Alexeï Navalny apparaît fortement amaigri après sa grève de la faim

Alexeï Navalny en visioconférence depuis la prison lors d'une audience au tribunal pour examiner un appel contre son verdict de diffamation. ©via REUTERS

L'opposant russe Alexeï Navalny a comparu en visioconférence devant un tribunal moscovite. Les bureaux régionaux de son organisation de lutte contre la corruption ont annoncé leur dissolution face à la menace d'être qualifiés d'"extrémistes" par le pouvoir.

L'opposant russe Alexeï Navalny, incarcéré dans une colonie pénitentiaire de Pokrov, située à 100 km à l'est de Moscou, a été vu, ce jeudi, pour la première fois depuis l'annonce de la fin de sa grève de la faim. Fortement amaigri et le crâne rasé, il comparaissait par visioconférence durant une audience judiciaire dans le cadre de son appel dans une affaire de diffamation visant un vétéran de la Seconde guerre mondiale. Il a assuré avoir encore perdu du poids, mais recommencer à manger.

Le principal opposant au Kremlin avait annoncé le 23 avril mettre fin à sa grève de la faim qu'il observait depuis trois semaines.

"J'ai été emmené au bain hier. Il y avait un miroir, je me suis regardé: je ne suis qu'un horrible squelette", a-t-il déclaré dans un enregistrement audio diffusé par la chaîne TV indépendante Dojd.

"Théoriquement, il y a interdiction de photographier l'écran, mais cette photo est apparue. Il dit qu’on lui refuse les pommes et carottes recommandées pour sortir de grève de la faim", a indiqué sur Twitter un correspondant du Monde, Benoît Vitkine.

Le principal opposant au Kremlin avait annoncé le 23 avril mettre fin à sa grève de la faim qu'il observait depuis trois semaines pour dénoncer ses conditions de détention. Des médecins l'avaient exhorté à arrêter "immédiatement" son action, disant craindre sa mort ou des "dommages considérables" pour sa santé. Sa démarche avait également suscité des tensions entre la Russie et plusieurs pays occidentaux.

Le réseau régional de Navalny s'auto-dissout

Alors que le monde découvrait les images d'un Alexeï Navalny fortement affaibli, un de ses proches collaborateurs a annoncé la dissolution des bureaux régionaux de son organisation de lutte contre la corruption, notamment le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) qu'il a créé en 2011. Menacées d'être déclarées "extrémistes" depuis une demande du parquet examinée par la justice russe, ces organisations ont préféré prendre les devants pour éviter à leurs membres de lourdes peines de prison.

Si elles étaient déclarées "extrémistes", les organisations d'Alexeï Navalny rejoindraient une liste d'une trentaine de structures interdites en Russie.

"Nous dissolvons officiellement le réseau d'Alexeï Navalny", a déclaré Leonid Volkov dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, précisant toutefois que certains bureaux régionaux poursuivraient leurs activités de façon indépendante.

Cette semaine, un tribunal de Moscou a déjà interdit au FBK pratiquement toute activité, comme le fait de publier des contenus sur internet, d'organiser des manifestations et de participer aux élections. Si elles étaient déclarées "extrémistes", les organisations d'Alexeï Navalny rejoindraient une liste d'une trentaine de structures interdites en Russie, comme le groupe jihadiste État islamique (EI) ou les Témoins de Jéhovah.

Le palais de Poutine

Le FBK est connu pour ses enquêtes dénonçant la corruption des cercles du pouvoir en Russie. La plus retentissante, accusant le président Vladimir Poutine de s'être fait construire un palais sur la mer Noire, a été vue 116 millions de fois sur Youtube.

Militant anti-corruption et ennemi juré du Kremlin, le leader de l'opposition est emprisonné depuis mars.

Les 37 bureaux d'Alexeï Navalny à travers le territoire russe diffusent également leurs propres enquêtes et organisent les campagnes de "vote intelligent" défendues par l'opposant, consistant à inciter à soutenir le candidat ayant le plus de chances de battre celui du Kremlin, quelle que soit sa couleur politique.

Militant anti-corruption et ennemi juré du Kremlin, le leader de l'opposition est emprisonné depuis mars pour une ancienne affaire de fraude qualifiée de politique par de nombreuses ONG et les capitales occidentales. Victime d'un empoisonnement par un agent neurotoxique, le Novitchok, il a passé plusieurs semaines plongé dans le coma dans un hôpital allemand, avant d'être arrêté le 17 janvier, dès son retour en Russie.

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