Affaire Skripal: Moscou accuse Londres et Washington

©EPA

En plus d'exiger des excuses, Moscou accuse désormais Londres et Washington d'avoir empoisonné l'ex-agent double russe Sergueï Skripal. Pour éclaircir la situation, la Russie propose une enquête conjointe, ce qui déplait fortement à Londres.

Retournement de situation. Moscou accuse désormais les services spéciaux britanniques et américains de l'empoisonnement de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et parle d'une affaire "grossièrement fabriquée" pour notamment détourner l'attention des électeurs britanniques du Brexit

 Outre cette accusation, la Russie propose, lors de la réunion extraordinaire de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) organisée ce mercredi à sa demande, d'ouvrir une enquête conjointe avec Londres. Une requête rejetée par l'Union européenne. 

Offre perverse

"Il s'agit d'une tentative de diversion et de désinformation visant à éluder les questions auxquelles les autorités russes doivent répondre."
Autorités britanniques
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Mise en cause par des Occidentaux en rang serré, Moscou avait décidé de convoquer une réunion de l'OIAC à la Haye ce mercredi, pour exiger des réponses sur les accusations la visant. Dénonçant une "campagne antirusse", Vladimir Poutine disait espérer que cette réunion puisse permettre " de mettre le point final" à cette affaire. Pour ce faire, la Russie a fait part de sa volonté d'ouvrir une enquête conjointe sur l'empoisonnement de l'ancien agent. 

Les représentants britanniques ont jugé cette offre de coopération "perverse". Pour Londres, "il s'agit d'une tentative de diversion et de désinformation visant à éluder les questions auxquelles les autorités russes doivent répondre."

La Russie affirme être soutenue par 14 membres du Conseil. "Nous croyons qu'il est primordial de s'assurer que ce problème soit résolu dans le cadre légal, en exploitant tout le potentiel de l'OIAC", a déclaré le représentant russe au sein de l'organisation, Alexandre Choulguine. Mais l'organisation comptant 41 représentants, cette demande d'enquête conjointe ne devrait pas recueillir les deux tiers des suffrages nécessaires. 

Soutien européen au Royaume-Uni

"Il est impératif que la Fédération russe réponde aux questions légitimes du gouvernement britannique, qu'elle commence à coopérer avec le secrétariat de l'OIAC et qu'elle l'informe de tous les programmes ayant trait à cette affaire"
Union Européenne
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L'Union européenne, qui craint une telle initiative, a rejeté la demande formulée par Moscou. 

"Il est impératif que la Fédération russe réponde aux questions légitimes du gouvernement britannique, qu'elle commence à coopérer avec le secrétariat de l'OIAC et qu'elle l'informe de tous les programmes ayant trait à cette affaire", dit-elle dans un communiqué. Au lieu de coopérer, poursuit l'UE, elle s'est "répandue en insinuations à l'encontre des États membres de l'UE. C'est totalement inacceptable."

Demande d'excuses

Après avoir appris mardi que le laboratoire britannique chargé d'analyser la substance utilisée pour empoisonner un ex-espion russe en Angleterre n'avait aucune preuve pour accuser la Russie, la situation s'est inversée en faveur de Moscou qui ordonne à Londres de présenter ses excuses.

Le Kremlin est à nouveau en position de force dans l'affaire Skripal. L'escalade diplomatique entre l'Occident et la Russie aurait-elle été prématurée? Après avoir appris que le laboratoire britannique ne disposait pas de preuve qui attestait de l'implication russe dans l'empoisonnement d'un ex-espion russe sur le sol britannique, Moscou somme Londres de "s'excuser".

"Le ministre britannique des Affaires étrangères et la Première ministre devront regarder dans les yeux leurs collègues de l'Union européenne et devront présenter leurs excuses à la Russie."
Dimitri Peskovi
Porte-parole du Kremlin

Ces lourdes accusations ont été à l'origine d'une vague historique d'expulsions de diplomates entre la Russie et les Occidentaux. Mais la légitimité de ces accusations est fortement remise en cause depuis que le chef du laboratoire britannique militaire britannique de Porton Down a indiqué avoir identifié la substance comme du Novitchok, un agent militaire de conception soviétique, mais ne pas avoir "identifié sa source exacte".

Londres ne semble pourtant pas pour autant déposer les armes. Le gouvernement britannique a rapidement réagi en déclarant que les recherches menées à Porton Down ne constituaient "qu'une partie du renseignement" à sa disposition. Mais Moscou continue de clamer son innocence en affirmant que la théorie britannique "ne se confirmera en aucun cas, parce qu'il est impossible de la confirmer", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dimitri Peskovi.

Provocation grotesque

"Le ministre britannique des Affaires étrangères et la Première ministre devront (...) regarder dans les yeux leurs collègues de l'Union européenne (...) et devront d'une manière ou d'une autre présenter leurs excuses à la Russie", a déclaré le porte-parole russe en ajoutant que "ce marasme est allé trop loin."

"Il est important de cesser ce jeu irresponsable"
Sergueï Narychkine
Le chef de renseignement extérieur russe

Le chef du renseignement extérieur russe, Sergueï Narychkine, appelle au dialogue. Il déclare qu'il "est important de cesser ce jeu irresponsable qui consiste à augmenter toujours la mise; de renoncer à recourir à la force dans les relations internationales; et de ne pas amener la situation jusqu'à une nouvelle crise des missiles de Cuba", qui avait amené les États-Unis et l'URSS au bord d'une confrontation nucléaire en 1962.

Il ajoute que "la communauté internationale doit revenir à un dialogue sain, qui n'est pas basé sur les visées égoïstes de parties spécifiques, mais sur de véritables valeurs partagées entre tous ceux qui respectent les normes internationales."

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