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Arora Akanksha: "L'ONU a tellement de choses à cacher qu'elle a imposé une culture du silence"

À 34 ans, la Canadienne Arora Akanksha se porte candidate au poste de secrétaire générale de l'ONU. ©Reporters / Redux NYT

Elle a commencé sa carrière aux Nations unies avec beaucoup d'idéalisme. Mais au lieu de leadership, elle n'y a trouvé que de l'égoïsme. Aujourd'hui, Arora Akanksha défie le secrétaire général António Guterres en posant sa candidature pour lui succéder.

Il est rare qu'une interview puisse se faire aussi rapidement. Un peu de recherche sur LinkedIn, un message, une demande de contact et la réponse n'a pas tardé. "I would be happy to discuss my candidacy with you", a répondu Arora Akanksha (34 ans). Il était possible de l'organiser le lendemain. L'interview a finalement eu lieu cinq jours plus tard.

CV express

  • Arora Akanksha (34 ans) est née à Haryana, dans le nord de l'Inde. Elle a passé sa jeunesse en Arabie saoudite, où ses parents travaillaient comme médecins, et a ensuite été envoyée dans un internat en Inde.
  • Lorsqu’elle avait 18 ans, sa famille a émigré au Canada, où elle a obtenu un Bachelor en études administratives à l'université York de Toronto. Elle a ensuite obtenu un MBA à l'université Columbia à New York.
  • En 2016, après une carrière au Canada, elle a commencé à travailler pour les Nations unies, où elle était en charge de projets de réformes financières.
  • Le 17 février 2021, elle s'est portée candidate pour le poste de secrétaire générale de l'ONU.

Lorsqu'elle apparaît sur l'écran Zoom, on peut lire simplement Arora, mais lorsqu'elle était enfant, elle s'appelait Akanksha Arora, et bien entendu, son nom n'a pas changé. Mais lorsqu'elle était au pensionnat, raconte-t-elle, tout le monde l'appelait "Arora, Arora, Arora" et "Mon nom de famille est devenu mon prénom".

Le 17 février, Arora Akanksha a écrit une lettre à Volkan Bozkir, le président de l'Assemblée générale des Nations unies (ONU). Elle y expliquait qu'elle posait sa candidature pour participer, en octobre prochain, à l'élection du successeur d'António Guterres. C'est remarquable car Guterres est candidat à sa propre succession. Le choix du secrétaire général des Nations unies, la plus grande organisation politique au monde, n'est pas le résultat d'une campagne ou d'un programme électoral, mais d'un compromis politique entre les 193 membres. L'attribution d'un second mandat à Guterres semblait déjà un fait acquis.

Le ton d'Arora Akanksha est ferme: "I have taken the first step on this journey of change. I request that you take the next". Un peu plus haut dans sa lettre, elle cite Robert Kennedy. "History will judge you, and as the years pass, you will ultimately judge yourself."

Arora est née en Inde, le pays où ses grands-parents ont trouvé refuge après avoir quitté le Pakistan en 1947. Ses parents – tous deux médecins – ont déménagé en Arabie saoudite lorsqu'elle avait six ans. À neuf ans, elle a été envoyée en pensionnat en Inde, pour émigrer ensuite au Canada avec toute sa famille à ses 18 ans. Elle a fait ses études universitaires à York. Elle a travaillé à l'Université de Toronto, pour ensuite devenir consultante chez PwC.

"J'ai été contactée pour mon expertise, l'ONU souhaitait analyser comment dépenser son argent de manière intelligente".
Arora Akanksha

Retour en décembre 2016. "Donald Trump venait d'être élu président des États-Unis, un homme dont tout le monde savait qu'il n'avait pas l'intention d'investir beaucoup d'argent dans l'ONU", explique-t-elle. "J'ai été contactée pour mon expertise, l'ONU souhaitait analyser comment dépenser son argent de manière intelligente."

Elle poursuit. "C'était la semaine avant Noël 2016. Je n'avais aucune idée de ce que c'était que de travailler pour le secrétaire général des Nations unies, mais j'étais ravie face à cette perspective. Les Nations unies avaient une image comparable à celle d'un château au sommet d'une colline, mais j'ai compris que c'était pour moi une énorme opportunité. J'ai donc déménagé à New York. Une semaine plus tard, le 2 janvier, António Gutteres a pris ses fonctions de secrétaire général. Le protocole exigeait qu'il fasse un discours et je ne comptais pas y aller. Mais un collègue m'a dit: 'C'est une chance qui n'arrive qu'une fois dans une vie'. J'y suis donc allée."

"Ce matin-là, j'ai vécu une expérience que je n'avais jamais vue ailleurs. Ce n'était pas du leadership, mais de l'égoïsme."

"Le speech devait commencer à 9h15, mais je suis canadienne et j'étais donc là à 9 heures. Au premier rang. Vue parfaite, ai-je pensé. Jusqu'à ce que Guterres entre, et avec lui une série de top managers. Et qu'ont-ils fait? Ils se sont tous mis debout devant moi. Je n'ai pas de mots pour décrire à quel point j'étais surprise. Le message que j'ai reçu était que nous, les membres du personnel, étions totalement insignifiants. Je ne me souviens pas d'un seul mot du discours du secrétaire général. Ce fut mon premier choc aux Nations unies. Une semaine après mon arrivée."

Un choc, dit-elle, parce qu'elle avait travaillé auparavant comme auditrice pour le gouvernement canadien, des hôpitaux, de grandes entreprises, des banques et des groupes de médias. Des entreprises, poursuit-elle, faisant preuve de respect pour leur prochain. "Ce matin-là, j'ai vécu une expérience que je n'avais jamais vue ailleurs. Ce n'était pas du leadership, mais de l'égoïsme. Mais lorsque je l'ai raconté à mes collègues, ils ont haussé les épaules. So what?"

Un premier choc donc, et la prise de conscience que la culture "d'entreprise" des Nations unies est encore comparable à celle d'entreprises des années 1960 et dont le secteur privé s'est débarrassé. "Dans le secteur privé, il ne suffit plus de gagner de l'argent. Les lecteurs de L'Echo seront d'accord avec moi. La durabilité compte également. Ainsi que la façon dont vous traitez vos collaborateurs. Mais aux Nations unies, c'est encore l'ancienne pyramide qui a cours. Tout au sommet, on trouve l'élite des pays membres, juste en dessous les cadres, ensuite les travailleurs et tout en bas les personnes pour qui l'organisation devrait travailler."

Vous étiez une de ces collaboratrices…

Arora Akanksha: "Après six semaines, au moment de quitter le bureau dans la soirée, j'ai été renversée par un taxi au coin de la 42e Rue et de la 1re Avenue. Je me suis retrouvée aux urgences, où j'ai passé huit heures. Mon genou était fracturé, je saignais beaucoup, j'étais couverte de bleus et j'avais un œil au beurre noir. Mais je n'avais pas mal. J'ai pu réfléchir pendant tout ce temps et je me suis dit: imagine que tu sois morte aujourd'hui, qui aurait appelé tes parents et ton frère?"

"Je ne veux pas gaspiller ma vie."

"J'ai surtout compris que la mort n'était pas une chose abstraite, mais faisait partie de la vie. Je me suis donc demandé ce que j'avais fait de ma vie jusque-là et quelle histoire on pourrait raconter sur le moment qui sépare ma naissance de mon décès. C'était important. J'ai prié, comme je le fais toujours, et j'ai pensé: faites en sorte que je puisse à nouveau marcher et courir. Si c'est le cas, je ferai la différence dans le monde. Je ne veux pas gaspiller ma vie."

Nous étions en février 2017, et quatre ans plus tard, Arora Akanksha a donc repris dans sa lettre de candidature à Volkan Bozkir les paroles de Robert Kennedy. Parce que, après sa revalidation, elle a recommencé à travailler d'arrache-pied à l'ONU. Elle a écouté, rédigé des rapports, des discours, des recommandations. Parce qu'elle espérait faire bouger les choses et qu'elle se heurtait à des murs. Elle utilise une nouvelle fois le mot "choc".

"J'ai pu me rendre en Ouganda pour une mission. Le quartier général de l'ONU est situé à Entebbe, mais un dimanche, je me trouvais à Kampala à une station-service. J'ai vu une petite fille en guenilles assise par terre qui mangeait de la boue. Personne ne la regardait. Nous pouvions accéder aux plus beaux fruits frais, mais elle mangeait de la boue. Lorsque j'ai demandé aux personnes présentes qui elle était et si elle venait souvent, personne n'a pu me répondre. J'ai donné à la fillette ce que j'avais sur moi, mais je n'ai jamais pu oublier cette image. Jusqu'à aujourd'hui, je la vois toujours devant moi. Lorsque je suis retournée à New York, j'ai raconté cette histoire à un officiel de haut rang. Savez-vous ce qu'il m'a répondu? 'La boue est bonne pour les enfants. Elle contient du fer'."

"L'an dernier, pendant le mouvement Black Lives Matter, tous les collaborateurs ont reçu un e-mail: 'Vous êtes priés de ne pas participer'."

"Cela se passait pendant l'été 2017, cela faisait six mois que je travaillais pour l'ONU et je connaissais donc déjà suffisamment la psychologie des leaders. Le discours est parfait, mais cela ne va pas plus loin. J'ai participé à la rédaction de rapports sur des réformes: pouvons-nous améliorer les processus? Pouvons-nous envoyer plus souvent des délégations? Pouvons-nous essayer d'être plus efficaces? Mais rien ne bouge."

"Une personne que j'ai rencontrée plus tard à l'université Columbia a raconté qu'elle avait développé une app qui traduit tout instantanément. Lorsque vous allez en mission au Yémen, vous n'avez donc plus besoin d'interprètes. Il avait écrit aux Nations unies pour présenter son app, mais n'a jamais reçu de réponse. Nous préférons donc payer des traducteurs. L'an dernier, pendant le mouvement Black Lives Matter, tous les collaborateurs ont reçu un e-mail: 'Vous êtes priés de ne pas participer'. Cela vient donc d'une organisation humanitaire, mais je doute même qu'ils soient un minimum humains envers leurs propres collaborateurs."

"De nombreuses personnes ont deux options: soit elles pensent à leur emploi et acceptent la situation, soit elles partent. J'ai pensé: je choisis une troisième option, je veux changer le système."

"Je peux comparer ma relation avec l'ONU avec une histoire d'amour. Vous pouvez être déçu, mais continuer à aimer quelqu'un. Je continue à croire aux Nations unies. De nombreuses personnes ont deux options: soit elles pensent à leur emploi et acceptent la situation, soit elles partent. J'ai pensé: je choisis une troisième option, je veux changer le système."

Vous avez écrit un jour: il est temps que l'ONU cesse de servir les politiciens et commence à servir les gens.

Arora: "Cet e-mail à propos de Black Lives Matter a ensuite été corrigé. Mais ils ont tout de même commencé par envoyer ce message. 'Restez neutres, ne prenez pas parti.' Sorry? Ce n'est absolument pas neutre à propos de #BLM. Le silence est le vrai problème. La mort de George Floyd était totalement injustifiée et tout le monde a le droit de donner son avis. Mais pas les collaborateurs des Nations unies".

Est-ce la raison pour laquelle vous avez pris une pause en tant que collaboratrice, pour poser votre candidature et avoir la possibilité de parler ouvertement?

Arora: "L'ONU a tellement de choses à cacher qu'elle a imposé une culture du silence. Parmi les 44.000 collaborateurs, nombreux sont ceux qui ont peur de perdre de leur travail. Alors ils se taisent. C'est pourquoi je souhaite saisir ce moment historique pour avoir cette discussion. Pourquoi l'ONU a-t-elle été créée? Bien entendu, elle a déjà réalisé des choses, mais elle perdu la confiance des citoyens et sa crédibilité".

"Parmi les 44.000 collaborateurs, nombreux sont ceux qui ont peur de perdre de leur travail. Alors ils se taisent."

"En Belgique, vous avez la chance de ne pas dépendre des Nations unies. L'an dernier, lorsque le confinement a été annoncé, tout le monde s'est montré combatif en Occident. Nous sommes dans le même bateau et nous nous battons pour nous en sortir. Mais fermez les yeux trois secondes et essayez d'imaginer la vie d'un réfugié syrien. Cela fait déjà dix ans qu'il est enfermé sans aucune perspective. C'est pour cela que je veux agir. Pour donner une voix à toutes ces personnes oubliées. Il y a en réalité deux ONU. Il y a celle qui décide et celle qui met en œuvre. Les deux ont échoué."

Que voulez-vous dire?

Arora: "Avec un budget de 56 milliards de dollars, nous avons les moyens de faire beaucoup de choses. Mais pour chaque dollar, seuls 29 cents vont aux objectifs de l'organisation. Elle a la bonne politique et sait ce qu'elle doit faire. Mais elle ne le fait pas. Le problème, c'est que cela fait 75 ans que nous avons les mêmes profils à la tête des Nations unies. Ont-ils déjà accompli quelque chose? Certainement. Mais pas assez. S'attendre à quelque chose de la part des leaders actuels, c'est comme croire à la magie. Pour moi, ce qui est prioritaire, ce sont la crise des réfugiés, l'aide humanitaire, le développement et la technologie".

"S'attendre à quelque chose de la part des leaders actuels, c'est comme croire à la magie."

Au cours de cet entretien, nous buvons un peu d'eau, mais Arora ne boit rien. De l'autre côté de la ligne vidéo, nous avons l'image d'une personne dont l'enthousiasme ne fait pas de pause. Elle raconte comment sa candidature est marginalisée pour trois raisons: parce qu'elle est une femme, parce qu'elle est jeune et parce que la hiérarchie ne suit pas.

À propos de la première raison: "C'est de la pure hypocrisie. On ne cesse de parler des femmes, d'empowerment et d'inclusion, mais ce ne sont que des mots".

Sur la seconde: "Notre génération n'est pas représentée à la direction de l'ONU. Peut-être ont-ils envie que nous soyons le clone de leur génération. Mais ce n'est pas le cas. Nous sommes différents parce que nous sommes nés à une autre époque. Regardez ce que nous, les millennials, avons inventé: Airbnb, Uber, Facebook. La génération qui nous précède profite également de ces inventions. Et nous ne pourrions pas avoir notre mot à dire? Alors que ce sont précisément des exemples de la façon dont notre génération prône la collaboration et montre que cela fonctionne".

"Il ne s'agit pas d'être d'accord avec moi, mais d'exprimer votre opinion."

Au sujet de la hiérarchie, elle dit: "Si vous êtes un employé, on vous méprise. Mais pourquoi? C'est pourtant la mission du secrétaire général, comme c'est décrit dans la Charte des Nations unies, de nommer les bonnes personnes en tant que Chief Administrative Officer. Si vous devez être opéré, vous voulez l'être par le chirurgien le plus compétent et pas par celui qui, pour une raison ou une autre, a l'air le plus beau?"

Vous venez d'évoquer la culture du silence qui règne à l'ONU. Pensez-vous que votre candidature est soutenue par de nombreuses personnes de votre génération?

"Je travaille pour l'instant à une lettre ouverte que je compte publier sur Twitter. Elle devrait créer un 'safe space' pour ceux qui souhaitent s'exprimer à propos de ce qui ne se passe pas bien aux Nations unies. Vous pourriez l'appeler le '#metoo moment'. C'est aussi pour cette raison que je pose ma candidature. Il ne s'agit pas d'être d'accord avec moi, mais d'exprimer votre opinion. C'est pourquoi mon nom mérite sa place sur les bulletins de vote en octobre. Pour permettre aux gens de voter pour une femme, pour l'égalité, pour un processus honnête".

L'ONU est connue comme étant un énorme tanker, avec les membres permanents du Conseil de sécurité. Un secrétaire général est-il à même d'influencer le cours des choses et de s'opposer à la politique des présidents des États-Unis et de la Russie?

"C'est une bonne question, mais lorsqu'il s'agit de prendre des décisions en matière de développement, de climat et de commerce, ces superpuissances pensent de toute façon en termes d'intérêts géopolitiques personnels. Le secrétaire général doit leur offrir une plate-forme et fournir des données sur lesquelles ils peuvent se baser pour prendre des décisions. Eh bien, je peux tout aussi bien le faire que le secrétaire général actuel".

"Les politiciens se plaignent sans arrêt du manque d'intérêt des jeunes pour la politique. C'est donc le moment ou jamais."

"Si nous parlons de paix et de sécurité, je constate que depuis la Seconde Guerre mondiale, très peu de conflits sont apparus entre deux pays pour des questions de souveraineté. Il s'agit de guerres civiles. Prenez Myanmar. Qu'est-ce que l'ONU peut faire? Jouer le rôle de médiateur et sanctionner. Dans ce domaine-là également, je pense que ma génération est mieux placée (elle rit). Par ailleurs, si vous partez du point de vue que la Russie n'écoute pas le secrétaire général, quelle est la différence entre Guterres et moi-même? Donnez-nous notre chance. Les politiciens se plaignent sans arrêt du manque d'intérêt des jeunes pour la politique. C'est donc le moment ou jamais."

D'où vous vient cette passion et cette foi dans le bien?

Arora: "Mes parents étaient médecins et en Inde nous vivions loin de mes grands-parents. Ils avaient donc une baby-sitter qui les aidait aussi pour les travaux ménagers. La façon dont mes parents la traitaient était un bel exemple d'équité. Je l'appelais Bibi, ce qui signifie "sœur". Elle vivait avec nous, comme un membre de la famille, et mon père insistait toujours là-dessus".

"Qui que nous soyons, quoi que nous fassions et quoi que nous ayons accompli: nous sommes tous égaux. Cette idée est à la base de tout ce que j'entreprends."

"Qui que nous soyons, quoi que nous fassions et quoi que nous ayons accompli: nous sommes tous égaux. Cette idée est à la base de tout ce que j'entreprends. C'est donc un point important de ma candidature: j'ai le droit de me porter candidate. Mon courage vient de mes grands-parents. Ils étaient pauvres, ils n'avaient rien, mais ma grand-mère faisait du thé et mon grand-père le vendait. Ils ont construit leur vie ainsi. Mes deux grands-mères, toutes deux nées dans les années 1930 – à une époque où les droits des femmes n'étaient pas évidents en Inde – étaient les 'Queens of the palace'. Elles géraient le budget familial, indiquaient à mes grands-pères ce qu'ils devaient faire et répartissaient l'argent de poche."

"L'an dernier, en pleine crise du coronavirus, mes parents ont encore montré l'exemple. Ils sont tous deux des travailleurs de la première ligne. À plus de 60 ans. Chaque fois que j'étais en contact avec eux et que je les voyais éternuer, mon cœur s'arrêtait. J'avais presque envie qu'ils prennent congé pour ne pas prendre de risques. Mais il n'en était pas question: leur job consiste à aider les gens."

Il n'est pas courant pour une personne de 34 ans de citer Robert Kennedy. Dans d'autres interviews, vous avez cité Michelle Obama et le leader indien Gandhi comme sources d'inspiration. Quel est le fil rouge entre ces personnes?

Arora: "Je pense que c'est l'authenticité. Ils sont tous les trois très différents. Gandhi défendait la non-violence. Michelle Obama se bat pour les droits des femmes et la problématique raciale. Kennedy, pour l'espoir qu'il n'avait pas perdu après l'assassinat de son frère. Il a réussi à transmettre de l'énergie autour de lui et à montrer qu'il y avait de la lumière au bout du tunnel. Il avait raison quand il disait que l'histoire jugerait et que vous vous jugeriez vous-même. Notre temps sur terre est limité, j'espère que la génération qui nous précède nous donnera une chance".

"Je place beaucoup d'espoir dans des personnes comme Emmanuel Macron, Jacinda Ardern et Justin Trudeau."

Voyez-vous des exemples à suivre dans la génération politique actuellement au pouvoir?

Arora: "Je place beaucoup d'espoir dans des personnes comme Emmanuel Macron, Jacinda Ardern et Justin Trudeau. Ils ont réussi à faire passer un message qui rallie les gens à leur cause. Il est important qu'il y ait encore des gens qui prennent des risques".

Vous venez de parler de magie et du fait que vous n'y croyiez pas. C'est remarquable pour quelqu'un qui adore Harry Potter.

Arora: (elle éclate de rire) "Croyez-moi, les livres de Harry Potter sont sur ma table de chevet. Je suis en train de relire le deuxième tome. Je suis née en 1986 et le premier livre a été publié en 1997, lorsque j'avais 11 ans. Ce qui est dingue, c'est que je suis née le même jour que Harry: le 31 juillet. Idem pour J. K. Rowling." (l'auteure, NDLR)

"Je voulais devenir médecin comme mes parents et mon frère."

"À 11 ans, vous ne savez pas ce que la vie vous réserve et je cherchais un signe. Cette découverte de la date d'anniversaire de Harry a été ce signal. Je voulais faire quelque chose de ma vie. Cela m'a façonnée et ces livres me suivent partout où je vais. J'ai un jour demandé à mon frère, qui me les lisait: 'Sais-tu quand Harry est né?' Il a répondu qu'il ne retenait pas ce genre de détail sans importance. Excusez-moi, sans importance? Le 31 juillet est une date importante dans l'histoire!"

J'ai fait quelques recherches. L'économiste Milton Friedman et l'écrivain Primo Levi sont aussi tous deux nés un 31 juillet.

Arora: "Je ne le savais pas, mais regardez. (Elle disparaît de l'écran et revient après quelques secondes avec deux livres). J'ai ici deux livres de Friedman. 'Tyranny of the Status Quo' et 'Free to Choose'. Ce n'est pas pour cela que vous devez me décrire comme une fan de ses théories, car ce n'est pas le cas. Il n'était pas un grand défenseur des pouvoirs publics et voulait même éliminer leur rôle. Je ne suis pas d'accord avec lui. Mais j'aime lire ses livres parce qu'on ne peut nier qu'il a apporté une contribution importante au progrès économique".

Vouliez-vous déjà devenir économiste lorsque vous étiez enfant?

Arora: "Absolument pas. Je voulais devenir médecin comme mes parents et mon frère. Il y a une explication au fait que je n'ai pas choisi de faire des études de médecine. Ma mère est gynécologue-obstétricienne. Lorsque j'avais 19 ans, elle travaillait dans un hôpital au Moyen-Orient et je passais l'été là-bas. Elle était de garde un soir et elle m'a proposé de l'accompagner. Un accouchement était attendu. Je suis allée avec elle à l'hôpital et j'ai trouvé cela fantastique. Très émotionnel. Mais l'enfant était mort-né. L'énorme douleur de la mère m'a bloquée. J'ai alors compris que je ne pouvais pas faire ce travail. Tout se passe bien dans 95% des cas, mais pas dans 5% des accouchements. C'est un travail qui donne la vie, mais aussi la mort. Je ne peux pas le supporter".

"En tant que Canadienne, j'ai en tout cas demandé à mon pays de me nommer. J'attends patiemment sa réponse."

Nous discutons depuis une heure et demie. Sur le site internet de Unow, le mouvement de sa candidature, avec le jeu de mots "You know", vous pouvez cliquer et demander aux dirigeants de votre pays de voter pour Arora Akanksha en octobre. Tout est traduit, y compris en français.

Nous posons notre dernière question.

L'élection du secrétaire général est un long processus. Mais avant d'en arriver là, un des 193 pays doit présenter officiellement votre candidature au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale. Avez-vous aujourd'hui le soutien d'un pays?

Arora: "Je ne le sais pas encore. En tant que Canadienne, j'ai en tout cas demandé à mon pays de me nommer. J'attends patiemment sa réponse".

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