carte blanche

Vers un aggiornamento des manuels économiques

Nous pouvons considérer les nombreux reproches formulés à l’encontre de la théorie économique ces derniers temps comme autant d’invitations à faire progresser notre compréhension des mécanismes de l’économie.

"Quand les faits changent, je change d’avis. Et vous?". Le mot, à la fois subtil et évident, de Keynes est connu. Peut-être fut-ce pour le père de la "Théorie générale" une excuse, lui à qui il a été reproché de facilement changer d’opinion, voire d’en avoir simultanément des divergentes. Il n’y a évidemment rien d’infamant à changer d’avis. C’est la base du progrès scientifique. Et donc nous pouvons considérer les nombreux reproches formulés à l’encontre de la théorie économique ces derniers temps comme autant d’invitations à faire progresser notre compréhension des mécanismes de l’économie.

Dans le genre "quand les faits font douter de la théorie", il y a bien entendu l’idée qu’un taux de chômage bas et en baisse, en accroissant le pouvoir de négociation des offreurs de travail, conduit à plus d’inflation, mécanisme connu sous le nom de courbe de Phillips. On observe bel et bien aujourd’hui des signes de pression à la hausse sur les salaires mais ils restent timorés et surtout sans effet de transmission sur l’indice des prix à la consommation.

Le temps du doute

L’atonie de l’inflation fait aussi douter du monétarisme. Si l’inflation était bel et bien ce que Milton Friedman en disait, "partout et toujours un phénomène monétaire", on se serait attendu à ce que l’emballement de la taille des bilans des banques centrales, en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon, accélère le rythme de hausse des prix à la consommation… mais il n’en est visiblement rien.

Les autorités monétaires tiennent un discours sur les finances publiques qui n’aurait pas été concevable il y a une douzaine d’années.

Troisième illustration du temps du doute qui est advenu pour les économistes, le dérapage budgétaire n’a pas les effets contre-productifs tant redoutés. En matière de finances publiques, nous avions déjà eu l’invalidation de la thèse de l’ultra-rationalité des agents économiques et, liée à elle, de l’austérité expansionniste. Non, les mesures d’austérité du début des années 2010 n’ont pas rassuré les ménages grecs quant à la soutenabilité futures des finances publiques et donc du paiement de leurs retraites et de leurs soins de santé, et donc non n’ont pas stimulé l’activité économique dans le pays qui s’est imposé – ou vu imposer – de sérieuses mesures d’ajustement budgétaire.

Aujourd’hui, la vertu que la théorie attribuait à la discipline budgétaire est encore davantage mise en doute. En un mot, faute de cette discipline, les taux d’intérêt allaient augmenter, ce qui allait alourdir le coût du service de la dette publique, créant un effet d’éviction, au détriment d’autres dépenses plus utiles ou forçant à relever certains impôts, à moins de laisser filer les déficits, avec, à la clef, un effet boule de neige.

De plus, la hausse des taux d’intérêt allait pénaliser l’investissement des entreprises et des ménages. Or, que constatons-nous? Que, alors que ces deux pays affichent des taux d’endettement public à faire redouter de ne jamais être en situation de pouvoir rembourser les créanciers, la Grèce emprunte à un taux d’intérêt réel négatif et le Japon présente un encéphalogramme plat en matière de taux nominal à long terme: il est à 0% et aucun choc ne le fait bouger!

Terra incognita

Fortes du constat de la déconnexion entre déséquilibres budgétaires et niveau des taux d’intérêt, les autorités monétaires tiennent désormais un discours sur les finances publiques qui n’aurait pas été concevable il y a une douzaine d’années. Madame Lagarde reproche à l’Allemagne son excès de zèle en matière de solde des comptes publics et Madame Georgieva, qui lui a succédé à la tête du FMI affirme, à l’occasion de la dernière assemblée générale, à la mi-octobre, qu’une de ses priorités sera de "permettre à la politique budgétaire de jouer un rôle plus central". Les pourfendeurs du "Consensus de Washington", vu comme imposant toujours plus de rigueur aux États, doivent affiner leur critique!

Politique monétaire en "terra incognita", laxisme des banques centrales sans effet sur le taux d’inflation et taux d’intérêt souverains insensibles à l’orientation budgétaire, il y a de quoi perdre son latin… mais que ce soit non pour devenir muet mais bien pour faire émerger un nouveau langage.

Lire également

Echo Connect