Le S&P 500 aurait-il poussé Trump à reporter les taxes douanières sur les produits chinois?

©REUTERS

Ce geste pour les Américains à quelques mois de Noël est vu par certains comme un signe de faiblesse.

La dégringolade de ces derniers jours sur les marchés était peut-être devenue trop forte pour le Président américain. L’administration Trump a semblé, ce mardi, reculer d’un pas dans la guerre commerciale qui l’oppose à la Chine. Les taxes douanières de 10% supplémentaires sur 300 milliards de dollars d’importations chinoises ne seront finalement imposées que le 15 décembre. 

Cadeau de Noël

Ces tarifs, qui visent les téléphones cellulaires, les ordinateurs portables, les consoles de jeux ou encore certains articles vestimentaires, devaient entrer en vigueur le 1er septembre. Autant de produits cruciaux pour le secteur de la consommation aux Etats-Unis, surtout à l’approche de la rentrée scolaire et à quelques mois des fêtes de fin d’année où les iPhone et autres PlayStation se vendent comme des petits pains. Les commerçants auront ainsi le temps de remplir leurs stocks. D’autres produits, comme les sièges automobiles ou les grues, seront exemptés de cette taxe punitive.

"Expliquez-moi pourquoi Xi ne devrait pas continuer à patienter face au plus grand négociateur du monde qui ne fait que négocier avec lui-même?" Jim Chanosfondateur du hedge fund Kynikos Associates

Donald Trump, qui avait reçu des demandes d’exemption de nombreuses entreprises menaçant de répercuter les taxes sur le consommateur, a présenté cette décision comme un cadeau de Noël avant l’heure. "Nous faisons ça pour Noël juste au cas où cela aurait un impact sur le consommateur américain", a expliqué le Président. Il a tenu à souligner que "pour l’instant", les taxes sur les produits chinois importés n’avaient eu "aucun effet" sur le consommateur à cause de la dévaluation chinoise.

Si les marchés financiers ont accueilli la nouvelle avec joie, certains analystes jugent que la concession de Washington est dangereuse. Jim Chanos, fondateur du hedge fund Kynikos Associates, estime que le président chinois Xi Jinping pourrait y voir le signe que les Etats-Unis sont prêts à plier sous la pression. "Expliquez-moi pourquoi Xi ne devrait pas continuer à patienter face au plus grand négociateur du monde qui ne fait que négocier avec lui-même?" a-t-il tweeté.

L’analyste financier David Rosenberg, chef économiste et stratégiste chez Gluskin Sheff & Associates, a pour sa part tweeté: "La Maison-Blanche reporte ses tarifs et en dispense certains produits. Est-ce qu’un acronyme appelé SPX (pour S&P500, NDLR) aurait poussé quelqu’un à céder?"

Avant cette annonce imprévue, les négociateurs commerciaux chinois et américains se sont entretenus mardi par téléphone. Une conversation "très productive", selon Donald Trump, qui a fait de la balance commerciale avec la Chine son cheval de bataille depuis le début de son mandat.

Risques de récession

Pour autant, difficile de voir dans ce report de taxes le signe qu’un accord commercial est possible dans un futur proche. "Les risques de récession sont élevés", affirme Michelle Meyer, économiste de Bank of America, au Washington Post. Elle ajoute ne pas voir de résolution du conflit "avant la fin de l’année prochaine". Donald Trump a accusé plusieurs fois Pékin de chercher à patienter jusqu’à la présidentielle de 2020 pour conclure un accord si les démocrates l’emportent.

Les discussions sont dans l’impasse depuis le mois de mai. Les tensions sont au plus haut depuis que le Trésor américain a officiellement accusé Pékin de manipuler sa monnaie. Dans un tweet matinal, le républicain a reproché mardi à la Chine de ne toujours pas avoir acheté de produits agricoles américains en grande quantité, comme Xi Jinping le lui aurait promis lors de leur rencontre au G20 en juin. La Chine nie avoir fait une telle promesse. Les deux pays sont censés entamer début septembre une nouvelle session de négociations.

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