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analyse

En Iran, l'aile radicale prépare l'avenir

À l'issue d'une campagne de communication intense, le conservateur Ebrahim Raisi s'impose comme le candidat le mieux placé pour succéder à Hassan Rohani à la présidence du pays. ©Photo News

L'actuel chef de l'autorité judiciaire, Ebrahim Raisi, est le grand favori du scrutin présidentiel de ce vendredi qui, orchestré dans les moindres détails, va déterminer le futur du régime islamique.

"Que j'aille voter ou pas, cela ne changera rien donc je n'irai pas voter", nous confie depuis Téhéran cet entrepreneur de trente-six ans. "Le Président n'a aucun pouvoir en Iran et le prochain est à mon avis déjà choisi, tout comme le sont les membres de son cabinet. Si le seul but de mon vote est d'avaliser le système de la république islamique, moi je suis contre." 

"Même si la participation est faible, je ne pense pas que ça changera quoi que ce soit, la république islamique a prouvé qu'elle était solide et difficilement atteignable, que ce soit de l'intérieur ou de l'extérieur."
Journaliste d'un quotidien réformateur

Un autre contact sur place nous livre son témoignage: "En trente ans, je n'ai pas vu un seul Président qui tenait parole. Notre niveau de vie a beaucoup changé depuis trois ans (suite au retrait américain de l'accord nucléaire et du régime de sanctions économiques et financières particulièrement sévère à l'encontre de l'Iran, NDLR), on se prive de choses au quotidien, que ce soit en termes de nourriture, de santé, de loisirs..."

Nombreux sont les témoignages recueillis par écrit, oralement ou via les réseaux sociaux qui abondent en ce sens. Sur les quelque 59 millions de citoyens en âge de voter en Iran, le taux de participation électorale est estimé à seulement 40% selon les derniers sondages officiels. Du jamais vu dans l'histoire de la république islamique qui, pour la première fois, n'a toléré aucune marge de compétition idéologique entre les candidats

"La situation sanitaire va probablement en dissuader beaucoup d'aller voter, mais je pense que cette apathie électorale signifie globalement que les gens veulent punir la république islamique. La répression brutale des manifestations (en novembre 2019) est encore dans toutes les mémoires", explique cette journaliste iranienne reconnue, basée à Téhéran, très active sur la tweetosphère. "Mais même si la participation est faible, je ne pense pas que ça changera quoi que ce soit, la république islamique a prouvé qu'elle était solide et difficilement atteignable, que ce soit de l'intérieur ou de l'extérieur. Peu importe qui sera Président, les décideurs politiques tablent sur la fin des sanctions à moyen terme. La vie des gens va s'améliorer progressivement et c'est là-dessus qu'ils vont capitaliser pour les prochains rendez-vous électoraux."

Enjeu politique crucial 

Parmi les sept personnalités pré-sélectionnées par le Conseil des gardiens le mois dernier - et donc autorisées à concourir pour la présidence - trois se sont déjà retirées. Un candidat qui pourrait potentiellement mobiliser un support électoral est l'ancien patron de la banque centrale iranienne, Abdol Nasser Hemati. Mais malgré la visibilité et le soutien actif de sa femme durant sa campagne, et ses justifications sur les soupçons de corruption dont il est la cible depuis ces dernières années, il fait pâle figure face au grand favori de ce scrutin, Ebrahim Raisi, 60 ans, proche du guide suprême Ali Khamenei. 

Le guide suprême Ali Khamenei et son entourage, emmené par son fils Mojtaba, ont l'ambition de maintenir leur influence au pouvoir et leur contrôle sur un héritage colossal.

Désigné à la tête du pouvoir judiciaire en 2019, ce clerc chiite - arborant le turban noir signifiant sa descendance directe avec le prophète de l'islam - fut placé un temps à la tête de la fondation religieuse la plus puissante d'Iran, Astane Qods Razavi, dont le poids financier est estimé à plus de 200 milliards de dollars. Si d'aucuns pointent sa responsabilité dans l'exécution de dissidents politiques au début des années 1980 et le définissent comme peu charismatique et piètre orateur, Ebrahim Raisi est néanmoins le premier choix d'un establishment iranien qui façonne son pouvoir depuis quarante-deux ans par de puissants liens familiaux et des alliances stratégiques entre l'appareil sécuritaire et la frange traditionaliste chiite la plus radicale. 

La république islamique arrivant à un moment charnière de son existence, le choix du successeur de Hassan Rohani ne peut être laissé au hasard. Si les coulisses du fonctionnement réel du pouvoir iranien relèvent encore du mystère, la figure centrale du système, Ali Khamenei, 82 ans, arrive en fin de règne. Et sa disparition sera synonyme de changements structurels au cœur du système de gouvernance iranien.

Certains observateurs évoquent un changement de Constitution vers un régime parlementaire dans lequel les organes religieux non élus ne seraient plus en prise avec les velléités d'un exécutif hostile. Ou la création d'un système qui mettrait fin au rôle central du guide suprême au profit d'une assemblée. L'enjeu est donc crucial pour Ali Khamenei et son entourage, emmené par son fils Mojtaba: maintenir leur influence dans les cercles du pouvoir et leur contrôle sur un héritage colossal, tout en minimisant le risque de résistance de la part d'élites, conservatrices notamment, et profondément divisées. 

Le résumé

  • Soutenu par l'appareil sécuritaire et idéologique iranien, Ebrahim Raisi est le favori du scrutin présidentiel.
  • La république islamique arrivant à un moment charnière de son existence, le choix du successeur de Hassan Rohani ne peut être laissé au hasard.
  • L'entourage du guide suprême, 82 ans, entend maintenir le contrôle sur la transition future du pays.

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