10 juillet 1985, des agents français coulent le Rainbow Warrior

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Il y a 30 ans, des agents français coulaient le Rainbow Warrior, un chalutier reconverti par Greenpeace pour perturber les essais nucléaires dans le Pacifique. L'opération "Satanique" est un succès opérationnel, mais un véritable fiasco politique.

Dans la nuit du 9 au 10 juillet 1985, une première bombe explose sur la coque du Rainbow Warrior, le bateau de Greenpeace amarré dans le port d'Auckland, en Nouvelle-Zélande. Après l'explosion, un photographe de l'organisation écologiste, Fernando Pereira, 35 ans, monte à bord du "Guerrier arc-en-ciel" pour sauver son matériel. Une seconde mine posée sur la coque explose, tuant Fernando Pereira.

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Le "Rainbow Warrior" est un chalutier transformé par Greenpeace pour ses actions pour protéger l'environnement. Le bateau avait comme mission de bloquer les essais nucléaires français dans l'atoll de Mururoa, en plein milieu du Pacifique.

En août 1985, l'enquête progresse et on identifie peu à peu les responsables de l'attentat. Il s'agit d'agents des services secrets français. Le but de l'opération était de neutraliser le bateau de Greenpeace pour pouvoir réaliser ces essais nucléaires.

"Le but était d'empêcher le navire de Greenpeace d'approcher de la zone des essais nucléaires, ce qui fut fait"
Eric Dénécé
Directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R)

L'opération est commanditée par le ministre de la Défense, Charles Hernu. Accusé par les médias, le ministre nie d'abord toute implication dans cette opération.

Le président François Mitterrand est au courant, selon l'amiral Pierre Lacoste, patron à l'époque de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure), les services secrets français.

La France ne disposant pas de sous-marin à proximité, il fallait agir sur le sol néo-zélandais, avec tous les risques que cela comporte. Membres du service action de la DGSE, Alain Mafart et Dominique Prieur louent un van dans lequel ils transportent les deux bombes, qu'ils confient ensuite à trois nageurs de combat. Selon les autorités néo-zélandaises, ces bombes auraient été transportées jusqu'en Nouvelle-Zélande par un voilier, le "L'Ouvéa".

Deux jours après la tragédie, Prieur et Mafart, qui se font passer pour un couple de touristes suisses - Sophie et Alain Turenge - sont arrêtés. Ils sont repérés notamment par leur véhicule et un appel à un numéro d'urgence de la DGSE. Condamnés à dix ans de prison, les faux époux Turenge sont exilés sur un atoll puis rapatriés en 1987 et 1988.

Le 20 septembre 1985, face au scandale politique, Charles Hernu démissionne. Cette affaire du Rainbow Warrior coûtera leur poste au ministre de la Défense et à l'amiral Lacoste, patron à l'époque de la DGSE.

En 1995, grâce aux huit millions de dollars versés par le gouvernement français, Greenpeace arme le Rainbow Warrior II pour prendre la tête du combat contre la reprise des essais nucléaires français en Polynésie. Ces essais nucléaires ne s'arrêteront que onze après l'attentat, en 1996, lorsque la France signe le Traité d'interdiction complète des essais nucléaires.

Aujourd'hui, l'épave du Rainbow Warrior repose à 25 mètres de profondeur dans la grande baie de Matauri, paradis des poissons, des surfeurs et des plongeurs. D'autres bateaux ont pris la relève et sillonnent les mers pour continuer le combat de l'ONG.

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