Les trois hubs de la contrefaçon mondiale

Le commerce mondial des produits contrefaits et piratés est estimé à 338 milliards d’euros (chiffres de 2013, dernière année disponible pour effectuer une telle analyse), soit 2,5% de l’ensemble du commerce mondial. ©Photo News

La plupart des produits contrefaits émanent de sept pays d’Asie et passent par trois "hubs" mondiaux, également établis en Orient…

La contrefaçon et le piratage des produits ne cessent de gagner en importance dans le commerce mondial. Au point de devenir une des activités criminelles les plus rentables. Pour mieux circonscrire le phénomène et offrir des pistes aux gouvernements, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’Office européen pour la propriété intellectuelle (EUIPO) ont croisé les données dont ils disposent et élaboré des analyses statistiques fouillées au départ, notamment, des résultats des saisies en douane. Il en résulte une sorte de cartographie mondiale des principales routes empruntées par cette économie du faux…

Le commerce mondial des produits contrefaits et piratés est estimé à 338 milliards d’euros (chiffres de 2013, dernière année disponible pour effectuer une telle analyse), soit 2,5% de l’ensemble du commerce mondial. Dix secteurs sont particulièrement visés par les contrefacteurs et pèsent 208 milliards d’euros, soit 61% du total. En volume vendu, le premier d’entre eux concerne les équipements électriques et électroniques (smartphones, ordinateurs...). Ils représentent 88,6 milliards d’euros. Suivent, dans l’ordre, les bijoux, les appareils d’optique, photo et médicaux, les vêtements et les médicaments. Tous secteurs familiers des procédures de protection intellectuelle: brevets, marques, licences, etc.

Sept émergents dans le viseur

Quand on remonte les chaînes de transport et de fabrication, sept pays se "distinguent" comme principaux lieux d’origine, c’est-à-dire de production, de ces produits. Ce sont la Chine, l’Inde, la Thaïlande, la Turquie, la Malaisie, le Pakistan et le Vietnam. Tous pays d’Asie et tous "émergents". Dans neuf des dix catégories de produits passées en revue, la Chine apparaît comme premier pays producteur. Parmi les six autres, on discerne des "spécialisations". La Turquie a par exemple un rôle de leader dans la maroquinerie, l’agroalimentaire et les cosmétiques.

Quel itinéraire suivent ces produits? Premier enseignement de l’étude: les organisateurs de ces trafics privilégient la complexité, les routes alambiquées et les changements de conditionnement, pour mieux brouiller les pistes et rendre la vie impossible aux douaniers. C’est ainsi que nombre de produits entament massivement leur trajet en container, avant de se voir réemballés en plus petit conditionnement, pour finir sous format de colis individuel livré par les groupes de transport express ou les opérateurs postaux. Cette façon de procéder nécessite de passer par des centres de conditionnement importants. L’OCDE et l’EUIPO ont ainsi identifié trois grands hubs mondiaux et une dizaine de hubs régionaux.

Les trois hubs principaux sont, eux aussi, situés en Asie: il s’agit de Hong Kong (Chine), de Singapour et des Emirats arabes unis. Le passage par ces centres, où les autorités de surveillance ne contrôlent pas, ou peu, les marchandises en transit, facilite aussi la falsification des documents en permettant, entre autres, de camoufler leur pays d’origine.

Quatre entrées en Europe

A l’étape suivante du parcours de ces produits interviennent les hubs régionaux. Ils fonctionnent comme points d’accès (et de reconditionnement également) aux marchés à l’échelle des continents: Europe, Amérique du Nord, Afrique… Le Vieux continent est alimenté au départ de quatre de ces hubs, situés en Egypte, au Maroc, en Albanie et en Ukraine. L’entrée aux Etats-Unis se fait surtout via Panama. L’Afrique est desservie par les Emirats arabes unis (qui cumulent donc hub planétaire et hub régional), l’Arabie saoudite et le Yémen. À ce niveau aussi, des spécialisations se font jour. Pour l’Europe, par exemple, l’Albanie est le point d’entrée favori des parfums et produits de maroquinerie, alors que l’Ukraine l’est pour les bijoux et les cosmétiques.

Le premier mode de transport des produits contrefaits est le bateau, ce qui s’explique par les parties initiales des itinéraires: du pays producteur, les biens partent en container par la voie maritime, direction un des hubs recensés. Les colis express et le courrier sont les deuxième et troisième modes de transport les plus prisés, ce qui confirme que la plupart de ces produits sont réemballés en petits conditionnements avant d’aller vers leur destination finale. Un phénomène accentué, ces dernières années, par l’essor du commerce électronique. "Les données montrent que les petites expéditions et les colis tendent à dominer nombre de routes commerciales, ce qui reflète la réduction des coûts des envois postaux et l’importance croissante d’internet et de l’e-commerce dans le commerce international, soulignent les auteurs de l’étude. Les expéditions comprenant moins de dix articles représentent 43% de toutes les expéditions en moyenne."

"Les données montrent que les petites expéditions et les colis tendent à dominer nombre de routes commerciales…"
extrait de l’étude OCDE/EUIPO


À l’autre bout de la chaîne, les pays qui subissent le plus lourd poids de ces contrefaçons sont ceux où sont enregistrées les marques les plus prestigieuses et les plus valorisées: Europe, Etats-Unis, Japon… Le vieux monde contre les pays émergents? Outre son impact économique négatif sur les chiffres d’affaires des entreprises titulaires, l’emploi et l’innovation, la contrefaçon nuit aussi à la gouvernance et à la confiance des citoyens en leur gouvernement, conclut l’étude.

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