait un rythme "modéré" début mai. En conséquence, la banque centrale des Etats-Unis prévoit "de futures augmentations graduelles de la fourchette cible des taux des fonds fédéraux", son principal instrument de politique monétaire. Là aussi, le langage s’est quelque peu corsé puiqu’il y a un mois et demi, la Fed évoquait des "ajustements graduels", et non des "augmentations".

Les marchés ont immédiatement intégré ce biais plus strict de la politique monétaire de la première économique de la planète. Le taux des obligations gouvernementales des Etats-Unis qui arrivent à échéance dans dix ans s’est brusquement tendu après la publication du communiqué de la Fed, passant de 2,95% à 3%. Le dollar, qui cédait du terrain face à l’euro avant l’annonce, à 1,1790 dollar pour un euro, a repris du poil de la bête pour atteindre 1,1745 dollar pour un euro.

Sur les marchés d’actions, les investisseurs ont allégé leurs portefeuilles. L’indice S&P 500 représentatif de la Bourse de New York a reculé de 0,20% peu après la communication de la décision de la Fed, alors qu’il était stable juste avant . 

Une inflation préoccupante

Jérome Powell a confirmé que l’inflation préoccupait la Fed. Lors de sa conférence de presse, le président de la banque centrale a déclaré que ses collègues et lui seraient préoccupés si l’inflation évoluait  "en permanence" au-dessus ou sous l’objectif de 2%. "Nous savons que l’inflation va rebondir. Nous le reconnaissons, nous le comprenons."

Le patron de la Fed a ajouté qu’il était "très important" que les anticipations d’inflation restent ancrées à 2%. Il a toutefois voulu apparaître modéré en signalant: "Nous visons une inflation d’environ 2% et ne surréagirons pas si elle se situe en dessous ou au-dessus". 

En ce qui concerne le commerce international menacé par le protectionnisme, Powell a tempéré: "Actuellement, nous ne voyons pas cela du tout dans l’économie. Nous ne voyons vraiment pas cela dans les chiffres." Reste à voir si ce sera toujours le cas lors de la prochaine réunion de la Fed, les 31 juillet et 1er août.

La Fed joue la transparence

Le président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, a annoncé son désir de tenir à partir de janvier une conférence de presse après chaque réunion monétaire, dans un effort de transparence et d'explication de la politique de l'institution.
Cela renforce la fréquence des conférences de quatre à huit par an.

C'est Ben Bernanke, l'ancien président de la banque centrale, qui avait institué en 2011 la première conférence de presse de l'institution monétaire, jusque-là très secrète. Pour la Fed, cela revient à se donner la possibilité d'expliquer ses décisions après chaque rendez-vous monétaire et donc de s'accorder plus de marge de manœuvre pour être réactive à l'avenir. "Tenir deux fois plus de conférences de presse ne veut rien dire sur le rythme de hausse des taux", a toutefois prévenu Jerome Powell.


Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content