Des législatives au goût de secondes présidentielles en Ukraine

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Élu avec 73% des voix en avril dernier, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est le favori des élections législatives anticipées de dimanche. Il a promis de baisser le coût de l’énergie, de consolider le tissu social et de négocier la paix avec la Russie.

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L’enjeu des élections de ce dimanche est de taille. Dans le système parlementaire qui régit l’Ukraine, le Premier ministre et la quasi-totalité du gouvernement est choisi parmi le groupe majoritaire à l’assemblée. Et avec environ 50% d’intentions de vote selon les divers instituts de sondages ukrainiens, le pari osé du nouveau chef de l’État Volodymyr Zelensky semble sur le point de fonctionner.

Malgré un bilan mitigé sur ses deux premiers mois de gouvernance et de nombreux couacs en matière de communication politique, la popularité du Président reste intacte. Les partis traditionnels sont à la peine dans les sondages, avec moins de 15% d’intentions de vote pour son concurrent le plus direct, la plate-forme d’opposition pro-russe "Pour la vie" de l’oligarque Viktor Medvedchuk, proche de Vladimir Poutine. Et des scores extrêmement faibles pour ses deux anciens rivaux à la présidentielle: Petro Porochenko, crédité de 7 à 9%, et Ioulia Timochenko, qui peine à dépasser le seuil fatidique des 5% nécessaires pour figurer dans le Parlement (entre 6 et 7% selon les sondages).

La bataille concerne également l’autre candidat anti-système, l’iconique rock star ukrainienne Sviatoslav Vakartchouk, leader du groupe "Okean Elzi", dont le programme anti-corruption en ferait un allié de taille pour la majorité. Le fait le plus marquant de cette élection pourrait néanmoins être l’anéantissement des partis d’extrême droite, en raison des avancées en matière de résolution du conflit dans le Donbass et de la proclamation récente de plusieurs lois en faveur de la redéfinition culturelle du pays.

L’électeur est animé par le sentiment de rejet de la classe politique.

Cette confiance affichée par la population ukrainienne tient principalement en deux points: la lenteur des réformes lancées sous le quinquennat de Petro Porochenko, et le sentiment de rejet à l’encontre de la classe politique, principalement les députés, accusés d’utiliser le système politique à des fins d’enrichissement personnel. Et en ce sens, le scandale qui a récemment touché le parti politique "Force et honneur" n’a pu que jouer le rôle de catalyseur de cette volonté d’ostracisation des élites politiques traditionnelles.

Il s’agit de révélations concernant des ventes de places sur les listes législatives à des députés sortants au détriment de membres du parti. Ce cas illustre parfaitement le mode de fonctionnement du système politique post-soviétique ukrainien et explique la victoire écrasante de Zelensky en avril dernier.

Activistes et artistes

Pour lutter contre ces dérives, le parti de ce dernier, "serviteur du peuple", a fait le choix radical de ne présenter que des candidats n’ayant jamais siégé au Parlement: figures de la société civile et activistes, artistes totalement novices en politique et membres de l’administration habitués aux rouages de l’État.

Le pari osé du nouveau chef de l'État Volodymyr Zelensky semble sur le point de fonctionner. ©EPA

La définition de cette nouvelle chambre est d’une importance cruciale pour l’Ukraine. Les promesses fortes de campagne du chef de l’État, notamment en matière de baisse des coûts de l’énergie, de reconsolidation du tissu social, de négociation de paix avec la Russie et de lutte anti-corruption vont nécessiter un soutien sans faille de l’appareil législatif. Sur ce point d’ailleurs, outre les possibilités d’octroi de nouveaux prêts par le FMI, l’Union européenne a également insisté pour la prise de mesures fortes.

En visite à Kiev le 8 juillet dernier pour réaffirmer leur soutien aux nouvelles autorités, les représentants de Bruxelles ont pris soin de conditionner une part importante de leur future aide financière (pour un montant de 500 millions d’euros) à l’avancée des mesures anti-corruption dans le pays. Des sommes dont l’Ukraine ne peut se passer si elle veut achever ses réformes systémiques et continuer à se projeter vers une demande d’adhésion à l’Union européenne.

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