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Biélorussie: "Les élections ont été manipulées"

Sur fond de répression des manifestations suite à la réélection massive du président Loukachencko (80% des voix), l'Europe appelle à la fin des violences et demande "un décompte exact" des votes. ©EPA

Les forces de l'ordre ont brutalement réprimé les manifestations en Biélorussie après la réélection du président Loukachenko. L'opposition dénonce une manipulation des résultats.

"L'armée et la police ont bloqué la ville et le métro dimanche soir. Les gens sont sortis manifester. Les forces de l'ordre ont commencé à les attaquer", dit Valentin Stefanovich, vice-président de Viasna, un centre de défense des droits humains, "ils ont utilisé des balles en caoutchouc, des gaz, des canons à eau et des bombes soniques. Des centaines de manifestants ont dû se rendre à l'hôpital, d'autres ont été arrêtés et leurs proches ignorent comment avoir des nouvelles d'eux".

Rien ne va plus en Biélorussie, au lendemain des élections. Les autorités ont annoncé la victoire du président sortant, Alexandre Loukachenko. La candidate de l'opposition Svetlana Tikhanovskaïa a rejeté les résultats et demandé au président autoritaire de céder les commandes du pays. Durant la nuit, des milliers de manifestants ont protesté à travers tout le pays contre le vote, considéré comme frauduleux.

Alexandre Loukachenko, réélu pour la sixième fois consécutive, a obtenu le score "stalinien" de 80% des sufrages, selon les résultats provisoires publiés lundi. Svetlana Tikhanovskaïa, une enseignante candidate suite à l'arrestation de son époux, a obtenu 9,9% des voix. Pendant la campagne, des milliers de manifestants s'étaient ralliés à l'opposante.

La réaction policière aux manifestations de lundi a été très brutale selon plusieurs observateurs. La police aurait arrêté 3.000 personnes, dont 1.000 à Minsk, la capitale. "Les téléphones étaient bloqués, internet ralenti ou arrêté", dit un témoin.

L'opposition dénonce l'irrégularité du scrutin. "Personne n'a pu observer le comptage des votes, c'était un processus totalement fermé", affirme l'ONG Viasna, "les élections ont été manipulées". Dans certaines villes, les bureaux de vote ont été fermés plus tôt que prévu.

L'Europe condamne la violence

L'Union européenne (UE) doute, elle aussi, des résultats et condamne les violences. Le président du Conseil européen Charles Michel a dénoncé la répression contre les manifestants. "La violence contre les manifestants n'est pas une réponse", a-t-il écrit sur Twitter.

La Commission européenne appelle le gouvernement de Biélorussie à publier un décompte exact des voix. "Le harcèlement et la répression violente des manifestants pacifiques n'ont pas leur place en Europe. J'appelle les autorités du Bélarus à veiller à ce que les votes de l'élection d'hier soient comptés et publiés avec exactitude", a indiqué la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

"J'appelle les autorités du Bélarus à veiller à ce que les votes de l'élection d'hier soient comptés et publiés avec exactitude."
Ursula von der Leyen
Présidente de la Commission européenne

L'Allemagne a émis "un doute" sur le résultat du vote. Selon un porte-parole du gouvernement allemand, il y aurait plusieurs indices sérieux de fraude. Pour le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, l'UE doit discuter de sanctions contre le gouvernement de Biélorussie.

La Pologne a demandé la convocation d'un sommet européen extraordinaire. "Nous devons soutenir le peuple biélorusse dans sa quête de liberté", a dit le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. La situation en Biélorussie sera à l'ordre du jour du prochain Conseil européen, prévu en septembre.

Le président Loukachenko a été félicité pour sa réélection par le président russe Vladimir Poutine et son homologue chinois Xi Jinping. La stabilité du régime biélorusse est fondamentale pour la Russie. Le pays, d'une dizaine de millions d'habitants, enclavé entre la Lituanie et la Pologne, est une zone tampon pour Moscou contre les forces de l'Otan.

Vladimir Poutine avait toutefois pris ses distances avec Minsk suite au refus de Loukachenko de sceller un rapprochement économique avec la Russie. Une déstabilisation de la Biélorussie pourrait conduire à un scénario à l'ukrainienne.

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