Obésité, sous-alimentation et changement climatique, une bombe pour l'humanité

©© Lawrence Manning/CORBIS

Obésité, sous-alimentation et changement climatique sont les trois facettes d'une même menace pour l'humanité et ont des moteurs communs: les intérêts commerciaux. C'est ce qu'explique un rapport rédigé par des experts.

Une étude consacrée au lien entre alimentation et environnement avait été publiée le 17 janvier dans The Lancet. Elle préconisait de diviser par deux la consommation mondiale de viande rouge et de sucre et de doubler celle de fruits, légumes et noix. La revue scientifique publie aujourd'hui un rapport à la suite de cette première étude. Issus des travaux de 43 experts de 14 pays, le nouveau rapport enfonce le clou :

"Ces 20 dernières années, obésité, dénutrition et changement climatique ont été considérés séparément et la lenteur des réponses politiques est inacceptable."

1,9 milliard
de personnes
Selon l'OMS, 1,9 milliard d'adultes dans le monde sont en surpoids

En substance, les spécialistes expliquent qu'obésité, sous-alimentation et changement climatique sont les trois facettes d'une même menace pour l'humanité. Il faut les combattre globalement. Pour les auteurs, les multinationales de l'alimentaire doivent être encadrées comme l'ont été celles du tabac.

650 millions
d'adultes
Selon l'OMS, 650 millions d'adultes sont obèses

Ces trois maux "ont des moteurs communs", selon ces experts: "de puissants intérêts commerciaux, une réponse politique insuffisante et un manque de mobilisation de la société civile". Par conséquent, les solutions doivent elles aussi être communes, estiment ces spécialistes, réunis en collectif par The Lancet.

462 millions
.
462 millions d'adultes souffrent de maigreur

• Consultez ici le rapport de ces experts, venus de l'université d'Auckland (Nouvelle-Zélande), de l'université George Washington (Etats-Unis) et de l'ONG World Obesity Federation. Parmi les auteurs, on retrouve le Belge Olivier De Schutter, qui avait notamment été  rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation auprès de l'Onu.

Le gros problème: l'élevage du bétail

Une précédente étude parue dans The Lancet préconisait déjà de diviser par deux la consommation mondiale de viande rouge et de sucre et de doubler celle de fruits, légumes et noix. ©REUTERS

Mais quels sont les liens entre les phénomènes? "Ces trois phénomènes interagissent: le système alimentaire est non seulement responsable des pandémies d'obésité et de dénutrition, mais génère aussi 25 à 30% des émissions de gaz à effet de serre", assurent les spécialistes, qui pointent en particulier "l'élevage du bétail".

Autre interaction : "Nos systèmes de transport dominés par la voiture favorisent un mode de vie sédentaire tout en générant de 14 à 25% des émissions de gaz à effet de serre".

Sous-alimentation et obésité vont sans doute être considérablement aggravés par le changement climatique.
selon les experts du rapport publié par The Lancet

Les phénomènes climatiques extrêmes, comme les sécheresses, pourraient à la fois priver certaines populations de nourriture et faire monter le prix des fruits et légumes, ce qui augmenterait la consommation d'aliments industriels.

Il faut prendre conscience de ces connexions.
Corinna Hawkes
professeur

Que faire?

→ D'autres politiques. La réponse "globale" proposée combinerait politiques de santé publique (recommandations en faveur de régimes alimentaires sains, promotion de l'activité physique...) et des politiques budgétaires et fiscales (financement de modes de production durables, taxes pour faire baisser la consommation de viande rouge ou favoriser le transport non-motorisé...). Bref, c'est bel et bien une réponse politique qui est demandée par les experts... tout comme par les citoyens, en témoigne encore la marche pour le climat qui a attiré 70.000 personnes à Bruxelles ce dimanche.

Freiner le lobbying de l'industrie alimentaire. Pour les auteurs du rapport, les multinationales de l'alimentaire (désignées sous le nom de "Big Food") doivent être encadrées de la même manière que celles du tabac. Ils proposent la création d'une "Convention-cadre sur les systèmes alimentaires", calquée sur la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLA). Ce texte, adopté en 2003 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), vise à réduire la consommation de tabac mais aussi à lutter contre le lobbying de cette industrie pour limiter son influence sur les politiques publiques.

"En 2016-17, le secteur des boissons sucrées aux Etats-Unis a dépensé 50 millions de dollars en lobbying pour contrer des mesures destinées à diminuer la consommation de soda", selon le rapport. Or l'obésité est un facteur de risque pour le diabète, les maladies cardio-vasculaires et le cancer

La nourriture est évidemment différente du tabac, puisqu'elle est indispensable à la vie, mais ce n'est pas le cas des aliments mauvais pour la santé. Les points communs (entre l'industrie de la malbouffe et celle du tabac) sont les dégâts qu'elles provoquent et le comportement des entreprises qui en tirent profit.
William H. Dietz
professeur et co-auteur du rapport

Editor Sabine Kleinert and Commissioners William Dietz and Boyd Swindon define the Global Syndemic and discuss some of the main points from The Lancet Commission

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