Selon Netanyahu, il y a des "preuves concluantes" d'un programme nucléaire iranien secret

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Signé en 2015, l'accord sur le nucléaire iranien cristallise toujours les tensions. Si l'Europe et le Kremlin demeurent attachés au texte, les voix dissonantes des Américains et des pays du Golfe se font de plus en plus entendre. De son côté, le Premier ministre israélien a annoncé ce lundi soir que son pays disposait de "preuves concluantes" pour prouver l'existence d'un programme nucléaire iranien secret.

A deux semaines de la décision du Président américain Donald Trump de se retirer ou non de l'accord sur le nucléaire iranien, l'issue du dossier se révèle encore incertaine. Non négociable pour certains, insuffisant pour d'autres ou encore objet d'une hostilité assumée, l'accord ne laisse aucun État indifférent.

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Selon le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, il existe de nouvelles "preuves concluantes" d'un programme secret iranien pour se doter de l'arme nucléaire. Il accuse l'Iran d'avoir menti en prétendant n'avoir jamais conduit de programme nucléaire à vocation militaire et d'avoir continué à mentir après la signature de l'accord de juillet 2015. "Les dirigeants iraniens ont fréquemment nié avoir jamais cherché à obtenir des armes nucléaires. Ce soir, je suis ici pour vous dire une chose: l'Iran a menti", a-t-il dit. "Après avoir signé l'accord nucléaire en 2015, l'Iran a intensifié ses efforts pour cacher ses archives secrètes", a poursuivi Netanyahu.

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"Même après cet accord, l'Iran a continué de préserver et d'étendre son savoir-faire en matière d'armes nucléaires pour un usage futur", a affirmé le Premier ministre israélien, qui a montré des vidéos et des photos présentées comme des "copies exactes" des archives nucléaires iraniennes. Selon Netanyahu, ces archives démontrent que l'accord nucléaire conclu le 14 juillet 2015 à Vienne entre l'Iran et les puissances du P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu, Etats-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne, + l'Allemagne) est "fondé sur des mensonges".

Ces accusations, invérifiables, ne sont évidemment pas faites ce lundi par hasard puisque nous sommes à deux semaines (le 12 mai) de la décision de Donald Trump de rester ou non dans l'accord nucléaire signé en 2015, Israël étant un violent opposant à la République islamique. Benjamin Netanyahu, en conclusion de sa présentation, s'est enfin dit convaincu que Donald Trump prendrait la "bonne décision".

"Comme c'est pratique. Timing parfait: le garçon qui crie au loup fait des pseudo-révélations sur la base de renseignements à quelque jours de la date du 12 mai", a d'ailleurs écrit le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif sur Twitter.

Inflexibilité américaine

La ligne dure américaine s'est exprimée ce dimanche à Riyad par la voix de Mike Pompeo, nouveau chef de la diplomatie, en visite ce week-end en Arabie Saoudite et en Israël. "Nous sommes déterminés à faire en sorte que l'Iran ne détienne jamais l'arme nucléaire. L'accord dans sa forme actuelle ne présente pas cette garantie", a-t-il argumenté.

L'accord nucléaire iranien voit en effet planer une épée de Damoclès au-dessus de sa tête à la suite de la remise en cause de ce traité par Donald Trump, profondément critique à l'égard de l'accord ratifié sous Obama en 2015.

"Nous sommes déterminés à faire en sorte que l'Iran ne détienne jamais l'arme nucléaire. L'accord dans sa forme actuelle ne présente pas cette garantie"
Mike Pompeo
Chef de la diplomatie américaine

Un positionnement qui correspond également à une volonté de restaurer la stabilité dans les pays du Golfe et de maintenir tout foyer de déstabilisation, selon Mike Pompeo. "L'Iran déstabilise l'ensemble de la région (...) L'unité du Golfe est nécessaire et nous devons la réaliser", a-t-il affirmé.

Le chef de la diplomatie n'a d'ailleurs pas mâché ses mots à l'encontre de Téhéran."L'Iran soutient des milices et des groupes terroristes. Il est un marchand d'armes pour les rebelles houthis au Yémen. Il soutient également le régime meurtrier d'Assad."

Il a réitéré la poursuite de la collaboration de Washington avec ses "alliés européens" afin de tenter de modifier l'accord de 2015. "Mais si un (nouvel) accord ne peut pas être trouvé, le président a dit qu'il le quitterait." Auquel cas, les États-Unis rétabliraient des sanctions unilatérales à l'encontre du régime iranien, sanctions qui à l'époque avaient diminué graduellement en contrepartie de l'accord sur le nucléaire.

Les pays du Golfe, hostiles au nucléaire iranien

De son côté, l'Arabie Saoudite s'est exprimée en faveur d'un durcissement de l'accord iranien. "L'Arabie Saoudite soutient les efforts visant à améliorer l'accord sur le nucléaire iranien et nous pensons que l'interdiction de l'enrichissement de l'uranium doit être illimitée", a déclaré le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir.

"L'Arabie Saoudite soutient les efforts visant à améliorer l'accord sur le nucléaire iranien et nous pensons que l'interdiction de l'enrichissement de l'uranium doit être illimitée"
Adel al-Jubeir
Ministre saoudien des Affaires Etrangères

Une prise de position peu surprenante pour le pays qui considère l'Iran comme son grand rival régional. Le responsable politique a également lancé un appel en faveur d'une intensification des inspections.

Des propos qui se sont accompagnés d'une demande de durcissement des sanctions envers Téhéran pour "ses violations des décisions internationales sur les missiles balistiques, son soutien au terrorisme et ses ingérences dans les affaires des pays de la région".

Avant son allocution ce lundi soir, le président israélien, Benyamin Netanyahu, était déjà allé dans le même sens en fin de semaine. "Téhéran doit être stoppé, son projet de bombes nucléaires doit être stoppé, son agression doit être stoppée."

L'Europe, l'Iran et la Russie font bloc

L'annonce d'un potentiel non-respect de l'accord iranien avait suscité le mécontentement de Téhéran qui avait fait part de sa détermination à pérenniser les modalités prévues par le texte de 2015. "L'accord nucléaire ou tout autre sujet sous son prétexte n'est en aucune manière négociable", avait affirmé Hassan Rohani, président iranien. L'Iran "n'acceptera aucune restriction au-delà de ses engagements."

Téhéran tient bon et n'entend en rien céder aux velléités du président américain. L’État a d'ailleurs réaffirmé sa capacité technique à enrichir l'uranium à un niveau inédit. "L'Iran ne bluffe pas", a précisé ce lundi le directeur de l'Organisation de l'énergie atomique iranienne, Ali Akbar Saledi.

Plus tard, le ministre iranien des Affaires étrangères a qualifié par voie de communiqué le chef du gouvernement israélien de "menteur invétéré, en panne d'idées". Son ministère a aussi indiqué que les accusations d'Israël sont "éculées, sans intérêt, et honteuses."

Theresa May, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont, de leur côté, tenu à défendre l'accord signé en 2015. De même pour Vladimir Poutine qui souhaite voir assurer la "stricte application" de l'accord car il n'y a "pas d'alternative." Le Président français souhaiterait que "la Russie puisse jouer sur l'ensemble de ces questions un rôle constructif afin d'éviter une montée des tensions dans la région." Des prises de position en porte-à-faux vis-à-vis de Donald Trump qui n'a jamais caché son hostilité à l'égard de l'accord de Vienne.

La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, affirme pour sa part que les informations, désormais évoquées par Benjamin Netanyahu, ne sont pas d'ordre à remettre en question l'accord passé en 2015 entre l'Iran et les grandes puissances pour empêcher la république de se doter de la bombe atomique.

"L'accord sur le nucléaire n'est pas basé sur des suppositions de bonne foi, il est basé sur des engagements concrets, des mécanismes de vérification et un contrôle très strict des faits par l'AIEA." L'Agence internationale de l'énergie atomique qui a réitéré ce mardi n'avoir "aucune indication crédible d'activités en Iran liées au développement d'un engin nucléaire après 2009".

Vers un accord à "quatre piliers"?

Lors de sa visite d’État à la Maison-Blanche, Emmanuel Macron avait énoncé l'idée de préserver le traité sur le nucléaire iranien qui deviendrait le premier des "quatre piliers" d'un futur document. Les trois piliers restants seraient renvoyés à l'Iran post-2025 et concerneraient l'expiration de certaines clauses sur les activités nucléaires, les missiles balistiques controversés et le rôle jugé "déstabilisateur" de l'Iran dans la région. 

"Ils sont convenus que des éléments importants n'étaient pas couverts par l'accord, mais que nous devons y répondre, notamment les missiles balistiques, ce qui arrivera à l'expiration de l'accord et l'activité déstabilisatrice de l'Iran dans la région"
Angela Merkel, Emmanuel Macron, Theresa May

Lors d'entretiens téléphoniques effectués ce week-end, Angela Merkel, Emmanuel Macron et Theresa May ont mis l'accent sur l'importance d'un accord perçu comme "le meilleur moyen de neutraliser la menace d'un Iran doté de l'arme nucléaire." Le trio diplomatique a néanmoins précisé que "des éléments importants n'étaient pas couverts" par l'accord et qu'il fallait "y répondre."

"C'est, je pense, quelque chose qui intéresse le président et qui vaut la peine d'y réfléchir", a assuré Mike Pompeo. Le président américain devrait annoncer sa décision définitive sur le dossier avant le 12 mai.

Pour l'heure, John Bolton, conseiller de Donald Trump à la sécurité nationale, a déclaré qu'aucune disposition ferme n'avait été actée. Le chef d’État américain se pencherait néanmoins sur la proposition de son homologue français qui, lors d'une visite d’État, lui avait soumis l'idée de tractations et de négociations en vue d'établir un élargissement de l'accord.

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