Selon l'ONU, "les dépenses vertes ne sont pas à la hauteur des trois crises planétaires"

Les données du rapport s'appuient sur les programmes des 50 économies les plus importantes. ©Nick Hannes

L'ONU estime que le monde est encore loin de la relance verte. D'après l'organisation, l'ère post-Covid se profile comme un catalyseur pour investir dans les dépenses vertes.

Le message de l'ONU est clair: avec environ 20% des plans de relance post-Covid favorables à l'environnement en 2020, le monde n'est pas à la hauteur des dangers qui menacent la planète.

"À ce stade, les dépenses vertes au niveau mondial ne sont pas à la hauteur de la gravité des trois crises planétaires que sont le changement climatique, la disparition de la nature et la pollution", a commenté Inger Andersen, directrice générale du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), en préambule de ce rapport publié mercredi en collaboration avec l'université d'Oxford.

Le nouvel "Observatoire de la relance mondiale", soutenu aussi par le FMI, estime qu’en 2020, près de 18% des montants des plans de relance post-Covid étaient "verts". Les politiques associées à ces programmes ambitionnent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, de limiter la pollution et/ou  d’améliorer le capital naturel.

Des chiffres à nuancer

Mais ce chiffre est peut-être sous-estimé: les chercheurs ont exclu les fonds de la Commission européenne pour éviter de les comptabiliser deux fois, faute de précision sur leur utilisation par les États membres. Si la totalité des fonds européens était additionnelle, la part monterait à 23,4%.

341
Milliards de dollars
C'est la somme injectée dans la relance verte

Les données s’appuient sur les programmes des 50 économies les plus importantes de la planète, recensés par les experts du "projet sur la relance économique" de l'université d'Oxford. Selon eux, les 341 milliards de dollars de relance verte (18% des 1.900 milliards de dépenses de relance, qui excluent les mesures de sauvetage évaluées à 11.100 milliards) ont été concentrés dans un petit nombre de pays développés.

En tête des bons élèves, la Corée du Sud, l'Espagne et l'Allemagne, selon le rapport, qui met aussi en avant le Danemark, la Finlande, la France, la Norvège ou la Pologne. "Il y a clairement quelques pays qui prennent la relance verte au sérieux. Malheureusement la majorité ne le fait pas", commente auprès de l'AFP Brian O'Callaghan, chercheur à l'université d'Oxford et auteur principal du rapport. Mais "il y a de l'espoir".

La "survie" au détriment du vert

Brian O’Callaghan formule aussi d’autres observations qui pourraient justifier ces chiffres. Alors que l'économie mondiale a enregistré une contraction historique en 2020 (-3,5%), la plupart des gouvernements se sont concentrés jusqu'alors sur des mesures de sauvetage pour "garder les entreprises et les gens en vie", note l'économiste.

"Alors que les économies rouvrent et que la vaccination commence à porter ses fruits, les gouvernements peuvent penser sérieusement à la façon de revigorer leur économie et c'est une grande opportunité pour investir dans le vert."
Brian O'Callaghan
Analyste de l'université d'Oxford qui a participé à la rédaction du rapport.

Tel est le cas, par exemple, des États-Unis, mal classés dans le rapport.  L'Observatoire estime leurs mesures de relance à seulement 0,2% de leur PIB, soit 40 milliards de dollars, contre plus de 3.400 milliards injectés dans les mesures d'urgence. Le texte indique toutefois que le nouveau président Joe Biden "ouvre la voie à une accélération importante des dépenses vertes en 2021".

La relance, un catalyseur pour investir?

L’analyste estime également que la relance devrait être un levier d’action pour investir davantage dans le vert.  "Alors que les économies rouvrent et que la vaccination commence à porter ses fruits, les gouvernements peuvent penser sérieusement à la façon de revigorer leur économie et c'est une grande opportunité pour investir dans le vert", insiste Brian O'Callaghan, appelant les États à s'inspirer des dépenses vertes des autres pays.

Le rapport insiste également sur l'importance des programmes de restauration de la nature, comme les plantations d'arbres réalisées au Pakistan, ainsi que des investissements dans la R&D "verte".

Les "bons élèves"

Le rapport passe en revue cinq secteurs clés pour cette relance verte, avec des exemples pour chacun d'entre eux.

Pour l'énergie, il souligne ainsi les investissements massifs de l'Espagne dans les renouvelables ou le plan hydrogène de l'Allemagne.

Dans les transports, la Pologne est à l'honneur pour sa politique envers les véhicules électriques.

Pour le secteur de la rénovation énergétique des bâtiments, c'est la France qui est mise en avant.

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