Les sept fractures du G7

Donald Trump continue de remettre en cause le multilatéralisme et la volonté du groupe de puissances parler d’une seule voix pour peser sur la marche du monde. ©AFP

Le sommet du G7 s'ouvre à Biarritz ce samedi. Il s'annonce électrique... Au programme: l'Iran, les conflits commerciaux... On parlera aussi Brexit, même si le sujet n'est pas à l'agenda de la réunion. Tour d'horizon des sujets crispants.

L’unité de la famille des grandes démocraties occidentales reste plus fragile que jamais, à l’ouverture du sommet du G7 de Biarritz. Alors qu’aucun communiqué commun n’est prévu, la réunion est d’abord l’occasion de constater les fractures qui traversent le groupe.

Un fil rouge les relie plus que jamais: les divergences de vues entre le locataire de la Maison-Blanche et ses partenaires.

1. La mise au ban de la Russie

La Russie a été exclue du groupe en 2014, suite à son annexion de la Crimée. En cohérence avec une politique de détricotage systématique des décisions prises par l’administration Obama, Donald Trump a fait connaître mardi sa volonté de réintégrer Vladimir Poutine dans l’attelage. Une question de bon sens, à l’entendre, dans la mesure où "beaucoup de sujets dont nous discutons ont à voir à la Russie". Une perspective inconcevable à ce stade pour ses partenaires européens – soutenus par le Canada.

Emmanuel Macron, qui préside la réunion, avait déjà estimé en juin qu'une reformation du G8 ne pouvait être envisagée sans avancée "claire et tangible" sur le processus de Minsk, la pacification de l’Ukraine. La diplomatie européenne ne dit pas autre chose: les raisons de l’exclusion russe sont toujours valides, or "une réinvitation sans condition de la Russie aux réunions du G7 serait un signe contre-productif de faiblesse", estime un haut responsable européen.  

2. La survie de l’accord nucléaire iranien 

L’autre grand sujet de politique étrangère au menu des discussions du G7 reste l’Iran. Cette semaine, Emmanuel Macron a trouvé avec Téhéran des "points d’accord" sur la manière d’assurer la survie de l’accord sur le nucléaire. Le texte a été adopté en 2015, mais en décidant unilatéralement de le dénoncer l’an dernier et en imposant des sanctions économiques à l’Iran, Donald Trump l’a mis en péril.

L’Iran a cessé le mois dernier de respecter certains de ses engagements nucléaires mais cherche, avec la France notamment, la formule qui lui permettrait de sortir du cercle vicieux où le pousse Washington. Si le G7 partage en principe le même objectif  - empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire – la fracture entre Européens et Américains sur l’approche pour y parvenir ne montre donc aucun signe de résorption.

"L’escalade des tensions entre États-Unis et Union européenne [sur ce sujet] est contre-productive. Depuis que les États-Unis ont quitté [l’Accord nucléaire] JCPOA, on n’est parvenu collectivement à progresser sur aucun des points à l’agenda", souligne cette source diplomatique européenne. 

3. Commerce: ouvrir ou fermer les vannes

Quand les Sept en viendront à l’économie, dimanche, ils seront forcés de parler de la principale menace qui pèse à court terme sur la croissance mondiale: les conflits commerciaux. Ici encore, Donald Trump continue avec constance de faire trembler le jeu de quilles.

En menaçant de bloquer le système de résolution des différends à l’Organisation mondiale du commerce (donc de paralyser l’outil garant du respect d’un système de règles pour les échanges). Et en distillant ses menaces de reprise des hostilités avec les Européens – en taxant les voitures allemandes ou les vins français, par exemple.

L’Union tente toujours de convaincre Donald Trump de rester sur la voie d’un "agenda positif". En soulignant que l’enterrement de la hache de guerre commerciale l’été dernier sert les intérêts américains: les importations européennes de gaz LNG américain ont triplé, celles de fèves de soja ont doublé et un accord a pu été scellé sur l’importation de bœuf américain sans hormones…

L’Union espère toujours signer avec Washington pour l’élimination des tarifs douaniers sur les produits industriels. Ambition toujours aussi difficile alors que le refus des Européens d’ouvrir plus grand leur marché aux produits agricoles américains reste un point noir pour Donald Trump. En matière commerciale, "l'Union européenne est pire que la Chine, juste plus petite", avait-il lancé la semaine dernière au cours d'un meeting. 

4. La fiscalité du numérique 

Autre source de tensions: la mise à jour de l’architecture fiscale. Le fait que la France, après d’autres, ait décidé d’adopter une taxe sur le numérique déplaît à Washington – elle touche logiquement en priorité des entreprises américaines.

"Nous taxons nos entreprises, ils ne taxent pas nos entreprises", disait Donald Trump le mois dernier en menaçant la France de mesures de rétorsion "substantielles". L’Union européenne continue d’espérer la définition de nouvelles normes fiscales à l’échelle mondiale pour ponctionner l’industrie numérique. À défaut de progrès sur ce terrain, l’Union européenne se préparera à avancer unilatéralement pour une solution régionale.

5. Le climat

La fracture entre Donald Trump et ses six autres partenaires sur le Climat ne montre aucun signe de résorption, à l’approche de la conférence convoquée en septembre par le Secrétaire général de l’ONU pour susciter de nouveaux engagements en matière de réduction d’émissions. Tous les Européens autour de la table du G7 plaident déjà pour que l’Union s’engage à la neutralité carbone pour 2050. L’Union dans son ensemble n’y est pas encore, mais devrait s’accorder sur l’engagement "d’ici la fin de l’année", estime encore ce diplomate européen. 

Et la forêt amazonienne?

La pression monte pour que le problème de la forêt amazonienne soit discuté au G7. La chancelière Angela Merkel ainsi que le canadien Justin Trudeau, deux des membres du G7, ont également jugé impératif de parler de ces incendies massifs pendant la réunion de Biarritz. Emmanuel Macron aussi. Le président français met la pression. Il estime que son homologue brésilien Jair Bolsonaro a "menti" sur ses engagements en faveur de l'environnement et a annoncé ce vendredi que dans ces conditions, la France s'opposait au traité de libre échange controversé UE-Mercosur.

6. Le Brexit

Le Brexit n’est évidemment pas à l’agenda officiel de la réunion, mais l’arrivée de Boris Johnson au sein du groupe des Sept est scrutée de près. L’avocat du Brexit "avec ou sans accord" devenu Premier ministre sera accueilli à bras ouverts par Donald Trump, ravi de voir le Royaume-Uni sortir du giron de l’Union européenne. Les continentaux européens, eux, le reçoivent contraints par les circonstances.

©Photo News

Le nouveau locataire du 10 Downing Street doit profiter du G7 pour avoir son premier entretien officiel avec le président du Conseil, Donald Tusk – l’homme qui s'interrogeait en février sur ce à quoi pouvait ressembler "cet endroit de l'enfer réservé à ceux qui ont promu le Brexit sans même un début de plan sur la manière de le réaliser en toute sécurité".

Alors qu’Angela Merkel et Emmanuel Macron n’ont pas fermé la porte à une renégociation partielle de l’accord de Brexit, le président du Conseil européen "attend des détails" sur la manière dont Johnson espère faire modifier l’acte de divorce d’ici le 31 octobre. 

7. La nécessité de parler d’une voix

Plus fondamentalement, Donald Trump continue de remettre en cause le multilatéralisme et la volonté du groupe de puissances parler d’une seule voix pour peser sur la marche du monde.

"Nous sommes la famille des démocraties occidentales. Le monde change et si nous voulons influencer la direction qu’il prend, alors nous devrions travailler ensemble. Les tensions transatlantiques sont absolument contre-productives: elles ne servent ni les États-Unis ni l’Union européenne", déplore un diplomate européen de haut rang.

Après le refus du président américain de signer le communiqué du groupe l’an dernier, le G7 envisage pour la première fois depuis la création du groupe en 1975 de ne pas produire de texte final.  

©REUTERS

 

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