Les USA déclenchent une guerre commerciale contre le Canada

©REUTERS

Les Etats-Unis vont imposer des droits antidumping sur les avions canadiens Bombardier. Une décision qui pourrait se retourner contre Washington et qui va toucher également l'Europe, où plusieurs sous-traitants -dont les belges Sonaca et Asco- travaillent pour le constructeur canadien.

La crise entre Américains et Canadiens est montée d'un cran mardi avec la décision du gouvernement de Donald Trump d'imposer des droits antidumping de quelque 220% sur les avions de transport civil CSeries fabriqués par le canadien Bombardier.

L'avionneur américain Boeing avait saisi ses autorités nationales, accusant Bombardier de faire bénéficier ces avions d'une capacité de 100 à 150 sièges de subventions publiques leur permettant d'être vendus en dessous de leur prix de revient.

"Les subventions publiques accordées par des gouvernements étrangers sont une chose que l'administration Trump prend très au sérieux."
Wilbur Ross
Secrétaire au Commerce américain

"Les Etats-Unis attachent une grande importance à leurs relations avec le Canada, mais même nos alliés les plus proches doivent respecter les règles", a affirmé le secrétaire au Commerce américain Wilbur Ross, cité dans le communiqué annonçant la décision américaine. "Les subventions publiques accordées par des gouvernements étrangers sont une chose que l'administration Trump prend très au sérieux (...)", a-t-il ajouté.

Désaccord total

Cette décision, qui doit encore faire l'objet d'une confirmation définitive d'ici le 12 décembre, va contribuer à envenimer encore davantage les relations entre Ottawa et Washington, déjà passablement tendues par la renégociation en cours du traité de libre-échange nord-américain (Aléna) entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

"Il est évident que la décision vise à éliminer les aéronefs de la série C de Bombardier du marché américain", s'est indignée Chrystia Freeland, la ministre canadienne des Affaires étrangères, en soulignant toutefois que "l'enquête n'en est qu'à une étape préliminaire et qu'aucun droit ne peut être imposé tant que les enquêtes ne sont pas terminées".

"Il est évident que la décision vise à éliminer les aéronefs de la série C de Bombardier du marché américain."
Chrystia Freeland
Ministre canadienne des Affaires étrangères

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau avait menacé la semaine dernière de ne pas acheter de chasseurs Boeing F/A-18 E/F Super Hornet pour l'armée canadienne si Washington mettait ses menaces à exécution. Il y a près d'un an, le gouvernement canadien avait prévu d'acheter 18 Super Hornet pour remplacer une partie de sa flotte de F-18 plus anciens et en attendant de relancer un nouvel appel d'offres afin de moderniser ses avions de combat.

Il n'est pas sûr que l'administration américaine ait par ailleurs évalué à leur juste mesure les autres conséquences de cette décision.  Outre le Canada, Bombardier est un des principaux employeurs en Irlande du Nord, avec près de 8.000 personnes, dont 4.200 pour les seules activités aéronautiques, la majeure partie dans son usine de Belfast où sont fabriqués les ailes et des éléments du fuselage du CSeries.

Les autorités britanniques ont déjà réagi avec une virulence assez inhabituelle envers Washington. "Amèrement déçue par la première décision sur Bombardier", a réagi mercredi matin la Première ministre Theresa May, qui avait pourtant directement évoqué ce sujet avec le président américain Donald Trump lors d'une entrevue à l'occasion de l'assemblée générale de l'ONU.

Le ministre britannique de la Défense Michael Fallon a même évoqué mercredi de possibles représailles contre l'avionneur américain. Boeing est un partenaire majeur de défense pour Londres, qui lui a acheté dernièrement de nouveaux avions de reconnaissance maritime ainsi que des hélicoptères Apache.

La Belgique est elle aussi concernée puisque Asco (Zaventem) et Sonaca (Charleroi) sont partenaires de Bombardier dans le programme CSeries. Par ailleurs, certaines entreprises US pourraient également pâtir de cette décision, car énormément d'entre elles (Pratt & Whitney Canada, Rockwell Collins, Esterline, Spirit Aerospace...) participent au CSeries, qui est un véritable puzzle international. Selon Ottawa, les sous-traitants américains de Bombardier emploieraient directement près de 23.000 salariés dans de nombreux Etats américains.

Un appareil à 60 millions

Boeing avait protesté après l'achat par la compagnie américaine Delta Air Lines de 75 avions CSeries. Le groupe américain accusait Bombardier d'avoir vendu chaque CS100 19,6 millions de dollars américains (16,3 millions d'euros) pour un coût de fabrication de 33,2 millions de dollars.

Les droits désormais imposés par Washington portent théoriquement le coût de chaque appareil vendu à Delta à plus de 60 millions de dollars.

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