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Justin Trudeau, le roi des selfies, ne séduit plus

Justin Trudeau, au pouvoir depuis 2015, est souvent accusé de faire des discours creux et des promesses qu'il ne tient pas. ©REUTERS

Le Premier ministre canadien n'est pas du tout certain de rempiler suite à l'élection générale de ce lundi. Reportage à Québec, où ni lui ni son rival conservateur n'ont déchaîné les passions pendant la campagne.

"Le problème de Trudeau est qu'il est comme son père, anti-québécois", lance la gérante de Feijos, un commerce de souvenirs de la basse ville de Québec. "On est tannés des libéraux (Parti libéral du Canada-PLC). À Québec, le vote se jouera entre les conservateurs et les libéraux, mais avec un avantage pour les conservateurs", estime son vis-à-vis, un caricaturiste de rue, le regard tourné vers le château Frontenac.

Erin O'Toole, le chef du parti conservateur, met Justin Trudeau en danger. ©REUTERS

Comme de nombreux habitants du Québec, il en pince aussi pour les souverainistes du Bloc québécois. "C'est un rêve, mais les bloquistes n'ont aucune chance de parvenir au pouvoir. D'une part, parce qu'ils ne présentent que des candidats au Québec et parce que les anglophones ne voteront jamais pour eux", ajoute ce dernier.

Comme lui, de nombreux Québécois se disent prêts à voter pour le Parti conservateur (PC), par dépit. Erin O'Toole l'a bien compris et à l'instar des autres chefs anglophones, il courtise le Québec en multipliant les interventions en français. Le chef du Bloc québécois (souverainiste- BQ), Yves-François Blanchet, n'en a pas moins accusé le Premier ministre, dont la mère est anglophone, de n'être pas Québécois. "Vous ne m'accuserez pas de n'être pas Québécois" s'est indigné ce dernier.

Vers un nouveau gouvernement minoritaire?

Le PLC compte actuellement 155 députés, contre 119 pour le Parti conservateur (PC), 24 pour le Parti néo-démocrate (gauche-NPD) et 32 pour le BQ. La majorité est à 170 sièges. Selon un récent sondage de l'institut Nanos, 31% des intentions de vote iraient au PC, contre 30% au PLC, 21% au NPD, 6% au BQ et le reste aux petits partis.

Justin Trudeau, au pouvoir depuis 2015, est souvent accusé de faire des discours creux et des promesses qu'il ne tient pas.

Le prochain gouvernement pourrait donc être minoritaire libéral à nouveau, mais les nuages s'amoncellent au-dessus du PLC. Au point que l'ancien Premier ministre libéral du Canada, Jean Chrétien, est sorti de sa retraite lors d'un rassemblement politique pour soutenir le fils de l'ancien Premier ministre Pierre-Eliott Trudeau cette semaine.

Des promesses non tenues

Justin Trudeau, au pouvoir depuis 2015, est souvent accusé de faire des discours creux et des promesses qu'il ne tient pas. Alors qu'il avait effectué de nombreuses promesses en matière de défense de l'environnement, de récentes études ont révélé qu'il a davantage subventionné les industries fossiles que son prédécesseur conservateur.

Sur la scène internationale, le Canada est en froid avec de très nombreux pays, dont la Chine et la Russie. La récente gestion de la crise afghane a été catastrophique. Les promesses du chef du gouvernement séduisent peu à Québec, traditionnellement considéré comme un baromètre électoral.

78 milliards
de dollars canadiens
La plateforme électorale de Justin Trudeau prévoit plus de 78 milliards de dollars canadiens de dépenses (environ 52 milliards d'euros) sur cinq ans.

Des dépenses tous azimuts

Et pourtant Justin Trudeau se dépense et dépense sans compter. "Tournée de Trudeau en (région) Atlantique: comme Noël en août", a titré avec malice le quotidien L'Acadie nouvelle au début de la campagne électorale.

"Le parti libéral annonce beaucoup de dépenses, mais il n'a pas véritablement d'ambition quant à un retour à l'équilibre budgétaire."
Arnaud Dellis
Professeur de sciences économiques à l'Université du Québec

Le Premier ministre sortant veut relancer l'économie canadienne. Sa plateforme électorale prévoit plus de 78 milliards de dollars canadiens de dépenses (environ 52 milliards d'euros) sur cinq ans, dont 30 milliards de dollars pour un programme national de création de garderies.

Il prolongerait au moins jusqu'au printemps 2022 le soutien financier aux entreprises, aux salariés et aux indépendants. Parmi les secteurs ciblés, on retrouve l'aérospatial (1,75 milliard de dollars) et la santé (6 milliards de dollars qu'Ottawa promet de transférer aux provinces). À cela s'ajouteraient 9 milliards pour embaucher 50 000 aides-soignants, payés 25 dollars de l'heure (un peu moins de deux fois le salaire minimum).

Justin Trudeau veut également aider les étudiants, les autochtones, et il a envoyé un chèque de 500 dollars aux personnes âgées au début de sa campagne électorale.

"Le manque de main-d'œuvre, qui oblige certains commerces à réduire leurs heures d'ouverture, pourrait ralentir la croissance économique."
Arnaud Dellis
Professeur de sciences économiques à l'Université du Québec

"Le parti libéral annonce beaucoup de dépenses, mais il n'a pas véritablement d'ambition quant à un retour à l'équilibre budgétaire", confie le Belge Arnaud Dellis, professeur de sciences économiques à l'Université du Québec (Montréal). Erin O'Toole ne s'est d'ailleurs pas privé d'attaquer Justin Trudeau sur son programme de dépenses.

Deux ombres au tableau économique

Cela étant, Arnaud Dellis estime que les mesures mises en place par Justin Trudeau ont permis de protéger l'économie canadienne pendant la pandémie. "Le niveau d'emploi dans les services vient juste de revenir à son niveau pré-pandémie", explique le professeur.

Il y a toutefois "deux ombres au tableau: l'inflation est élevée (3,1 % en juin) et supérieure à la cible de 2% de la Banque du Canada. Et le manque de main-d'œuvre, qui oblige certains commerces à réduire leurs heures d'ouverture pourrait ralentir la croissance économique". Dans les rues de Québec, la plupart des commerces affichent d'ailleurs: "Nous embauchons". Sans grand succès...

Le résumé

  • Le Premier ministre sortant Justin Trudeau a intensifié ses appels au vote stratégique pour barrer la route aux conservateurs lors des législatives du 20 septembre.
  • D'après les derniers sondages, les écarts dans les intentions de vote sont minimes.
  • Le pays semble se diriger vers la formation d'un nouveau gouvernement minoritaire.
  • Le nouveau chef des conservateurs canadiens, Erin O'Toole, est parvenu à s'imposer en quelques semaines comme un adversaire sérieux de Justin Trudeau.

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