Alexeï Navalny piège un agent du FSB, tensions entre la Russie et l'Europe

Le dissident russe Alexeï Navalny lors d'un appel téléphonique durant lequel il trompe un agent du FSB et lui fait avouer les détails de l'opération visant à le tuer. ©via REUTERS

La Russie a pris des sanctions mardi contre trois pays européens, après plusieurs rebondissements sur l'empoisonnement d'Alexeï Navalny. Le dissident russe a diffusé lundi une vidéo prouvant l'implication des services secrets russes (FSB) dans la tentative d'assassinat.

L'empoisonnement du dissident russe, Alexeï Navalny, provoque à nouveau des tensions entre la Russie et l'Union européenne (UE). Moscou a décidé mardi d'imposer des sanctions contre plusieurs pays européens (France, Allemagne, Suède), en élargissant la liste des personnes interdites d'entrée sur le territoire russe.

Officiellement, cette décision est prise en représailles aux sanctions décidées par l'UE début décembre contre la Russie après l'empoisonnement d'Alexeï Navalny. Moscou est de plus en plus tendu sur cette question.

Hasard ou non, les sanctions russes sont décidées au lendemain de révélations du dissident sur les auteurs présumés de la tentative d'assassinat.

Navalny piège un agent du FSB

Alexeï Navalny a révélé lundi une vidéo d'une conversation téléphonique dans laquelle il est parvenu à piéger un des agents qui aurait participé à son empoisonnement l'été dernier, lors d'une opération des services de renseignement russes (FSB).

Le président russe Valdimir Poutine a fini par reconnaître qu'Alexeï Navalny faisait l'objet de filatures. ©Photo News

Lors de cette conversation, le dissident russe amène Konstantin Koudriavtsev, un agent du FSB expert en chimie, à raconter les circonstances de la tentative d'assassinat dont il a été victime. Pour parvenir à ses fins, il se présente comme "Maxim Ustinov, un aide du président du Conseil de sécurité russe, Nikolaï Patrushev".

Konstantin Koudriastev pense parler à un de ses supérieurs qui l'interroge sur l'échec de l'opération. D'abord hésitant, il finit par se laisser aller. Il décrit son rôle, qui était d'effectuer des filatures et détruire les preuves. Selon lui, Alexeï Navalny a été empoisonné par "une substance déposée sur un de ses sous-vêtements". Konstantin Koudriavstev a ensuite été chargé de nettoyer les traces de poison, du Novitchok.

Les effets du poison se sont fait sentir lorsqu'Alexeï Navalny se trouvait à bord d'un avion. Le dissident a survécu et se trouve aujourd'hui sous haute protection en Allemagne.

Konstantin Koudriavtsev laisse entrevoir les causes de l'échec. "Si l’avion avait volé un peu plus longtemps et n’avait pas atterri en urgence, peut-être que le résultat aurait été différent", explique-t-il lors de son entretien avec Navalny. Les soins administrés par l'équipe d'urgence auraient également ralenti la diffusion du poison.

"Si l’avion avait volé un peu plus longtemps et n’avait pas atterri en urgence, peut-être que le résultat aurait été différent."
Konstantin Koudriavtsev
Agent du FSB

Alexeï Navalny a contacté de sa propre initiative d'autres membres du FSB qui ont participé à l'opération, mais il a échoué à recevoir une réponse.

Suite à cet appel, l'organisation d'Alexeï Navalny, le Fonds de lutte contre la corruption, a déposé une plainte visant Konstantin Koudriavtsev auprès du Comité d'enquête de Russie. Le FSB a qualifié les accusations de "provocation" et de "falsification".

Une autre enquête implique le FSB

8
agents
Selon l'enquête de plusieurs médias européens, le commando chargé d'assassiner Navalny était composé de 8 agents du FSB.

Ce n'est pas le premier agent du FSB mis à jour dans cette affaire. Le 14 décembre, une enquête de plusieurs médias, dont Bellingcat, CNN et The Insider, est parvenue à identifier un officier supérieur des services de renseignement russes comme étant le chef d’un commando présent en même temps qu'Alexeï Navalny dans la ville sibérienne d'Omsk, où a eu lieu l'empoisonnement. Ce commando était composé de 8 agents du FSB, dont 2 docteurs en médecine.

Selon le journaliste Christo Grozev, de Bellingcat les mouvements et les activités de ces agents ont été mis à jour et recoupés à partir de l'analyse de données sur le FSB "disponibles sur internet".

Après la publication de cette enquête, le président russe Vladimir Poutine a reconnu que le dissident faisait l'objet d'une surveillance rapprochée, mais qu' "il serait mort si on avait voulu le tuer". En Russie, l'affaire fait grand bruit et place le FSB dans une position inconfortable.

Les sanctions décidées mardi visent les pays européens protégeant le dissident. L'Allemagne, où il s'est réfugié, de même que la France et la Suède. Stockholm abrite l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques qui refuse de remettre à la Russie le dossier mettant en cause le Novitchok, le poison qui aurait été utilisé lors de la tentative d'assassinat.

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