portrait

Naci Agbal, le redresseur de taux

Le nouveau gouverneur de la Banque centrale turque a relevé les taux d'intérêt à 15%, contre l'avis du président Recep Erdogan.

Pour sa première réunion de politique monétaire, Naci Agbal a frappé fort. Le nouveau gouverneur de la banque centrale turque, fraîchement nommé après le limogeage de son prédécesseur, Murat Uysal, au début du mois, a mené une hausse spectaculaire du principal taux directeur. Celui-ci a été relevé de 475 points de base à 15%, répondant à l'attente d'un changement de politique monétaire après des chamboulements dans l'équipe économique du président Recep Tayyip Erdogan.

Le profil

1968: Naissance dans la région rurale de Bayburt, au nord-est de la Turquie. Naci Agbal étudie l'administration publique à l'Université d'Istanbul avant de décrocher un MBA à l'Université d'Exeter au Royaume-Uni.

Début des années 1990: il travaille comme bureaucrate au ministère des Finances de la Turquie, devenant sous-secrétaire et, plus tard, ministre des Finances.

2015: Entre au Parlement sous la bannière du parti au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan pour la justice et le développement. Il est considéré comme un proche allié du président.

2018: Chef de la direction de la stratégie et du budget de la présidence turque.

2020: Nomination surprise au poste de gouverneur de la banque centrale.

La livre turque, qui s'est fortement érodée depuis 2016, s'est spectaculairement redressée ces derniers jours.

La réunion ce jeudi du comité de politique monétaire de la banque centrale, la première depuis l'arrivée de Naci Agbal, était perçue comme un test de crédibilité pour cette institution dont l'indépendance est mise en doute par les marchés.
Ces derniers réclamaient depuis plusieurs mois une hausse significative des taux de la banque centrale pour enrayer l'inflation, mais l'institution les avait au contraire plusieurs fois baissés, sous la pression du président Recep Erdogan.

Signe de la satisfaction des milieux économiques après l'annonce de la banque centrale jeudi, la livre turque a bondi de 2% face au dollar, avant de se stabiliser à environ 7,60 contre un billet vert. La livre turque, qui s'est fortement érodée depuis 2016, s'est spectaculairement redressée ces derniers jours, reflétant l'espoir d'un retour à une politique économique plus orthodoxe après le départ du ministre des Finances Berat Albayrak.

Un théoricien économique classique

Naci Agbal, le nouveau gouverneur de la banque centrale turque, est un ancien ministre des Finances formé au Royaume-Uni et l'un des rares noms restants au gouvernement considéré comme souscrivant à la pensée économique dominante. Le Financial Times rapporte que dans une interview accordée en 2016, il a souligné la nécessité pour la banque centrale de lutter contre l'inflation.

La hausse des taux décidée jeudi par la banque centrale "semble être suffisante pour convaincre les investisseurs qu'un réel changement d'orientation de la politique économique dans le bon sens est en cours", a estimé dans une note le cabinet Capital Economics, qui tablait sur une hausse de 450 points de base.

Naci Agbal "fait le travail, c'est un excellent début de mandat à la tête de la banque centrale turque", s'est réjoui Timothy Ash, analyste à BlueBay Asset Management. "C'est une décision tout à fait juste et logique", a-t-il ajouté.

Une allergie de Erdogan

Dans son communiqué jeudi, la banque centrale a promis plus de clarté, affirmant que le taux directeur redeviendrait son "principal instrument et le seul indicateur de la politique monétaire", signe d'orthodoxie pour les marchés. Pourtant, le président turc Recep Erdogan s'est farouchement opposé à toute hausse des taux d'intérêt.

Aucune expérience monétaire

Naci Agbal n'avait aucune expérience en politique monétaire, mais il est connu comme un technocrate chouchou des investisseurs. Les analystes avaient prédit qu'il voudrait remonter les taux d'intérêt pour défendre la lire et rassurer les investisseurs, malgré la pression imposée par Erdogan pour soutenir la croissance économique turque.

Le président soutient notamment que l'inflation est causée par des taux d'intérêt élevés, alors que les théories économiques classiques affirment l'inverse.
D'ailleurs, Recep Erdogan s'est une nouvelle fois emporté mercredi contre les taux élevés, estimant qu'ils "écrasent les investisseurs". Avant l'entrée en fonction de Naci Agbal, la banque centrale avait utilisé d'autres outils pour discrètement renchérir les coûts de financement et soutenir la livre, ajoutant de la confusion à l'opacité.
Sous le mandat de son prédécesseur, la banque centrale a notamment puisé sans compter dans ses réserves en devises étrangères pour maintenir la livre à flot, sans y parvenir, réduisant ainsi sa capacité à répondre à d'éventuels chocs.

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