Le blé flambe sur le marché européen

Vague de chaleur en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan, pluies au Canada: les sombres perspectives de récolte de blé font s'envoler les prix, dopés par mouvement spéculatif sur les marchés à terme spécialisés européens et nord-américains.

Les prix du blé se sont de nouveau envolés vendredi sur le marché à terme européen (Euronext), grimpant à leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs mois, dopés par la sécheresse qui sévit en Europe de l'Est et dévaste les cultures, principalement en Russie.

Sous l'effet d'une vague de chaleur sans précédent, près de 10 millions d'hectares de cultures ont été détruits en Russie, soit 20% des surfaces céréalières cultivées, selon le ministère russe de l'Agriculture.

Le ministère a revu à la baisse des prévisions de production de céréales à 85 millions de tonnes (Mt) contre 95 millions engrangées l'an passé. Mais les analystes estiment ce chiffre bien trop optimiste et tablent plutôt sur une récolte autour des 75 Mt, voire même sous les 70 Mt pour certains.

La situation est également préoccupante en Ukraine et au Kazakhstan, deux autres pourvoyeurs importants du marché mondial. Les récoltes sont aussi attendues en repli en Europe de l'Ouest, France et Allemagne en tête, ainsi qu'en Europe centrale (Hongrie, Bulgarie, Roumanie) ou encore au Canada où les pluies ont eu raison des rendements.

Exportateur majeur, la Russie a vendu 18 Mt de blé en 2009, assurant 15% des exportations mondiales. Une présence moindre des blés russes en 2010 laisserait la place libre à la concurrence d'Europe de l'ouest, sur le pourtour méditerranéen, ou américaine, sur le sud-est asiatique.

Cette perspective de ventes et le resserrement des disponibilités en Europe de l'Est a provoqué un fort mouvement spéculatif sur les marchés à terme spécialisés des deux côtés de l'Atlantique, où les prix ont progressé de 35%.

A la Bourse de Chicago (CBoT), place de référence mondiale, le cours du blé a atteint jeudi soir un plus haut depuis plus d'un an, le contrat pour livraison en septembre grimpant jusqu'à 6,2750 dollars le boisseau (25 kg).

Parallèlement sur le marché à terme européen (Euronext), le contrat de blé meunier pour livraison en novembre progressait de 5 euros vendredi après-midi et valait 193,25 euros, soit un gain de 22 euros sur la semaine et de 33 euros sur le mois. Ce même contrat valait tout juste 130 euros au printemps dernier.

Autre conséquence de la grande volatilité des cours, les volumes échangés sur le marché à terme européen ont explosé depuis quelques semaines sous l'effet de rachats de positions et de la présence inhabituelle des fonds de pension américains. En effet, les producteurs européens qui avaient vendu leur blé à 130 euros il y a trois mois sur l'Euronext se sont empressés de racheter leurs positions afin de profiter de l'envolée des cours.

Au même moment, la flambée des prix sur le vieux continent a alerté les fonds anglo-saxons, lesquels ont investi le marché européen devenu subitement très intéressant. Une grande première pour ces investisseurs qui se concentrent d'ordinaire sur les grandes places américaines. Ainsi, le 22 juillet dernier, l'activité à battu un record sur l'Euronext où plus de 50.000 lots de 50 tonnes chacun ont été échangés dans la journée contre 10 à 15.000 tonnes habituellement.

Toutefois, les spécialistes demeurent prudents et jugent ce mouvement haussier "purement spéculatif". Ils rappellent que les moissons ne sont pas encore achevées dans l'hémisphère Nord et que celles du Sud (Argentine, Australie) ne débuteront que dans quelques mois. De plus, les stocks mondiaux sont amplement suffisants pour combler le recul des productions.

Dans son dernier rapport publié le 29 juillet, le Conseil International des Céréales (CIC) basé à Londres, chiffre la production mondiale de blé pour 2010 à 651 millions de tonnes (-26 Mt par rapport à 2009) à laquelle il faut ajouter les 197 Mt de stock accumulé l'an passé. Soit un total disponible de 848 Mt, volume largement suffisant pour assurer une consommation estimée à 655 Mt.

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