Elections au Congo: affluence et couacs pour un vote historique

©EPA

Quarante millions d'électeurs sont appelés à désigner le successeur de Joseph Kabila, au pouvoir depuis l'assassinat de son père, en 2001, auquel la Constitution interdit de briguer un troisième mandat consécutif. Le scrutin, lourd de menaces après les violences ethniques qui ont éclaté récemment, pourrait donner lieu à la première alternance démocratique de l'histoire de la RDC.

Des files d'attente grossissaient au fil de la journée dans les bureaux de vote dimanche en République démocratique du Congo, où se tiennent des élections historiques, entre espoir de changement, peur de nouvelles violences, retards et problèmes techniques.

" C'est un grand jour pour moi, c'est un grand jour pour le Congo parce que c'est la fin de la dictature, c'est la fin de l'arbitraire"
Martin Fayulu
Candidat de l’opposition

Trois fois reportées, ces élections générales à un tour doivent désigner le successeur du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis l'assassinat de son père en janvier 2001. C'est la première fois que le Congo peut rêver d'une transmission pacifique du pouvoir d'un président à l'autre depuis l'indépendance en 1960. Le président sortant a voté à Kinshasa avec son "dauphin" désigné, son ex-ministre de l'Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary. Ils ont été suivis une heure plus tard par l'un des deux principaux candidats de l'opposition, Martin Fayulu. "C'est un grand jour pour moi, c'est un grand jour pour le Congo parce que c'est la fin de la dictature, c'est la fin de l'arbitraire, c'est la fin (...) de 18 du système Joseph Kabila", a déclaré M. Fayulu.

L'autre principal candidat de l'opposition, Félix Tshisekedi, doit voter cet après-midi  dans un quartier populaire de la capitale.

Pas d’incidents pour le moment

Aucun incident majeur n'a été relevé jusqu'à présent dans cet immense pays à l'histoire agitée, où le vote a été reporté dans deux régions, officiellement pour cause de violences (Beni-Butembo dans l'Est et Yumbi dans l'Ouest).

A Beni, des jeunes ont d'ailleurs organisé un vote fictif pour protester. "La ville de Beni est dans la République démocratique du Congo. On ne peut pas nous priver (du droit de vote", a revendiqué un jeune, Manix.

De nombreux retards ont été enregistrés dans les centres de vote où les électeurs passent du temps à chercher leur nom et leur bureau sur les listes électorales.

Objet de toutes les polémiques depuis plus d'un an, la "machine à voter" a connu des couacs au jour J des élections. "Il y a cinq à six bureaux où les machines ne fonctionnent pas" a témoigné à la presse à Lubumbashi un "témoin" (observateur d'un candidat). "Il faut attendre le technicien".

La machine à voter est compliqué

Le vote "avec la machine est très compliqué. J'ai appuyé sans trop savoir pour qui. Je n'ai pas vu le numéro ni le visage de mon candidat", regrette une dame d'un âge avancé en sortant de l'isoloir qui protège le secret du vote. Les électeurs qui ont pu voter ne cachait par leur enthousiasme et leur soif d'autres horizons. "Parce que le Congo a trop souffert nous méritons le changement", lance à Goma Patrice Nzanzu, technicien. "Ça m'excite de voter, de pouvoir enfin choisir. C'est mon premier vote!" s'exclame Rachel, 18 ans, étudiante à Goma, dans ce pays où la majorité des 80 millions d'habitants ont moins de 25 ans. Au total, les 40 millions d'électeurs inscrits ont le choix entre 21 candidats - dont la plupart n'ont même pas fait campagne. Le président Kabila a renoncé à briguer par la force un troisième mandat interdit par la Constitution. Sa décision est intervenue avec du retard, puisque les élections ont été reportées trois fois depuis la fin de son second mandat il y a deux ans, en décembre 2016.

Les 40 millions d'électeurs enregistrés peuvent voter jusqu'à 17h00. Les résultats provisoires seront annoncés le 6 janvier, avant d'inévitables contentieux devant la Cour constitutionnelle. Des sondages donnent le "dauphin" perdant et prédisent la victoire de M. Fayulu.

Des élections législatives et provinciales ont lieu en même temps que la présidentielle.

Pour ces élections, Kinshasa a refusé toute aide logistique des Nations unies, présentes depuis 20 ans au Congo, de même que toute mission d'observation occidentale. Pour le jour du vote, le pouvoir a annoncé la fermeture de ses frontières terrestres, lacustres et fluviales avec ses neuf voisins, de Brazzaville à l'Angola en passant par le Rwanda.

En revanche, Internet n'était pas coupé, contrairement à ce qui se passe lors des journées de fortes tensions.

La campagne avait été rattrapée par la violence, avec une dizaine de morts selon une association de défense des droits de l'homme, ce que nie le pouvoir. Samedi soir, les deux candidats de l'opposition ont refusé de signer un document destiné à prévenir les violences postélectorales, en claquant la porte d'une médiation conduite par des observateurs africains.

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