"Allah a fait perdre la raison et le bon sens" à la Turquie, selon Poutine

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Traditionnellement, le discours annuel que Vladimir Poutine adresse à son Parlement, au gouvernement et autres élites dirigeantes, traite principalement de politique et d’économie intérieure, sa principale fonction étant de définir le vecteur de développement du pays. Cette année, le président russe a placé en exergue de son annonce sa dispute avec Ankara et la lutte anti-terroriste.

"Il semble qu’Allah ait décidé de punir la clique au pouvoir en Turquie en la privant de la raison et du bon sens."
vladimir poutine
président russe

Les relations avec la Turquie sont sérieusement endommagées, et pour longtemps, a prévenu Poutine. La Russie est à jamais marquée par le coup que la Turquie lui a porté dans le dos, en abattant son avion de chasse, et en causant la mort de deux de ses soldats. "Nous n’oublierons jamais cette complicité avec les terroristes. Nous considérerons toujours la trahison comme l’un des pires et des plus vils actes", a martelé le président. Sur un ton vindicatif, il a prévenu que la Turquie ne "s’en tirera pas avec des tomates ou des sanctions dans le secteur du bâtiment ou autre. Nous leur rappellerons plus d’une fois ce qu’ils ont fait. Et ils le regretteront encore plus d’une fois". La réaction russe n’est pas "hystérique", ni "nerveuse", a précisé Poutine, "nous n’allons pas brandir les armes", mais la Turquie continuera de payer pour ce qu’elle a fait.

Des représailles économiques

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Quatre jours après l’incident, Poutine a signé un décret pour adopter des mesures de représailles économiques contre Ankara: embargo sur l’importation de fruits, légumes et produits frais; limitation de l’activité des entreprises turques en Russie et interdiction aux employeurs russes d’embaucher des Turcs; rétablissement du régime des visas; suspension de toute activité touristique en direction de la Turquie, l’une des destinations privilégiées des Russes. Et dans la foulée du discours présidentiel, le ministre russe de l’Énergie, Alexandre Novak, a annoncé ce jeudi une suspension des négociations sur le projet de gazoduc TurkStream qui devait acheminer le gaz russe en Turquie.

Vladimir Poutine prononçait hier son discours annuel sur l’état de l’union à Moscou.

Habituellement centré sur des enjeux intérieurs et sur l’économie, l’événement s’est focalisé cette fois sur la crise diplomatique avec Ankara.

Le président russe s’est livré à une violente diatribe contre la Turquie, dirigée par "une clique" qui a perdu "raison et bon sens" en abattant un avion russe, une trahison que la Russie "n’oubliera jamais" et que les responsables turcs "vont regretter" longtemps.

Poutine s’en est pris avec violence aux dirigeants turcs, "une clique" à laquelle "Allah a fait perdre la raison et le bon sens", et qui traitent avec les terroristes.

Selon Moscou, la Turquie est l’un des principaux soutiens financiers de l’État islamique car elle achète aux islamistes du pétrole de contrebande en provenance de Syrie et d’Irak.

Alors que la Russie, elle, est à l’avant-front de la lutte contre le terrorisme mondial.

Mis en cause, le président turc Recep Tayyip Erdogan a réagi en dénonçant les "accusations immorales" de la Russie sur une implication de sa famille dans la contrebande de pétrole du groupe Etat islamique (EI) et mis en cause en retour la complicité de Moscou dans ce trafic.

Le président turc a affirmé à son tour qu’il détenait des "preuves" de l’implication de la Russie dans le trafic de pétrole du groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Syrie, promettant de bientôt "commencer à les révéler au monde".

Selon les experts russes, le principal message qu’a voulu faire passer Vladimir Poutine est que le pays est en situation de guerre, contre la Turquie et contre l’État islamique.

La lutte contre un ennemi extérieur féroce et multiple, voilà ce qui va définir cette année la politique russe, y compris intérieure.

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