Après Vienne, "le risque d'autres attentats n'est pas exclu en Europe"

Vienne a basculé dans l'horreur, après son premier attentat djihadiste de masse. ©AFP

L'attaque terroriste de Vienne, la quatrième en Europe en quelques semaines, indique une émulation croissante du djihadisme, en particulier depuis la pandémie de coronavirus. Le risque d'autres attentats en Europe n'est pas exclu.

C'était une nuit paisible comme tant d'autres lundi à Vienne, alors que les passants se préparaient à rejoindre leur domicile pour le début du confinement. Dans les tavernes et restaurants, les clients prenaient une dernière consommation avant longtemps.

Mais à 20 heures, la capitale autrichienne a basculé dans l'horreur. Un homme armé a sorti une arme automatique et tiré aveuglément dans la foule, "comme un fou", raconte un témoin, semant la mort. L'attaque a eu lieu près de la Schwedenplatz, non loin d'une synagogue. Après avoir abattu le terroriste, les forces de police ont lancé une chasse à l'homme toute la nuit. Restaurants et café, gardant à l'abri leurs clients, ont éteint leurs lumières. L'Autriche vient de connaître sa première attaque terroriste de masse. L'Europe, plongée dans une pandémie depuis huit mois, renoue avec la menace djihadiste après ce quatrième attentat, suivant ceux de Paris, Nice et Dresde.

"Nous n'allons jamais céder à la terreur."
Alexander De Croo
Premier ministre belge

Quatre personnes sont mortes sous les balles du tireur, d'après le bilan provisoire. Quinze sont blessées, dont sept gravement. "Nous avons été les victimes d’un effroyable attentat terroriste", a déclaré le soir même le chancelier autrichien Sebastian Kurz. Très vite, les témoignages de solidarité ont afflué de toute l'Europe. "Nous n'allons jamais céder à la terreur", a réagi le Premier ministre belge Alexander De Croo.

Le président du Conseil européen Charles Michel a dénoncé sur Twitter "un acte lâche" qui "viole la vie et nos valeurs humaines".

Un terroriste proche de Daech

L'assaillant était armé d'une arme lourde, d'une ceinture d'explosif factice, d'un pistolet et d'une machette. Il aurait tiré entre 50 et 100 coups avec son fusil mitrailleur, probablement une kalachnikov. Le terroriste, un Autrichien d'origine macédonienne, âgé de 20 ans, avait été empêché par la justice de rejoindre la Syrie. Proche du groupe État islamique (Daech), il venait de purger une peine de prison.

Ses armes démontrent la volonté de faire un carnage. Le bilan, dramatique, aurait pu être plus élevé si le tueur avait été un combattant aguerri. Sa proximité avec Daech semble idéologique, plutôt que celle d'un djihadiste entraîné aux armes.

Une émulation croissante

Les discours radicaux se sont propagés ces derniers jours sur les réseaux sociaux après la décapitation du professeur français Samul Paty. Le djihadisme en ligne n'est pas un phénomène nouveau, mais le climat s'est détérioré, avec une émulation croissante.

"Les attentats arrivent souvent par vague à cause d'un effet d'émulation."
Thomas Renard
Spécialiste du contre-terrorisme à l'Institut Egmont

"Le risque d'autres attentats n'est pas exclu en Europe", dit Thomas Renard, spécialiste du contre-terrorisme à l'Institut Egmont, "ces attaques peuvent être le fait d'individus isolés, à la marge d'organisations terroristes. Les attentats arrivent souvent par vague à cause d'un effet d'émulation". Des attaques comme celle de Paris et Vienne "peuvent être vecteurs de passages à l'acte, le terrorisme étant avant tout une question de communication et de fascination".

Les propos du président français Emmanuel Macron et des dirigeants de pays arabes ont renforcé le climat de tensions, et la détermination d'individus isolés.

Une génération de terroristes isolés

"Il faut distinguer deux types de djihadistes", poursuit Thomas Renard, "les héritiers de la période du califat de Daech, les prédicateurs de haine, les 'returnees' et les empêchés. Ceux-ci sont connus et supposés être sous contrôle". L'auteur de l'attentat de Vienne était un empêché dont l'activité a échappé à la police autrichienne.

Le contrôle croissant de Facebook et Twitter a poussé les radicalisés à se rendre sur les réseaux clandestins. Une marginalité qui rend leur contrôle plus difficile.

Le deuxième groupe, plus diffus, "est composé d'individus à la marge, des consommateurs de propagande". Le contrôle croissant de Facebook et Twitter a poussé les radicalisés à se rendre sur les réseaux clandestins. Cette marginalité rend leur contrôle plus difficile. "Il y a une émulation entre les deux groupes, un phénomène de mimétisme", ajoute Thomas Renard.

Les réseaux clandestins façonnent une nouvelle génération de terroristes. "Des individus jeunes, pour qui la frontière entre le virtuel et le réel n'est plus la même", dit-il, "les relations qu'ils ont dans le monde virtuel sont plus importantes que dans le monde réel". Le passage à l'acte est d'autant plus facilité.

"Depuis mi-mars, nous constatons une polarisation croissante sur les réseaux sociaux."
OCAM

La menace maintenue au niveau 2 en Belgique

L'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) n'a pas revu le niveau de la menace, maintenu à 2 (sur une échelle de 4). Mais l'organisme observe une radicalisation croissante depuis le confinement. "Depuis mi-mars, nous constatons une polarisation croissante sur les réseaux sociaux. Des extrémistes, restés chez eux suite au confinement, ont accru leur activité et la diffusion de propos de haine", dit-on à l'OCAM.

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