Le centre de gravité de l'économie mondiale bascule vers le sud

Selon l’OCDE, 60% du PIB mondial proviendra de la zone hors OCDE en 2030. C’était l’inverse en 2000 et ça semble "irréversible".

En l’espace d’une décennie, la notion de "pays émergent" s’est imposée dans le langage économique entre celle de " pays industrialisé " et de " pays en développement ".

Une réalité à laquelle tout le monde va désormais devoir s’adapter, prévient l’Organisation de Coopération et de Développement économiques (OCDE) dont le Centre de développement a publié hier sa première étude sur le développement mondial. " Le centre de gravité de l’économie mondiale est en train de basculer de l’Ouest vers le reste du monde, et cette tendance va se poursuivre ", assène Angel Gurria, son secrétaire général.

L’organisation basée à Paris estime qu’en 2030, 60% du PIB mondial viendra des pays non-membres de l’OCDE, alors qu’en 2000 à peine, la proportion était juste l’inverse. " C’est rapide, juste l’espace d’une génération ", note Gurria qui ne veut toutefois pas y voir une menace pour les pays industrialisés. " Il va simplement falloir s’habituer à travailler ensemble, à l’image de ce que tente le G20", lance le secrétaire général.

Des locomotives

L’OCDE voit dans ce " déplacement de la richesse "une opportunité de développement pour l’ensemble de la planète. Sur la dernière décennie, le nombre de pays émergents - les pays dont la croissance moyenne par habitant équivaut à plus du double de celle des pays de l’OCDE, selon sa définition - est passé de 12 à 65 alors que celui des pays pauvres a chuté de 55 à 25. " Les pays industrialisés ne doivent pas craindre cette évolution, insiste Angel Gurria. Que ce serait-il passé si ces nouveaux géants avaient suivi le monde développé dans la récession ? Qu’aurions-nous fait sans ces locomotives. C’est donc plutôt une bonne nouvelle. "

Cette progression ne veut évidemment pas dire que le développement se fait de manière équilibrée. L’OCDE note ainsi que si la forte progression des pays émergents a permis de réduire le nombre de personnes vivant avec moins de un dollar par jour de 25% en une décennie (de 2 à 1,5 milliard), 90% de cette diminution est comptabilisée en Chine. Mais pour le directeur du Centre de développement de l’OCDE, Mario Pezzini, la percée des émergents aura aussi des effets bénéfiques pour les pays en développement. " On remarque que des liens sud-sud sont en train de se développer rapidement, pointe-t-il. Les pays en développement assurent déjà 37% du commerce mondial et la moitié de ce flux suit un axe sud-sud. " Entre 1990 et 2008, alors que les échanges mondiaux quadruplaient, les flux à l’intérieur de la zone des pays en développement ont été multipliés par dix.

Tout profit pour tous

L’OCDE note encore que, depuis l’an dernier, la Chine est désormais le premier partenaire commercial du Brésil, de l’Inde et de l’Afrique du Sud ou encore que Tata, la multinationale indienne, est le deuxième investisseur en Afrique subsaharienne. " C’est aussi une réalité au niveau de l’aide internationale - 12% de l’aide au développement mondiale vient des pays émergents - et des investissements directs étrangers", montre Mario Pezzini. L’encours des investissements chinois hors de ses frontières atteindrait déjà 1.000 milliards de dollars.

L’organisation regroupant les économies développées y va aussi de ses conseils pour améliorer les relations entre les économies en développement. Elle pointe notamment des droits de douane encore importants qui, ramenés au niveau de ceux pratiqués dans les échanges entre économies du Nord, pourrait gonfler la richesse globale de la zone de 59 milliards de dollars.

En lançant ces conseils, l’OCDE n’a même pas l’impression de se tirer une balle dans le pied. "Si les pays en développement progressent vers la voie des émergents ce sera bénéfique pour l’économie globale, conclut Angel Gurria. Nous allons vers un monde meilleur."

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