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À Biarritz, l'apaisement surprise à tous les étages du G7

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Alors qu’aucun communiqué n’était initialement prévu, les Sept se sont quittés avec une déclaration commune qui fait la part belle à la résolution des conflits commerciaux. Donald Trump assure notamment être proche d’un accord avec les Européens.

Les dirigeants du G7 ont affiché lundi une unité inattendue au sommet de Biarritz. Après avoir renié le communiqué final de la réunion de l’an dernier, Donald Trump s’est cette fois montré conciliant sur des contentieux clés comme le commerce et l’Iran. Le Président américain a salué "deux jours et demi de grande unité". Alors qu’aucun communiqué final n’avait été prénégocié, comme c’est habituellement le cas lors de ces réunions, les dirigeants des sept grandes nations libérales (France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Etats-Unis, Canada et Japon) se sont accordés sur une "déclaration" commune. Tour d’horizon des principaux résultats.

1. Un apaisement commercial à tous les étages

"Le G7 est attaché à un commerce mondial ouvert et juste et à la stabilité de l’économie mondiale", indique notamment le document final. Dans lequel les Sept disent aussi vouloir "changer en profondeur l’OMC afin d’être plus efficace dans la protection de la propriété intellectuelle, de régler plus rapidement les différends et d’éradiquer les pratiques commerciales déloyales" – un message qui reprend très clairement les reproches que Donald Trump adresse à la Chine.

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Cette déclaration d’intention intervient alors que le Président américain a estimé être en passe de conclure des accords avec les partenaires commerciaux avec lesquels il menaçait de reprendre l’escalade. Trump a estimé être "très proche" d’un accord commercial avec l’Union européenne. Grâce, dit-il, à sa menace de lever des barrières douanières de 25% sur les importations de voitures européennes – "Je pense que nous allons faire un accord avec l’UE sans avoir à suivre cette voie. Peut-être que je devrai la suivre, peut-être pas."

L’Américain a aussi indiqué ne pas considérer "pour le moment" de nouvelles taxes douanières sur les voitures japonaises. Le week-end à Biarritz aura également soufflé un vent d’accalmie sur les tensions commerciales sino-américaines. Pressé par ses homologues du G7 d’agir pour éviter que ce conflit ne ruine l’économie mondiale, Trump a annoncé que les négociations avec Pékin reprendraient "très prochainement". Le vice-Premier chinois Liu He, qui mène les négociations avec Washington, avait indiqué lundi vouloir résoudre le conflit commercial par une négociation "calme". Un signe positif selon Trump: "Les Chinois veulent un accord (…) Je pense qu’on va en trouver un (…) Je ne pense pas qu’ils (les Chinois) aient le choix."

L’administration fiscale française regardera "combien les entreprises ont payé avec la taxe Gafa, et combien elles auraient dû payer avec la formule de la taxe internationale".

Sur les Gafa aussi, le week-end semble avoir été productif. Dans sa déclaration commune, le G7 s’engage à trouver un accord l’an prochain "pour simplifier les barrières réglementaires et moderniser la fiscalité internationale dans le cadre de l’OCDE". Une déclaration d’intention qui coïncide avec le désamorçage d’une tension franco-américaine. Trump menaçait jusqu’à ce sommet de lever des taxes sur les importations de vins français en représailles à la taxation par la France des géants du numérique, mais Macron s’est félicité d’avoir passé un "très bon accord" avec l’Américain sur le sujet. En vertu de cet accord, l’administration fiscale française regardera "combien les entreprises ont payé avec la taxe Gafa, et combien elles auraient dû payer avec la formule de la taxe internationale". S’il y a une différence en défaveur des entreprises, la France la leur remboursera.

2. L’ébauche d’un possible tournant dans la crise iranienne

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Le dossier iranien, également au cœur des discussions, a trouvé à Biarritz un premier espoir de déblocage. Après la visite surprise du chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, dans la cité gasconne, le Président américain s’est dit prêt à rencontrer "dans les prochaines semaines" son homologue iranien. "Si les circonstances sont convenables, je serai certainement d’accord" pour rencontrer Hassan Rohani, a-t-il déclaré au côté d’Emmanuel Macron, qui œuvre activement depuis plusieurs semaines en faveur de ce scénario.

Un tournant semble désormais possible sur le dossier explosif du nucléaire iranien alors que le Golfe était encore au bord de l’embrasement cet été après une série d’attaques de pétroliers et la destruction par l’Iran d’un drone américain. En 2018, Donald Trump était sorti avec fracas de l’accord de Vienne visant à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire et a réintroduit de lourdes sanctions qui asphyxient l’économie iranienne. Téhéran a répliqué en s’affranchissant progressivement de l’accord, au risque de le rendre totalement caduc.

3. Une mobilisation des grandes puissances pour l’Amazonie

20
millions €
Le G7 a promis lundi de débloquer d’urgence 20 millions de dollars pour envoyer des bombardiers d’eau lutter contre les incendies qui ravagent la forêt amazonienne.

Emmanuel Macron a voulu faire de l’Amazonie une priorité du G7, au point d’en faire un test sur son efficacité et appelant "toutes les puissances" à se mobiliser contre les feux et pour reboiser. Le résultat est en demi-teinte. Le G7 a promis lundi de débloquer d’urgence 20 millions de dollars pour envoyer des avions bombardiers d’eau lutter contre les incendies qui ravagent le poumon de la planète. Le G7 est aussi tombé d’accord pour un plan d’aide destiné à la reforestation, au niveau de l’ONU, qui doit être finalisé au cours de l’Assemblée générale des Nations unies fin septembre. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a toutefois appelé lundi la communauté internationale à se mobiliser plus fortement.

Surtout, les mesures annoncées ont été éclipsées par la dégradation des relations entre la France et le Brésil, avec un échange d’insultes et de propos fort peu diplomatiques, sur fond de crise environnementale et politique. Vendredi, la présidence française a accusé le président brésilien Jair Bolsonaro d’avoir "menti" sur son engagement à respecter l’accord de Paris sur le climat.

Ce week-end, Bolsonaro s’est moqué sur Twitter du physique de Brigitte Macron, l’épouse du chef de l’Etat français. "Propos extraordinairement irrespectueux" a répondu Macron en souhaitant ouvertement, devant les caméras du monde entier, que "le peuple brésilien ait très rapidement un président qui se comporte à la hauteur". Dimanche, le ministre brésilien de l’Éducation Abraham Weintraub a par ailleurs qualifié Emmanuel Macron de "calhorda". Ce terme, lui aussi inconnu du langage diplomatique et qui n’a pas d’équivalent en français est à la croisée de "tricheur", "crétin" et "connard".

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Le sommet de Biarritz aura encore été l’occasion pour les Sept – huit en réalité, avec le président du Conseil européen Donald Tusk – de demander la convocation d’une "conférence internationale bien préparée" sur la Libye. Ou encore de prendre acte de la volonté de la France et de l’Allemagne de convoquer pour septembre une réunion avec la Russie pour tenter de débloquer la crise en Ukraine – Emmanuel Macron estimant "les conditions réunies pour un sommet utile".

Le sommet de Biarritz aura donc été marqué par une entente entre les Sept – phénomène rare depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Le Président américain a d’ailleurs quitté le sommet en laissant aux diplomates européens de quoi appréhender l’édition 2020, qui se tiendra aux États-Unis: Donald Trump envisage d’y inviter son homologue russe Vladimir Poutine, que les autres membres du groupe ne veulent plus voir autour de cette table tant que la crise ukrainienne n’est pas réglée. Avec AFP et Reuters

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