"Les paradis fiscaux sont des malles au trésor bourrées d'informations"

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Après avoir travaillé cinq ans dans la haute finance et officié comme agent pour les services secrets français, Maxime Renahy se positionne comme lanceur d’alerte.

Entré par la petite porte dans le monde feutré de la haute finance, Maxime Renahy a rapidement proposé ses services à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services secrets français. Pour ensuite faire son coming out et se mettre au service des citoyens.

Il y avait un côté exaltant, une émulation intellectuelle à trouver des informations pour la DGSE.
maxime renahy
lanceur d’alerte

L’homme assis en face de nous dans le bar d’un hôtel bruxellois ne paie pas de mine. Il est comme vous. Comme moi. Pourtant, son histoire n’est pas banale. Tellement qu’il vient de la coucher sur papier dans le livre "Là où est l’argent", publié aux éditions Les arènes. Le bougre sait se vendre. Et attirer le chaland. "J’ai proposé mes services à la DGSE, qui les a évalués puis acceptés. De 2007 à 2012, je suis devenu un espion économique dans la finance à Jersey puis au Luxembourg. Servir, telle était ma volonté, mais pour y parvenir, il fallait trahir. Mon employeur, mes collègues, mes amis et les femmes de ma vie." Voilà pour l’entrée en matière.

"Comme Colombo"

La vie de Maxime Renahy a basculé à 28 ans, lorsqu’il s’est rendu à Bristol pour apprendre l’anglais. Licencié en droit et doté d’une formation en hôtellerie de luxe, il s’est retrouvé à Jersey, embrigadé pour un poste administratif dans un grand cabinet d’avocats. Au départ, son travail était plutôt simple, comme il le raconte dans son ouvrage: suivi comptable, suivi des contrats d’achat de l’investissement, organisation de réunions et rendez-vous avec des avocats, des notaires et les organes de régulation locaux. À ce niveau, pas besoin de signer de clauses de confidentialité et personne ne se méfiait de lui.

"Je suis un peu comme Colombo, un pauvre petit gars, personne ne prêtait attention à moi, on ne se méfiait pas de moi, je pouvais collecter plein d’informations", nous a-t-il expliqué. Et notre interlocuteur ne s’est pas gêné, ratissant à tous les râteliers, courant les cocktails mondains, écumant les parties de poker et autres événements mondains sur Jersey, cette île qui n’est rien d’autre que "le nœud névralgique de la finance mondiale".

Ni médaille ni cash

La pêche est bonne, très bonne. Pas besoin de badge pour ouvrir les bureaux, ni pour faire des photocopies, pas de traçage des clés USB, c’est "open bar". Comprenant que les informations qui passent sous ses yeux pourraient intéresser l’Etat français, il contacte la DGSE en trouvant un numéro de téléphone sur internet. Voilà comment, pendant cinq ans, il deviendra espion pour le compte des services secrets français.

Formé par la DGSE, il apprendra à ne pas se faire repérer, à éviter les filatures et à faire remonter l’information par un système de clés USB. Une fois par mois environ, il fait la route Jersey-Paris pour remettre une clé pleine d’informations à un de ses contacts qui lui en rend une nouvelle. Et ainsi de suite. "Il y avait un côté exaltant, une émulation intellectuelle à trouver des informations pour la DGSE", se souvient-il.

©Les Arènes

Au moment d’entrer en contact avec les services secrets français, sa démarche est avant tout patriote. Il entend apporter sa pierre à l’édifice de la lutte contre l’évasion fiscale. Mais, après quelques années de cette double vie, l’espion décide de faire tomber le masque et d’avancer à découvert. Son idée? Mettre à profit ce qu’il a appris dans les sphères de la haute finance et sa formation par la DGSE au profit des salariés et des syndicats confrontés à des groupes tentaculaires qui n’hésitent pas à recourir à l’ingénierie fiscale pour exfiltrer des bénéfices, organiser de la fraude fiscale et cela, la plupart du temps, sur le dos des masses laborieuses. Une sorte de Robin des Bois revenu de Jersey! "Les paradis fiscaux sont des malles au trésor bourrées d’informations", explique-t-il aujourd’hui.

Plateforme collaborative

De cette vie dans la haute finance, il a gardé bon nombre de contacts qui continuent à l’informer de l’intérieur, mais il a également mis en place la plateforme www.lanceuralerte.org via laquelle des travailleurs peuvent faire remonter des informations. Et ça marche. Aujourd’hui, Maxime Renahy travaille sur une trentaine de dossiers qui sortiront lorsqu’ils seront mûrs. Après des approches timides, il travaille aussi en collaboration avec différents médias français. Mais la finalité, c’est de monter une sorte de plateforme collaborative, dans un esprit de partage. "Il faut être généreux, ne pas avoir peur de partager, cela permet de faciliter les choses."

Dès septembre, il devrait collaborer activement avec la webtélé Le Media dont le rédacteur en chef n’est autre que Denis Robert, le journaliste à l’origine des révélations sur l’affaire Clearstream. On ne se refait pas.

Altice, le groupe de Drahi, dans le viseur de maxime renahy

"Depuis vingt ans, la France est étranglée par une injustice sociale, financière, fiscale, territoriale et culturelle à la croissance exponentielle", lit-on dans l’épilogue de l’ouvrage rédigé par Maxime Renahy. Ou l’on comprend ce qui va guider le lanceur d’alerte ces prochaines années. "L’injustice prépare toujours le lit du pire. L’embrasement social, dit des gilets jaunesque connut le pays à la fin de 2018 en a apporté une violente illustration à l’évolution imprévisible", écrit encore le lanceur d’alerte dans l’épilogue de son ouvrage.

Et comme s’il voulait prouver qu’il n’y a qu’un pas de la théorie à la pratique, Maxime Renahy s’est intéressé de plus près au groupe Altice, détenu par Patrick Drahi, propriétaire de RMC et de BFMTV. "BFMTV et RMC n’ont pas couvert les mouvements des gilets jaunes", nous a expliqué le lanceur d’alerte, qui s’apprête à démontrer qu’Altice a payé en mai 2018 un dividende de 820 millions d’euros, une somme d’argent qui a pris la route du Luxembourg avant de filer vers la Suisse, pays de résidence de Patrick Drahi.

Il expliquant ensuite que les deux médias en question sont détenus par des structures offshore. "Notre objectif était de montrer que BFMTV et RMC sont financées par des paradis fiscaux et que l’argent remonte vers le Grand-Duché de Luxembourg. C’est ce qui explique que ces chaînes ne traitent pas de la problématique des gilets jaunes", nous a précisé notre interlocuteur. Cette affaire sera dévoilée la semaine prochaine sur la webtélé de Le Média, une chaîne proche de la gauche en France. Maxime Renahy a envoyé une série de questions à Altice, mais n’a pas reçu de réponse.

Il a également posé la question à Bercy (ministère des Finances) afin de savoir si ce paiement de dividendes vers le Luxembourg allait être étudié, mais les Finances se sont retranchées derrière le secret fiscal. Ce dossier fait partie d’une trentaine d’autres que le lanceur d’alerte va traiter dans les mois à venir. Pour ce faire, il est en train de constituer une équipe afin de passer tout cela à la loupe. Avis aux amateurs.

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