carte blanche

On n'a pas fini de payer les dettes de la crise du Covid...

" There is no free lunch ". Tout se paie et, même après demain, plus cher si les taux d’intérêt réels sont positifs...

La crise du Covid a tant gonflé les dépenses des États et réduit leurs entrées fiscales que déficit et dette publique n’ont jamais été aussi élevés en pourcentage du produit intérieur brut de l’euro zone. Parallèlement, jamais la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a autant financé les États par sa création de monnaie.

Alain Siaens. ©Jef Boes

Elle aura en effet acheté environ 30% des dettes publiques en abaissant à – 0,5% le  taux d’intérêt directeur auquel les banques peuvent se refinancer. Le taux de rendement moyen des fonds d’Etat à 10 ans avoisine, lui,  – 0,3%.

En  rachetant du papier d’Etat pour des montants supérieurs à ceux des obligations échues, elle en augmente son stock. Elle reversera les intérêts qu’elle percevra sous forme de dividendes à ses Etats actionnaires de sorte que cette  portion de la dette ne leur coûtera rien.

Des politiciens s’imaginent toutefois que l’argent devient disponible ad libitum. Ils distribuent des avantages visibles immédiats et personnalisés; ils accroissent, enfin, et à juste titre, les budgets alloués aux soins de santé, à la justice, etc. Ils feront supporter les coûts ultérieurement. Ah si les taux négatifs pouvaient  perdurer tant qu’ils sont en charge des affaires...

"Des politiciens s’imaginent que l’argent devient disponible ad libitum."
Alain Siaens
Docteur en sciences économiques et ex-CEO Banque Degroof

Mais l’économie politique est régie par des lois implacables. Parmi celles-ci:

1. « There is no free lunch ». Tout se paie et, même après demain, plus cher si les taux d’intérêt réels sont positifs.

2. Une dette publique n’est qu’un impôt différé. Si au mieux elle finance des investissements productifs, rehaussant la croissance, celle-ci génèrera des recettes fiscales et parafiscales accrues couvrant les charges d’intérêt. Si elle finance la distribution sociale et la consommation publique s’en suivront impôts nouveaux, taux d’impôt relevés et diminution du pouvoir d’achat des épargnes accumulées à concurrence du taux d’inflation, ce qu’on appelle l’impôt d’inflation.

3. Une règle d’or veut que taux d’intérêt et taux annuel de croissance du PIB nominal (à prix courants) tendent à s’égaliser. En cas de décroissance, les taux d’intérêt négatifs se conçoivent momentanément, mais ne sauraient s’éterniser. Dès 2022, ils pourraient remonter à quelque 4 % dans la mesure où prix et croissance réelle retrouvent ensemble un rythme de 4%.

Actuellement, les liquidités épargnées surabondent mais sont figées ; leur fréquence de rotation, au gré de dépenses, diminue. En effet, méfiance, incertitude, illisibilité du proche avenir inhibent la propension à consommer. Les consommateurs dépensent en fonction de leurs revenus, anticipés en baisse à cause du chômage et des impôts alourdis demain.

Que pourrait-il, dès lors, se passer par la suite ?

Les premiers effets de juin 2020 à juin 2021 (?)

Les prix des actifs s’élèvent selon une séquence habituelle. D’abord les cours des obligations se sont déjà très fortement appréciés. La bulle boursière des actions se mesure, sinon par les cours, du moins par leur élévation relativement aux bénéfices que la récession et les coûts du Covid amputent. Ensuite par effet d’osmose, l’immobilier renchérit grâce au coût réel négatif des emprunts ; cependant le rendement locatif baisse d’autant plus que le pouvoir d’achat amoindri pèse sur les loyers.

"Le crash surviendra au moment où la bourse culminera. La spéculation sur les valeurs technologiques et les Gafa, que les lois antitrust et la taxation finiront par toucher, se dégonflera."
Alain Siaens
Docteur en sciences économiques et ex-CEO Banque Degroof

Renchérissement des biens et services en 2022 (?)

Entretemps, les coûts de la construction neuve et des investissements des entreprises bougent à peine, tant qu’ils ne sont pas moins chers que les prix des actifs existants. Les sociétés achètent leurs propres titres ou mettent la main sur des sociétés vulnérables en s’endettant plutôt que d’investir dans l’économie réelle qui tarde à être stimulée.

Les impulsions monétaires n’entraînent des hausses de prix des biens et services qu’avec un décalage typique de 2 à 3 ans. Les prix de détail étaient déjà structurellement sous pression de la mondialisation et du libre-échange qui exacerbent la concurrence. Cela cesserait dès que des vaccins et des médicaments plus efficaces arrêteront la pandémie.

En regard de capacités d’offres affaiblies, la consommation courante et les achats des biens durables vont croître non sans effets de rattrapage. Comme l’eau, contenue dans un barrage qui cède et se répand, de même la dépense finale et les revendications salariales typiques au début des phases de reprise s’emballeraient, la spirale de hausse des prix et salaires s’enclencherait.

L’heure du règlement de compte

Vu l’inflation des prix, les dettes s’allègent relativement aux revenus et au PIB.

Tôt ou tard cependant les charges d’intérêt se gonflent à mesure que  les taux d’intérêt incorporent l’inflation. Celle-ci n’est stimulante que lorsqu’elle est  inattendue. Avec le temps, le taux d’intérêt moyen des dettes publiques passerait de +/- 1,5% aujourd’hui à 4% et plus.

"Avec le temps, le taux d’intérêt moyen des dettes publiques passerait de +/- 1,5% aujourd’hui à 4% et plus."
Alain Siaens
Docteur en sciences économiques et ex-CEO Banque Degroof

Nul ne sait quand adviendra la 48e véritable récession boursière depuis la bataille de Waterloo, qui sera comme toujours réversible. Le crash surviendra au moment où la bourse culminera. La spéculation sur les valeurs technologiques et les Gafa, que les lois antitrust et la taxation finiront par toucher, se dégonflera.

Tôt ou tard, la charge alourdie des dettes risquera d’enclencher un effet boule de neige pour les finances publiques. S’additionneront alors quatre sortes d’impôt : l’impôt d’inflation dévalorisera les épargnes à revenu fixe, et fera passer les contribuables à des tranches d’imposition, supérieures. Des impôts écologiques adviendront tels que taxe carbone, taxe kilométrique, vignette  autoroutière, taxation du kérosène, etc. Des impôts idéologiques sur le capital à risque coûteraient  plus qu’ils ne rapportent, comme le comprit Mr. Macron (qui supprima l’ISF sur la fortune mobilière). Des impôts européens naitront en regard de la dette mutualisée des 750 milliards empruntés et distribués.

Entretemps, le poids excessif de l’Etat qui se devait d’intervenir tant et plus sera malaisément réduit, les inégalités tant sociales qu’intersectorielles et intergénérationnelles auront été accentuées suite au Covid, à la récession et à la réaction inflationniste.

C’est ainsi que les coûts imposés par le Covid et la crise économique se dilueront au fil du temps.

Alain Siaens
Docteur en sciences économiques
Ex-CEO Banque Degroof

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