Le nouveau siège de l'Otan inachevé pour son inauguration

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Jeudi prochain, Donald Trump inaugurera le nouveau siège de l’Otan. Un édifice majeur, au design moderne et ultra-sécurisé, mais inachevé en raison de problèmes informatiques.

Samedi 20 mai 2017. Le jour se lève sur le nouveau siège de l’Otan. Les quatre longues ailes à l’orient du site sont baignées de lumière. L’ombre des ailettes métalliques reliant les panneaux de verre blindé de la façade se reflète sur le sol de l’Atrium, l’allée centrale du bâtiment, long de deux cents mètres et large d’une quarantaine. Le silence règne.

Au moins mille caméras balayent les moindres recoins de l’édifice. Des détecteurs optiques resserrent les mailles du filet. Le matériel de sécurisation électronique, relié à un puissant logiciel d’analyses d’objets, réagit au moindre mouvement.

La veille, ingénieurs et ouvriers ont été priés de vider les lieux. C’est la première fois depuis le début du chantier, en 2010, que les agents de l’Otan se retrouvent seuls dans le "saint des saints". Ils préparent l’inauguration du QG par le président des Etats-Unis Donald Trump, prévue le jeudi 25 mai.

Une fois la cérémonie terminée, les techniciens reviendront et les travaux reprendront, car le site n’est pas achevé. Le système informatique (IT) n’est toujours pas installé. Lockheed Martin, le numéro un mondial de la défense, chargé de cette mission, rencontre des difficultés. "Lockheed Martin rame. L’installation de l’IT sera finalisée par Leidos, une boîte proche du Pentagone rachetée par Martin l’an dernier", dit une source.

1,1 milliard d’euros

L’immeuble est un ouvrage majeur. Un des plus grands chantiers du pays. Dans cet espace de 240.000 mètres carrés se croiseront bientôt 4.050 employés et des centaines de visiteurs quotidiens.

Son coût atteint 1,1 milliard d’euros, à charge du budget des alliés, dont 40 millions pour la Belgique. Ce montant est en ligne avec les prévisions initiales, même si la répartition de l’enveloppe a bougé.

Le consortium chargé de construire le gros œuvre, le néerlandais BAM Alliance et sa filiale belge Interbuild, a sous-estimé son prix en annonçant 458 millions d’euros. Lors des travaux, il a réclamé des ajustements, de telle sorte que sa facture finale atteint 640 millions. En outre, BAM a obtenu une année supplémentaire sur le calendrier initial. Les procès en cascade avec les sous-traitants ont suivi.

À ces montants s’ajoutent les coûts de l’infrastructure audiovisuelle (Televic, 26 millions d’euros), la sécurité électronique (Siemens, 17 millions) et le mobilier (64 millions). Le site a été livré l’an dernier à l’Otan par le maître d’œuvre délégué, la Défense belge.

Comme les doigts de la main

Le bâtiment est composé de deux rangées de quatre grandes ailes reliées entre elles par l’Atrium central. Les architectes, (le bureau américain Som-Assar) y voient les doigts de deux mains qui se croisent, symbole de l’alliance civile et militaire. L’esquisse fut tracée sur une feuille A4 par un jeune stagiaire.

Pour entrer sur le chantier, où s’activaient entre 600 et 12.000 travailleurs, chacun passait par un système de reconnaissance à l’iris.

Tous les éléments de la construction sont originaires d’un des pays membre de l’Alliance. Le marbre de l’Atrium vient du Portugal. Le verre de la façade a été fabriqué par AGC Glass (ex-Glaverbel).

Tout est conçu pour y rendre la vie la plus agréable possible. Centre sportif, piscine, courts de tennis en terre battue, piste d’athlétisme, dojo, banque, restaurant, boutique et lieux de détente.

Des normes environnementales strictes ont été respectées. La technique du "slap cooling", du liquide entre 18° et 22° circulant dans la dalle de béton, permet de maintenir une température égale en été comme en hiver, avec une consommation moindre d’énergie. La piscine est chauffée par des panneaux solaires. Pour l’anecdote, une petite entorse a été faite aux nouvelles règles de durabilité. Alors que les sanitaires des immeubles de bureaux ne sont équipés de nos jours que d’eau froide, ceux du siège de l’Otan ont été dotés d’eau chaude… à la demande expresse des militaires.

Un site ultra-sécurisé

La décision d’ériger un nouveau siège a été prise à Washington, il y a 18 ans. Les anciens locaux n’étaient plus adaptés. L’Otan choisit un terrain situé à quelques dizaines de mètres, toujours à Haren, sur le territoire de la Ville de Bruxelles. Le lieu était occupé par un aérodrome créé par les Allemands lors de la guerre 14-18.

Le chantier titanesque fut à la hauteur du défi. Le site, ultra-sécurisé, abritera le Conseil de l’Otan et l’état-major militaire international. Vingt-huit ambassadeurs, le personnel des délégations nationales, les fonctionnaires de l’organisation et les employés des agences de l’Alliance.

Le site est divisé en plusieurs zones de sécurité. Le niveau le plus bas inclut la salle de presse et le restaurant. Le plus élevé se trouve dans la partie occidentale, qui abrite une salle ovale où se réuniront les 28 chefs d’État et de gouvernement.

Le vrai challenge fut de construire une structure de verre à l’épreuve des bombes et de tout incident envisageable à deux pas d’un aéroport international. "Les normes anti-effondrement du siège sont inspirées des leçons du 11 septembre 2001. La structure permet au bâtiment de se maintenir sur pied en cas de destruction d’une partie de celui-ci", dit une source. La résistance des matériaux a été mise à l’épreuve dans des conditions "grandeur nature": un fragment de la façade a été soumis à des explosions dans un tunnel d’essai, hors du pays.

Espionnage assidu

Le secret pèse sur le sous-sol du bâtiment, un espace de 30.000 m². Selon nos informations, on y trouve deux tunnels reliant différentes parties du site. Un centre de crise, pour accueillir le commandement et garantir des communications sécurisées avec l’extérieur. Un système informatique dédoublé, redondance nécessaire pour éviter de "perdre" des informations cruciales. Difficile d’en savoir plus. Les plans comportent des zones "blanches" auxquelles seule une partie du personnel de l’Otan peut accéder.

Les 1.500 entreprises liées à la construction sont soumises à la confidentialité la plus stricte. Pour entrer sur le chantier, où s’activaient entre 600 et 12.000 travailleurs, chacun passait par un système de reconnaissance à l’iris. Ces précautions n’ont pas empêché que le site fasse l’objet d’un espionnage assidu. "C’est le lot des centres stratégiques. Tout a été fait pour éviter que le béton ne soit truffé de micros", dit une source.

Quant aux partenaires de l’Otan, dont fait partie la Russie, ils ne seront pas logés dans le nouveau siège, mais dans une aile de l’ancien bâtiment.

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