À Davos, l'économie belge intéresse plus que la crise politique

À Davos, la crise politique belge est éclipsée par la bonne situation économique de notre pays. Ives Leterme au "Belgian Lunch" revêtait cette année un intérêt particulier.

Les autorités belges avaient convié une bonne soixantaine de chefs d’entreprise venus du monde entier, vendredi midi à Davos. Ce traditionnel "Belgian Lunch" revêtait cette année un intérêt particulier en raison de l’impasse politique que traverse le pays.

Pour ce que nous avons pu entendre à Davos, les présidents de parti peuvent continuer à palabrer, les décideurs économiques se tracassent nettement moins de l’avenir de la Belgique que ce que les agences de notation ou les éditorialistes de la presse anglo-saxonne pourraient laisser croire. "Pourquoi s’inquiéter? Ce sont les chiffres de votre économie qui comptent, pas la situation politique", confie David Drummond, senior VP de Google, qui se dit "très satisfait" des investissements réalisés par son groupe à Mons. En fin de conversation, il glissera toutefois un "Vous croyez vraiment qu’il est possible que votre pays soit scindé?"… Comme quoi, le désintérêt n’est quand même pas total.

Les chiffres de l’économie belge, le Premier ministre Yves Leterme les a détaillés devant l’assistance: des prévisions de croissance supérieures à la moyenne européenne, une accélération des créations d’emplois, une croissance de 50% des investissements étrangers directs… Tout cela se combine avec "une stricte discipline budgétaire", qui devrait ramener le déficit public sous les 4% et stopper l’augmentation de la dette. "Comme vous pouvez le voir, les difficultés politiques actuelles n’impactent pas la trajectoire économique que suit le gouvernement", affirme Leterme.

Si cela ne devait pas suffire à rassurer complètement les chefs d’entreprise, le Premier ministre précise la portée du débat actuel dans le pays: "Le sujet de nos négociations politiques n’est en aucun cas une mise en danger de la Belgique, mais bien l’amélioration de la structure fédérale belge en vue de la rendre plus efficace."

"La croissance dans votre pays est encore meilleure que ce que je croyais", confiait, à l’issue du discours, Randy Philips, vice-president de CSC, une société de services dont le chiffre d’affaires en Belgique se compte en dizaine de millions de dollars. "Je ne m’inquiète pas, les Belges sont des gens constructif, vous vous en sortirez." Même son de cloche chez Rajesh Shah, de Mukand Ltd, une société qui a conclu une joint-venture avec Bekaert en Inde et qui n’exclut pas d’investir chez nous.


PROSPECTION WALLONNE

Finalement, le seul commentaire un peu alarmiste n’est pas venu d’un patron mais du commissaire européen Laszlo Andor, croisé dans les allées de Davos par le ministre-président wallon Rudy Demotte. "Vos chiffres sont bons mais cela ne peut pas durer éternellement, a-t-il confié. L’absence de gouvernement fédéral finira par poser problème. Il serait sans doute opportun de ne plus trop traîner."

Ce commissaire excepté, Demotte n’a donc guère eu d’interlocuteurs à rassurer. Il en a profité pour entretenir les bonnes relations, notamment avec Google, Loockheed et le groupe de télécommunications chinois Huawei. Ce dernier est déjà implanté en Brabant wallon et un nouvel investissement est envisagé. L’an dernier, le ministre wallon de l’Économie, Jean-Claude Marcourt, s’était rendu au siège d’Huawei. Et ce vendredi, Rudy Demotte a déjeuné aux côtés de la présidente du CA, Yafang Sun. Selon Demotte, "l’intérêt est réel, notamment en raison des infrastructures numériques et de notre localisation au coeur de l’UE".

Christophe De Caevel, à Davos

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