Trump se tâte encore sur les droits de douane

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Le président américain s'était donné jusqu'au premier mai pour décider s'il prolongeait des exemptions accordées à certains pays pour les droits de douane américains sur les importations d'acier et d'aluminium. Selon l'entourage de Donald Trump, la Maison-Blanche penche pour le maintien de mesures préférentielles pour certains pays. Une réponse des Américains est attendue dans les heures qui viennent.

Deux mois après le début des hostilités lancées par le président Trump sur le front du commercial international, les Européens restent "prêts" à riposter, tout en assurant vouloir éviter une guerre commerciale avec les Américains. 

Le président américain a accordé fin mars à l'UE une exemption temporaire à ces taxes de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium (lire encadré ci-dessous). Mais celle-ci expire mardi et pourrait ne pas être renouvelée. La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, devait s'entretenir dans la journée avec son homologue américain, Wilbur Ross, mais sans grand espoir d'arracher l'exemption définitive que l'UE réclame depuis des semaines.

De son côté, le secrétaire US au Trésor, Steven Mnuchin, a laissé entendre dans une interview à Bloomberg que la Maison-Blanche allait maintenir des mesures préférentielles pour certains pays qu'il n'a pas nommés.

Une décision "à la dernière minute"

"Les discussions sont en cours, nous attendons", résumait une source européenne, qui s'attend à voir le président Trump décider "à la dernière minute" du sort des Européens, c'est-à-dire dans la nuit de lundi à mardi. Plusieurs partenaires de Washington, dont le Canada, le Mexique et l'Europe, ont bénéficié d'exemptions à ces taxes, mais pour que celles-ci soient renouvelées, les Américains réclament des concessions de leur part en matière commerciale.

Ils ont ainsi obtenu de la Corée du Sud une réduction de ses exportations d'acier vers les Etats-Unis et une plus grande ouverture de son marché aux constructeurs automobiles américains. "Un des problèmes qui apparaît est celui du traitement équitable des automobiles et nous aimerions voir quelques concessions de l'Europe", a affirmé la semaine passée le principal conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow.

Or, les Européens n'ont cessé de rappeler qu'ils n'avaient aucunement l'intention d'entamer des discussions avec Washington tant qu'ils n'auraient pas d'abord obtenu d'exemption définitive. Ils estiment que c'est la Chine, de loin le premier producteur mondial d'acier et souvent accusée de subventionner massivement son industrie, qui est à l'origine de la surcapacité dans le secteur.

Des responsables chinois et américains auront jeudi et vendredi des discussions en Chine sur le commerce, a aussi déclaré le secrétaire américain au Trésor. Steven Mnuchin se dit "prudemment optimiste" sur cette rencontre à laquelle il participera. Côté américain, on se déclare prêt à soulever la question des droits de propriété intellectuelle, de technologies partagées et de co-entreprises avec la Chine. Steven Mnuchin a aussi précisé qu'il ne se souciait pas de possibles mesures de représailles de la part de la Chine, soulignant que Donald Trump voulait avant tout des échanges "libres, équitables et réciproques".

Deux mois de tensions commerciales

Voici les étapes marquantes de ces deux derniers mois qui ont vu les tensions commerciales se renforcer entre l'Europe et les Etats-Unis.

> Trump menace, l'UE réplique

Le 1er mars 2018, Donald Trump, qui a fait de la lutte contre le déficit commercial américain une priorité, annonce son intention d'imposer de fortes taxes sur les importations d'acier et d'aluminium aux Etats-Unis. Il vante les mérites des "guerres commerciales". La Commission européenne élabore en retour une liste ciblée de produits américains qu'elle pourrait lourdement taxer dont les jeans, le bourbon, le beurre de cacahuète, le jus d'orange et le tabac.

> Lourdes taxes

Le 8 mars, Trump fixe les taxes annoncées à 25% sur les importations d'acier et à 10% sur celles d'aluminium, avec une entrée en vigueur le 23 mars. Il ignore les mises en gardes répétées d'alliés sur les risques d'une guerre commerciale aux conséquences imprévisibles. Pour justifier cette offensive, le président s'appuie sur une procédure rarement invoquée de la législation commerciale américaine: l'article 232 qui l'autorise à limiter l'importation de certains produits pour protéger la sécurité nationale.

> Exemptions jusqu'au 1er mai

Le 22 mars, à la veille de l'entrée en vigueur des nouvelles taxes, Trump annonce leur suspension jusqu'au 1er mai pour l'Union européenne. Sont aussi concernés l'Australie, l'Argentine, le Brésil et la Corée du sud. Le Canada et le Mexique étaient déjà exemptés en attendant l'issue de négociations sur l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna). En revanche, la Chine ne l'est pas, ce qui déclenche des représailles de Pékin.

> L'UE saisit l'OMC

Le 16 avril, l'UE saisit l'Organisation mondiale du commerce (OMC), comme l'a déjà fait la Chine. Selon l'UE, "les Etats-Unis n'ont pas notifié au Comité des sauvegardes de l'OMC (...) la décision d'appliquer des mesures de sauvegarde", définies par l'organisation comme des mesures "d'urgence" concernant l'accroissement des importations de produits particuliers, "lorsque ces importations causent ou menacent de causer un dommage grave à la branche de production nationale" du pays importateur. Deux jours plus tard, la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström réclame "une exemption définitive et sans conditions" pour l'UE, après quoi elle sera ouverte à des "discussions" commerciales.

> L'UE "prête à réagir"

Le 26 avril, le principal conseiller économique de la Maison Blanche, Larry Kudlow indique que les exemptions ne seront prolongées pour l'UE que s'il y a des concessions en retour. Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire rétorque que l'Europe n'a pas à faire de concessions. Le 29 avril, les dirigeants français Emmanuel Macron, allemande Angela Merkel et britannique Theresa May, mettent de nouveau en garde les Etats-Unis contre des sanctions commerciales, estimant que l'UE "doit se tenir prête à réagir, le cas échéant, avec efficacité et célérité".

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