Les "fuites" de l'aide de la Banque mondiale couleraient vers les paradis fiscaux

Une partie de ses aides aux pays les plus pauvres prend la direction de comptes offshore, déplore la Banque mondiale.

La Banque mondiale révèle que ses versements d'aides aux pays les plus pauvres "coïncident" avec des transferts de fonds en direction de comptes offshore. C'est ce qu'on peut lire dans une étude dont la version finale a été édulcorée.

Une part non négligeable de l'aide accordée par la Banque mondiale (BM) aux pays en développement est potentiellement détournée. Ce constat, c'est l'institution financière internationale elle-même qui le dresse après avoir découvert des transferts de fonds vers des comptes offshore. "Les versements d'aide vers les pays les plus dépendants coïncident avec une augmentation importante de transferts vers des centres financiers offshore connus pour leur opacité fiscale", comme la Suisse, le Luxembourg, les îles Caïman et Singapour, expliquent les auteurs de l'étude.

Un taux de fuite de 7,5%

Le "taux de fuite" moyen est estimé à environ 7,5% de l'aide, selon cette étude qui s'est concentrée sur 22 des pays les plus pauvres (principalement en Afrique) en comparant les chiffres de la Banque mondiale avec ceux des versements à l'étranger compilés par la Banque des règlements internationaux (BRI).

L'aide détournée par les politiques au pouvoir, les bureaucrates et leurs acolytes est cohérente avec la totalité des schémas observés.
Banque mondiale

La publication de cette étude a provoqué des remous après que le magazine britannique The Economist ait avancé la semaine dernière qu'elle pourrait être l'une des raisons de la démission de l'économiste en chef de la BM, Pinelopi Koujianou Goldberg. Mais l'institution financière s'est défendue contre les rumeurs selon lesquelles elle avait voulu étouffer l'affaire. Le brouillon de l'étude "a été relu plusieurs fois et s'en est retrouvé amélioré", a-t-elle dit dans un communiqué.

Une version finale édulcorée

Si elle ne précise pas quelles sont ces améliorations, une première version de l'étude expliquait que les versements d'aide "causaient" des transferts d'argent vers l'étranger. La version finale du document préfère dire qu'ils "coïncident avec" ces transferts d'argent.

L'étude suggère que plusieurs explications sont possibles pour ces fuites, mais elle en élimine la plupart. "L'aide détournée par les politiques au pouvoir, les bureaucrates et leurs acolytes est cohérente avec la totalité des schémas observés", se contente-t-elle de souligner, ajoutant que les effets "sont plus importants pour les pays les plus corrompus".

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