Bouteflika renonce un 5e mandat... et reporte les élections

Signe de la réactivité de ces réseaux sociaux et des protestataires, sur les nombreuses pancartes, le logo de la contestation initiale née le 22 février contre un 5e mandat (un "5" cerclé et barré de rouge) a laissé la place à un "4" cerclé et barré, refus désormais du prolongement de l'actuel mandat de Bouteflika. ©AFP

Abdelaziz Bouteflika a décidé de se retirer de la course à la présidentielle en Algérie. Le scrutin, qui était prévu le 18 avril, est reporté sine die. Un nouveau gouvernement et une nouvelle constitution sont sur les rails.

Le président renonce. De retour en Algérie depuis ce dimanche après avoir passé deux semaines en Suisse pour des examens médicaux, Abdelaziz Bouteflika a fait le choix de ne pas concourir pour un cinquième mandat de président. Le chef d'Etat algérien, dont la santé s'est sérieusement dégradée après son accident vasculaire cérébral en 2013, cède ainsi à la pression populaire. 

"La voix du peuple a été entendue."
Lakhdar Brahimi
Ancien ministre algérien des Affaires étrangères

Depuis 3 semaines et l'officialisation de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, les Algériens ont multiplié les manifestations pacifiques pour dire "Non à un cinquième mandat". Jamais en 20 ans de pouvoir, l'autorité du président Bouteflika n'avait autant été contestée dans la rue. Les manifestants ont encore été rejoints ce lundi par les juges. Un millier de magistrats algériens ont indiqué plus tôt dans la journée qu'ils refuseraient de superviser l'élection présidentielle si Bouteflika se présente. 

Des milliers de personnes étaient encore dans les rues ce vendredi pour protester contre la candidature du président Bouteflika à un 5e mandat. ©Photo News

Vendredi, une marée humaine avait déferlé, pour le 3e vendredi d'affilée dans les rues d'Alger et des grandes villes du pays et la mobilisation enflait au fur et à mesure des semaines, en dépit des tentatives d'apaisement du camp présidentiel. 

Ce mardi, les étudiants sont de retour dans la rue, pour dénoncer la "ruse" de Bouteflika. "Les étudiants résistent à la prolongation du 4e mandat!", scandent les manifestants brandissant de nombreux drapeaux.

Un nouveau gouvernemenent et une nouvelle constitution

Le scrutin, initialement prévu le 18 avril, sera reporté et, dans les heures à venir, un important remaniement ministériel aura lieu au sein du gouvernement algérien. Le Premier ministre, Ahmed Ouyahi, a d'ores et déjà présenté sa démission. L'actuel ministre de l'Intérieur, Noureddine Bedoui, lui succède et est chargé de composer une nouvelle équipe gouvernementale.  

Dans un message à la nation, la présidence précise que l'élection aura lieu "dans le prolongement" d'une conférence nationale" chargée de réformer le système politique et d'élaborer un projet de Constitution d'ici fin 2019.  Cette nouvelle Constitution sera soumise à un référendum, indiquent encore les services du président algérien. En attendant, Abdelaziz Bouteflika restera chef de l'Etat au-delà de l'expiration de son mandat le 28 avril prochain et ce jusqu'à l'élection d'un successeur.

Le renoncement d’Abdelaziz Bouteflika a été salué par un concert ininterrompu de klaxons dans le centre d’Alger, déserté par la police, pourtant déployée en nombre durant la journée. "Pacifiquement, on a fait tomber la marionnette!", ont chanté des Algérois lundi soir, en référence au surnom donné au Président dans une chanson et à un des mots d’ordre de la contestation: "Pacifique!"  

   

 

L'état de santé du président algérien a alimenté pendant des mois l'incertitude autour de sa capacité à briguer ou non un nouveau mandat. Depuis son AVC en 2013, Abdelaziz Bouteflika n'apparaît plus qu'en chaise roulante et se fait très discret. ©EPA

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect