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La santé a mal à sa recherche

©Bloomberg

Le système global d'innovation dans la santé "est cassé" par le court-termisme et la financiarisation, selon l'University College de Londres. L'innovation et la productivité du secteur sont en recul constant, au détriment des patients.

Chère, inefficace, non durable: l'innovation dans le secteur de la santé est à la dérive, alertent des chercheurs de l'University College de Londres (UCL). L'innovation dans ce secteur est en déclin et les efforts fournis servent trop souvent une course au profit de court terme au détriment d’objectifs d’intérêt général, ce qui affecte la santé des patients et, in fine, l'économie.

L’équipe de Mariana Mazzucato, de l’Institute for Innovation and Public Purpose de l’UCL, dresse le portrait d’un système global qui ignore largement les maladies les plus répandues dans les pays plus pauvres – la tuberculose, par exemple – mais qui met aussi largement de côté les besoins de santé publique des pays à haut revenus. Ainsi privilégie-t-on par exemple des traitements tout au long de la vie sans grande valeur ajoutée, contre le diabète par exemple, au lieu de se concentrer sur les nouveaux traitements, les vaccins ou la prévention.

La part des nouveaux médicaments qui apportent une avancée thérapeutique est désespérément faible. Les chercheurs prennent ici l'exemple de l'Allemagne: dans 57% des cas, aucune valeur ajoutée thérapeutique n'est démontrée; dans 27% des cas seulement elle est significative.

Et la productivité est en berne. Le nombre de nouveaux médicaments approuvés est en recul constant. Dans les années 1950, l'administration américaine (Food and Drug Administration) approuvait environ 40 médicaments par milliard de dollars investis dans la recherche et développement. Aujourd'hui, chaque milliard ne débouche plus que sur 0,65 médicament.

→ Il n'existe pas de chiffre comparable au niveau européen: l'Agence Européenne des médicaments n'a été créée qu'en 1995.

©UCL

Financiarisation accrue

"Le système actuel de développement de médicaments incite à des prix élevés et offre des rendements à court terme aux actionnaires plutôt que de se concentrer sur des recherches à plus long terme plus risquées qui conduisent à des avancées thérapeutiques indispensables", résument les chercheurs.

Et parallèlement, les entreprises pharmaceutiques se financiarisent. De 2007 à 2016, les 19 entreprises pharma incluses dans l'indice S&P 500 avaient dépensé 297 milliards de dollars pour racheter leurs propres actions et doper ainsi leur cours de bourse. Cela représente 61% de leurs dépenses de recherche et développement: "Une confiscation de la valeur par les actionnaires au détriment des progrès de la santé et de l'intérêt public."

Le résultat est une difficulté d'accès à l'échelle mondiale aux médicaments. Et une pression toujours plus forte sur les budgets de santé nationaux qui conduit à un rationnement des traitements, constate l'étude, "The People's Prescription: Re-imagining health innovation to deliver public value", qui a été menée en partenariat notamment avec le King's College de Londres, et une série d'organisations comme Médecins Sans Frontières, l'European Public Health Alliance ou encore Open Society Foundations, qui a participé au financement de l'étude.

Changez tout

Bref, conclut Mariana Mazzucato, le système d'innovation dans le secteur de la santé "est cher et improductif et requiert une transformation complète". Son équipe dresse une série de recommandations, à commencer par la poursuite de la production de médicaments génériques quand les entreprises refusent de rendre les médicaments abordables pour les systèmes de soins de santé. L’équipe de chercheurs recommande plus fondamentalement de revoir les règles de propriété intellectuelle: elles sont le principal incitant pour l'innovation et doivent l'encourager plutôt que l’étouffer. Et appelle les gouvernements à organiser la recherche autour de missions et à rééquilibrer un système de double facture, où le public passe à la caisse pour financer la recherche en amont puis pour gonfler de manière disproportionnée les profits privatisés.

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