Cancun: le secteur privé mis à contribution?

Il est déjà acquis que ce round des négociations climatiques ne débouchera sur aucun accord contraignant. La question de la contribution future du secteur privé au financement du Fonds climatique sera difficile à trancher.

Près de 200 pays se retrouveront à Cancun, au Mexique, à partir de ce lundi pour un Sommet sur le climat dont les ambitions sont plutôt modestes. La rencontre, qui s’étalera sur deux semaines avec l’entrée en lice des ministres de l’Environnement dans les derniers jours du Sommet, ne débouchera pas, en effet, sur un accord contraignant fixant le cadre de la lutte contre le changement climatique une fois que le protocole de Kyoto expirera (fin 2012).

L’accord tant attendu, on l’espérait au Sommet de Copenhague, l’année dernière. Mais les blocages apparus dans les négociations avec les Etats-Unis et la Chine, les deux plus gros émetteurs de CO2, avaient pris tout le processus en otage. Depuis, ni Washington ni Pékin n’ont revu leur copie. C’est donc une approche plus pragmatique qui sera privilégiée cette fois-ci.

♦ Quelles avancées sont attendues?

Malgré la crise économique, les engagements pris par les pays riches de verser 30 milliards de dollars aux pays pauvres pour les aider à résister au changement climatique semble bien acquis.

Les discussions sur le financement du Fonds climatique se concentreront plutôt sur les 100 milliards à atteindre d’ici 2020 et sur la source de cet argent. De l’avis général, le secteur privé devra contribuer à la cagnotte aux côtés des Etats. Un rapport publié au début du mois par les Nations unies propose de prélever un pourcentage sur plusieurs sources de revenus: les produits de la vente de quotas de CO2, une taxe carbone, des droits à verser par les compagnies maritimes et d’aviation ou une partie des subsides versés aux compagnies gazières et pétrolières. Mais cette question "pratique" pourrait être difficile à trancher.

La lutte contre la déforestation est un autre domaine dans lequel un accord pourrait être obtenu. Mais il y a le problème de pays comme l’Indonésie et la Malaisie, dont l’économie dépend largement de l’exploitation de bois précieux ou de l’industrie de l’huile de palme. Ceux-là pourraient freiner les discussions, sauf si des compensations intéressantes étaient mises sur la table, éventuellement en étendant le mécanisme de développement propre (en vertu duquel les entreprises des pays industrialisés achètent des crédits-carbone en investissant dans des projets verts à l’étranger) à des projets visant à protéger les forêts tropicales.

 

♦  Quelles sont les positions en présence?

Certains pays se serviront de la crise économique pour dire que ce n’est pas le moment d’ajouter une pression supplémentaire sur leurs entreprises. Cela étant, les positions des uns et des autres n’ont pas été fondamentalement altérées ces 12 derniers mois.

L’Union européenne s’en tient à sa politique volontaire.Elle s’est engagée à réduire ses émissions de GES de 20% à horizon 2020 (par rapport à 1990) et est prête à porter cet objectif à 30% en cas d’accord international allant dans ce sens.

Le négociateur américain, lui, n’aura toujours pas de mandat pour proposer un engagement ferme de la part de son pays.

Le Sénat US n’a pas adopté, en effet, la loi climat qui avait été votée à la Chambre des représentants et qui prévoit une baisse des émissions américaines de 17% d’ici 2020 (par rapport à 2005). Et depuis que la Chambre est passée aux mains des républicains après les élections de mi-mandat, il est désormais clair que le président Obama devra faire une croix sur ses ambitions climatiques, et se concentrer plutôt sur la sortie de crise de son pays.

 

♦  Quel sera le point de départ des négociations?

L’Accord de Copenhague servira de base aux négociations. Le texte de trois pages ne contient aucun engagement chiffré. Ses signataires y reconnaissent le fait que "la hausse des températures mondiales doit être inférieure à 2°C" et que "de fortes réductions des émissions mondiales sont nécessaires, selon la science". C’est tout. Les pays riches s’étaient engagés à soumettre des objectifs de baisse de leurs émissions de GES un mois plus tard. Ils s’y sont tenus. Mais l’Onu avait constaté à l’époque que ces promesses ne permettraient pas de limiter le réchauffement comme souhaité.

L’accord de Copenhague prévoit la création d’un Fonds climatique vert et de transferts financiers des pays riches vers les pays pauvres à hauteur de 30 milliards de dollars sur la période 2010-2013 et de 100 milliards par an à partir de 2020. Il reconnaît également le "rôle crucial" de la baisse des émissions de CO2 liées à la lutte contre la déforestation, mais sans prévoir de financement spécifique de la préservation des forêts.

Quant aux Chinois, s’ils admettent désormais être devenu le premier émetteur mondial de CO2, ils ne comptent pas pour autant revoir leur politique de croissance. Ils s’étaient engagés peu avant l’ouverture du Sommet de Copenhague à réduire l’intensité carbone de leur économie de 40 à 45% d’ici 2020 (par rapport à 2005).Ils s’y tiennent, estimant que c’est aux pays industrialisés d’assumer leur responsabilité historique dans le problème du réchauffement et pas à eux de brider leur croissance. Cette vue est largement partagée au sein du bloc des économies émergentes.L

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