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La flambée du prix du gaz n’est pas près de s’éteindre

©Bloomberg

Le prix du gaz sur les marchés internationaux atteint des niveaux records, faisant craindre une accélération de l’inflation.

A Rotterdam, le cours de référence pour le gaz européen, le prix du gaz a atteint des niveaux records. Il a franchi cette semaine la barre des 45 euros le mégawattheure. C’est une hausse de 136% depuis le début de l’année. Voilà qui n’augure rien de bon pour la facture du consommateur. Comment expliquer cette flambée du prix du gaz et à quoi faut-il s’attendre pour la suite ? S’agit-il d’un phénomène conjoncturel ou au contraire d’une tendance durable ?

45
MWh
Le prix du gaz a franchi cette semaine la barre des 45 euros le mégawattheure, un record.

La demande de gaz naturel liquéfié (GNL) est très forte en Asie, ce qui se répercute en Europe. À cela s’ajoute l’augmentation du prix du CO2, qui est passé en un an de 25 à 55 euros/tonne. "La hausse du prix du CO2 rend moins attractive la production d’électricité à partir de charbon et pousse les producteurs à utiliser des centrales au gaz à la place", explique Laurent Jacquet, directeur de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG).

Il y a également une pression sur la demande de gaz pour augmenter les niveaux de stockage en Europe. Le remplissage des stocks a été lent au printemps à cause des températures en dessous des normes saisonnières.

Comme si cela ne suffisait pas, il y a eu la maintenance de certaines installations cet été ainsi que plusieurs incidents sur les réseaux. Ainsi, le gazoduc russe Yamal, qui achemine du gaz vers l'est de l'Allemagne, était hors ligne pour une maintenance planifiée du 6 au 10 juillet.

Enfin, il y a la Russie qui a décidé de limiter ses envois de gaz à l’Europe. "Elle utilise cette stratégie comme arme géopolitique pour mettre la pression sur les Européens pour terminer Nord Stream 2 (construit sous la mer Baltique, NDLR)", souligne Damien Ernst, professeur à l’ULiège. Ceci étant, la Russie doit également composer avec une marge de manœuvre assez limitée au niveau de sa production. "La Russie dispose d’une capacité supplémentaire limitée à 400 TWH/an. À titre de comparaison, la Belgique représente 200 TWH de consommation annuelle", rappelle Ernst.

Au niveau de l’offre, on n’annonce d’ailleurs aucune nouvelle capacité à court terme sauf au Qatar, mais cela ne suffira sans doute pas pour répondre à l’augmentation de la demande.

Tendance durable

Bruno Colmant, professeur d’économie à l’UCLouvain et à l’ULB, pense que l’emballement du prix du gaz revêt un caractère largement structurel. "On se rend compte que l’énergie va devenir rare et chère." Ce qui risque de générer une augmentation durable de l’inflation, selon lui. "Je pensais jusqu’ici que le phénomène serait de nature temporaire, mais je commence à changer d’avis. D’une part, le coût des matières premières va continuer à augmenter avec l’intensification de la demande. D’autre part, on assiste à un phénomène de rattrapage d’après-covid. Je prévois une inflation de 2 à 3% l’année prochaine."

"Si on compte uniquement sur des centrales au gaz pour compenser la sortie du nucléaire, on risque d’auto-alimenter une inflation des prix des produits énergétiques."
Bruno Colmant
Professeur à l'UCLouvain et à l'ULB

Bruno Colmant s’interroge au passage sur la sortie du nucléaire. "Si on compte uniquement sur des centrales au gaz pour compenser la sortie du nucléaire, on risque d’auto-alimenter une inflation des prix des produits énergétiques. Une meilleure solution serait de garder deux ou trois réacteurs opérationnels mais aussi de construire des centrales au gaz. Cela nous éviterait en outre d’être trop dépendant de l’étranger."

"Mon inquiétude, c’est qu’on se retrouve face à une grogne sociale importante."
Bruno Colmant
Professeur à l'UCLouvain et à l'ULB

En tout état de cause, il prévoit un choc important d’inflation énergétique dans les prochains mois, avec un impact très négatif sur les entreprises et les ménages. "On parle d’une augmentation future de la facture des ménages de l’ordre de 500 euros par an, c’est une ponction énorme sur le pouvoir d’achat des ménages. Mon inquiétude, c’est qu’on se retrouve face à une grogne sociale importante", prévient-il.

Le résumé

  • Le prix du gaz a atteint des niveaux records.
  • Des facteurs tant conjoncturels que structurels expliquent cette flambée des prix.
  • Bruno Colmant pense qu'on est face à un phénomène structurel qui impactera la facture des ménages.
  • Il met en garde contre le risque de mécontentement social.

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