Biden s'élance derrière l’Europe vers la neutralité carbone

Le président américain lors du "sommet des leaders sur le climat". ©AFP

Le président américain a annoncé une accélération historique de l'effort de réduction d'émissions du pays. Qui reste cependant en retrait des ambitions européennes.

Joe Biden s’annonçait comme le président américain le plus investi dans la lutte contre le réchauffement climatique, il a joint jeudi le geste à la parole en annonçant le nouvel engagement que les États-Unis enregistreront aux Nations unies : le deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre entend ramener ses émissions en deçà de 50 à 52% pour 2030 par rapport aux niveaux de 2005.

-41%
par rapport à 1990
L'objectif américain revient à réduire les émissions d'au moins 41% d'ici 2030 par rapport à 1990.

Pour le comparer aux autres efforts annoncés, il faut ramener ce chiffre à l'année de référence utilisée par les Nations unies, 1990: l’objectif revient à une réduction d’émissions de 41 à 44%, selon les calculs de Climate Action Tracker. Un effort significativement inférieur à celui de l’Union européenne, dont les colégislateurs se sont accordés mercredi sur un objectif d’au moins 55%.

Victoires faciles

"Un Américain moyen produit plus de 16 tonnes de CO2 par an, environ deux fois plus que l'Européen moyen", pointe Thomas Pellerin-Carlin, spécialiste énergie-climat à l'Institut Jacques Delors. Notamment de par la structure de leur industrie énergétique, l'utilisation massive de voitures individuelles très volumineuses, un système de transports publics peu développé, ou encore une consommation de viande de bœuf plus de deux fois supérieure par habitant qu'en Europe.

"Biden peut aller chercher beaucoup de victoires faciles, faire pendant la décennie 2020 ce que nous, Européens, avons fait depuis vingt ans."
Thomas Pellerin-Carlin
Directeur du Jacques Delors Energy Centre

La Maison-Blanche n’a pas encore avancé d’objectifs de réduction sectoriels. Mais pour le directeur du Jacques Delors Energy Centre, "les États-Unis ont les moyens de faire baisser très rapidement les émissions en s'appuyant sur les meilleures méthodes déjà développées au Japon ou en Europe: Biden peut aller chercher beaucoup de victoires faciles, faire pendant la décennie 2020 ce que nous, Européens, avons fait depuis vingt ans." Le président américain avait déjà annoncé 2.300 milliards de dollars d'investissements dans les infrastructures, dont une partie devrait contribuer à atteindre la neutralité carbone du secteur énergétique qu'il vise pour 2035.

Si les États-Unis atteignent ou dépassent leur nouvel objectif, il restera ensuite à voir comment ils pourront accélérer le rythme de réduction de leurs émissions pour atteindre l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, et donc éliminer leur retard sur l’Europe qui vise le même objectif.

Inconnues politiques

Si ces nouvelles annonces ancrent Joe Biden comme le président le plus ambitieux sur le climat de l'histoire des États-Unis, "sa capacité à réaliser ses objectifs dépendra de la politique interne américaine", observe Thomas Pellerin-Carlin. La première inconnue reste la capacité du président à convaincre le Sénat. Sur le papier, les démocrates y ont tout juste la majorité, mais tous ne sont pas alignés sur la politique du président.

Un autre obstacle potentiel, c'est le parti républicain, qui contrôle toujours des États clés dans un pays où la politique énergétique est très décentralisée, et qui pourrait améliorer sa position fédérale aux élections de mi-mandat de 2022. Mais le Grand Old Party pourrait se convertir à la cause de l'action climatique, observe encore Thomas Pellerin-Carlin. "Les jeunes électeurs républicains sont clairement plus sensibles à l'enjeu climatique. Et alors que beaucoup d'élus ont tendance à s'aligner sur la position de leurs donateurs, le pouvoir des lobbies du charbon va disparaître avec sa perte de compétitivité."

En attendant, Joe Biden aura signé cette semaine une victoire diplomatique avec son sommet des leaders pour le climat, qui a vu plusieurs autres États annoncer un relèvement de leur ambition.

Le résumé

  • Les États-Unis vont réduire leurs émissions d'au moins 41% d'ici 2030 par rapport à 1990.
  • Une décennie au cours de laquelle le pays va pouvoir s'inspirer des actions déjà prises en Europe, dont l'objectif de réduction est plus important alors qu'elle émet deux fois moins par habitant.
  • Le sommet climat organisé par Joe Biden a été salué comme un "tournant" alors que les nouvelles annonces se sont multipliées.

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