analyse

75 ans après Hiroshima, le risque nucléaire augmente

Le dôme de Genbaku, ancien palais d'exposition d'Hiroshima, est l'un des rares bâtiments à être resté debout après l'explosion du 6 août 1945. ©EPA

Dans un climat de tensions entre Washington et Pékin, la prolongation du traité New Start de limitation des arsenaux nucléaires est compromise, et des experts alertent sur une menace accrue.

Alors que le monde commémore ce jeudi le 75e anniversaire du largage de la bombe nucléaire sur Hiroshima, trois jours avant celui de Nagasaki, l’incertitude autour des arsenaux nucléaires grandit. Le traité New Start de limitation des armes stratégiques, signé en 2010 par les États-Unis et la Russie, arrive à échéance dans six mois. Et sa prolongation est compromise alors que le Président américain Donald Trump y voit "un mauvais accord parmi beaucoup d'autres" scellés par son prédécesseur.

"Si l’on compare la situation présente à celle de 1990, il est évident que la menace nucléaire est beaucoup plus importante aujourd’hui."
Tanguy Struye de Swielande
Professeur à l'UCLouvain

Signé par Barack Obama et Dimitri Medvedev, l'accord limite pour les deux principales puissances atomiques le nombre de lanceurs nucléaires à 700 et le nombre d’ogives déployées à 1.550. Mais les États-Unis ne sont pas prêts à le prolonger: même si la Maison-Blanche voudrait "éviter une coûteuse course aux armements", elle ne veut plus d'un traité à deux: la Chine, dont la force de frappe nucléaire va croissant, doit entrer dans le jeu.

Pour l’heure, Pékin refuse, arguant que son arsenal nucléaire n’est pas d’une échelle comparable à celui des Américains et des Russes – 400 à 600 ogives nucléaires, c'est environ dix fois moins que Washington et Moscou. "On peut raisonner différemment: ce dont la Chine dispose suffit amplement pour détruire le monde. Le sens d’un tel traité est surtout d’établir une relation de confiance", commente Tanguy Struye de Swielande, professeur de géopolitique et relations internationales à l'UCLouvain.

Risque accru

Dans une déclaration conjointe, un groupe de 47 diplomates, militaires, politiciens et experts américains, russes et européens se sont alarmés lundi de la dégradation des équilibres entre puissances: "Sans initiative, nous allons continuer à dériver sur une voie où l'utilisation d'armes nucléaires devient plus probable", écrivent les membres du Euro-Atlantic Security Leadership Group (EASLG).

"Sans initiative, nous allons continuer à dériver sur une voie où l'utilisation d'armes nucléaires devient plus probable."

Ils plaident pour la prolongation de New Start mais aussi pour que les dirigeants de puissances nucléaires réaffirment ce principe énoncé en leur temps par Ronald Reagan et Mikhail Gorbatchev: "Une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne peut jamais être menée." Principe que l’actuel locataire de la Maison-Blanche a ouvertement balayé en 2017 lorsqu’il a évoqué devant les Nations Unies la menace de "détruire totalement la Corée du Nord".

"Si l’on compare la situation présente à celle de 1990, il est évident que la menace nucléaire est beaucoup plus importante aujourd’hui", indique Tanguy Struye. Si l'on excepte la Corée du Nord, dont la capacité de projection n'est pas établie, les nations nucléaires n'ont pas changé en trente ans. Ce qui a changé, souligne-t-il, c'est qu'elles se regardent en chiens de faïence.

"C’est très inquiétant: les grandes puissances – Russie, Chine, États-Unis – se parlent de moins en moins. Les tensions se multiplient, avec l’Ukraine, la Syrie, la Mer de Chine du Sud. Dans le cadre de la crise du Covid, c’est insultes sur insultes, propagande, théorie du complot. Il y a une méfiance énorme qui s’installe et dans ce contexte on entre dans des logiques de dissuasion, de course aux armements", abonde Tanguy Struye.

Et la présence de dirigeants nationalistes à la tête de la plupart des puissances nucléaires – Chine, Russie, États-Unis, mais aussi Israël, Inde ou Pakistan – ne facilite pas l’établissement d’un dialogue ouvert et de négociations constructives, souligne le professeur. Le résultat de la présidentielle américaine, qui oppose un Trump isolationniste à un Biden internationaliste, pourrait avoir une empreinte déterminante sur l’évolution de cette dynamique.

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